De Vermeer aux tours en verre : 48 heures entre Amsterdam et Rotterdam


Jour 1. 11h – Arrivée à Rotterdam, l’archi-ville

Vue de Rotterdam avec le pont Érasme, Pays-Bas

Vue de Rotterdam avec le pont Érasme, Pays-Bas

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© Alamy / Hemis / Photo Martin Bertrand

Premier arrêt, après 2h37 de trajet depuis la Gare du Nord : Rotterdam (où l’on dormira le soir, les hébergements étant notablement moins chers qu’à Amsterdam). Totalement détruite en 1940, la ville est remarquable pour la liberté de son architecture contemporaine. Elle qui a vu naître Rem Koolhaas et l’agence MVRDV possède un stupéfiant paysage urbain, hérissé de tours luxueuses et de bâtiments spectaculaires… Telle la gare centrale, un chef-d’œuvre tout en angles aigus de l’architecte Maarten Struijs inauguré en 2014, et qui donne le ton de l’extravagance de la ville.

Les maisons cubiques (Kubuswoningen) de Piet Blom à Rotterdam

Les maisons cubiques (Kubuswoningen) de Piet Blom à Rotterdam

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Autre équipement à voir : le pont Érasme (1996), dessiné par Ben van Berkel et Caroline Bos, et surnommé « Le Cygne » (« De Zwaan ») en raison de son pylône évoquant l’origami minimaliste d’un cou d’oiseau. Ne manquez ensuite ni les maisons cubiques et toutes jaunes (années 1970) de Piet Blom – dont on peut visiter un appartement aux murs penchés – ni l’immeuble Le Rotterdam (De Rotterdam), inauguré en 2013 par Rem Koolhaas, aux formes à la fois géométriques et cinétiques. Les plus curieux pousseront la découverte de la ville jusqu’au port, le premier d’Europe, accessible sur visites guidées en bateau – pour une immersion inoubliable au cœur même du système marchand…

13h – Déjeuner dans la réserve d’un musée

Fermé pour travaux jusqu’en 2026, le Boijmans Van Beuningen est le musée des beaux-arts de Rotterdam. Bonne nouvelle : l’institution a inauguré il y a peu les toutes premières réserves du monde ouvertes au public ! Ouvert en 2021, Depot a été conçu par l’agence MVRDV comme un gigantesque pot de fleurs couvert de miroirs. À l’intérieur, un dédale d’escaliers dessert les salles où reposent tranquillement peintures anciennes et céramiques contemporaines, costumes de créateurs et dessins précieux… Il est possible d’enfiler une blouse et de suivre un guide dans ces salles, ou bien de circuler librement et de les observer à travers des vitrines.

Plusieurs micro-expositions ponctuent le parcours, dont une réunissant les chefs-d’œuvre du Boijmans (Van Gogh, Brueghel, Kandinsky), accrochés sur des supports transparents signés Lina Bo Bardi. Ceux-ci permettent de déchiffrer les informations conservées au dos – une expérience inédite pour le public ! On croisera également des commissaires installés autour d’un bureau, occupés à réfléchir à l’héritage colonialiste du musée ; il est possible de leur adresser la parole et de leur faire des suggestions… Bref, l’expérience est en tout point plaisante puisqu’elle permet d’approcher l’art ancien et les recherches qui l’entourent de (très) près. On finira par un déjeuner avec vue panoramique, tout en haut du Depot, au Renilde.

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Depot Boijmans Van Beuningen

14h30 – Faire le plein d’expos à la Kunsthal

Vue de l’exposition « In The Black Fantastic » à la Kunsthal de Rotterdam

Vue de l’exposition « In The Black Fantastic » à la Kunsthal de Rotterdam

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En face du Depot, les amateurs d’architecture et de design s’arrêteront au Het Nieuwe Instituut. Créé en 2013 par Jo Coenen, le bâtiment est joueur et admirable (montez jusqu’à la bibliothèque, superbe !) ; il accueille des expositions pointues, une librairie et un café ouvert sur le jardin, ravissant. Courrez ensuite au Kunsthal, musée d’art contemporain de la ville construit il y a pile trente ans par Rem Koolhaas. Encore une fois, on tombe sous le charme du bâtiment, de son auditorium en pente et de la multiplicité de ses espaces, qui permet de passer d’une petite exposition confidentielle à un grand accrochage collectif. En ce moment, le « fantastique noir » est à l’honneur, soit des œuvres réalisées par des artistes africains ou afro-descendants et caractérisées par une imagination débridée défiant les carcans racistes : curaté par Ekow Eshun, le parcours donne notamment à voir les « Soundsuits » de Nick Cave, de spectaculaires costumes réalisés à partir d’objets récupérés, armures scintillantes arborées dans un monde hostile… Inoubliables.

16h – La photographie néerlandaise en 99+1 étapes

Vue extérieure du Nederlands Fotomuseum à Rotterdam

Vue extérieure du Nederlands Fotomuseum à Rotterdam

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À un quart d’heure environ de là en passant par le pont Érasme, nous attend le Nederlands Fotomuseum. Fondé en 1989, le musée de la Photographie surprend par sa taille et son ambition. Plusieurs expositions temporaires simultanées s’ajoutent à un accrochage permanent dédié aux collections, particulièrement réussi. Le visiteur navigue entre 99 photographies comme autant d’îles, en suivant un parcours chronologique (long de 180 ans !) ou évoluant à son rythme entre les archives (de minuscules portraits d’Anne Frank) et les images contemporaines (Erwin Olaf), les natures mortes (Elspeth Diederix) et les portraits (Bas Jan Ader). Un cadre est laissé vide, signalant l’image manquante, celle qui n’a pas été choisie. À voir !

Et puisqu’à Rotterdam, on dîne tôt, on se dirigera en sortant vers le grand Foodhallen voisin, soit une grande halle où différents stands servent des plats italiens, mexicains ou japonais. Un bar à cocktails et de gros fauteuils confortables nous retiennent toute la soirée, à moins qu’un bon programme ne se joue au Nieuwe Luxor Theater (l’une des salles de spectacles les plus importantes de la ville), lui aussi à deux pas.

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Nederlands Fotomuseum

Wilhelminakade 58 • 3072 AR Rotterdam

Pour en savoir plus

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Nieuwe Luxor Theater

Posthumalaan 1 • 3072 AG Rotterdam

Programmation

Jour 2. 10h – Sur un air de Vermeer

Visiteuse admirant « La Jeune Fille à la perle » (1665) à l’exposition Vermeer au Rijksmuseum

Visiteuse admirant « La Jeune Fille à la perle » (1665) à l’exposition Vermeer au Rijksmuseum, 2023

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41 minutes de train et un gobelet de café brûlant plus tard, nous voilà à Amsterdam. Le changement de décor est radical : les tours de verre vertigineuses ont laissé place à de petits immeubles anciens, serrés les uns contre les autres (voire même penchés les uns sur les autres !) le long de canaux tranquilles. Ici, le charme est de mise… Pour se rendre au Rijksmuseum, on traverse depuis la gare le sympathique quartier des Neuf rues, épicentre de l’Amsterdam bobo où le café De Pels nous donne l’occasion d’un joli petit-déjeuner. Puis, enfin, « Vermeer ». La rétrospective la plus attendue de l’année 2023 réunit pour la toute première fois vingt-huit chefs-d’œuvre du maître (sur trente-quatre œuvres connues en tout !), dont sept n’avaient pas été montrés aux Pays-Bas depuis plus de deux siècles – La Liseuse à la fenêtre, La Leçon de musique interrompue… Ces prêts exceptionnels, venus du monde entier, s’accompagnent des dernières découvertes scientifiques au sujet de Vermeer (1632–1675), artiste fascinant du Siècle d’or. C’est évident, mais rappelons-le : une réservation préalable en ligne est indispensable !

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Du 10 février 2023 au 4 juin 2023
Célébrant le génie lumineux de Johannes Vermeer (1632-1675), le Rijksmuseum d’Amsterdam réunit 28 des 34 œuvres connues de l’artiste. “La Jeune Fille à la perle” du Mauritshuis de La Haye, “la Dentellière” du Louvre ou “la Liseuse à la fenêtre” de la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde viendront rejoindre les quatre peintures qu’il possède déjà. Parmi les prêts exceptionnels, signalons les trois tableaux de la Frick Collection, fermée pour travaux de rénovation, qui voyagent pour la première fois hors de New York. L’événement a été l’occasion de mener de nouveaux examens scientifiques sur les œuvres, soumises aux rayons X macro et à la réflectographie infrarouge. Les analyses de “la Laitière” ont ainsi révélé la présence de deux objets effacés, un porte-pichet et un brasero. Cela confirme la tendance du peintre à supprimer le superflu pour ne garder que l’essentiel. Les scanners ont aussi décelé un croquis sous-jacent, ligne noire épaisse esquissée à la hâte pour donner les grandes lignes de la scène : une découverte éclairante qui va à l’encontre de l’idée que Vermeer travaillait toujours avec une extrême précision.

www.rijksmuseum.nl

11h30 – L’amour du Rijks

Vue de la « Eregalerij » au Rijksmuseum, Amsterdam

Vue de la « Eregalerij » au Rijksmuseum, Amsterdam

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© Rijksmuseum / Photo Erik Smits

Après « Vermeer », ne sortez pas tout de suite du musée : c’est le plus beau, et le plus riche, des Pays-Bas, il mérite donc une demi-journée entière de visite. Déjà, l’extérieur. L’architecture a été conçue par le Néerlandais Pierre Cuypers (1827–1921), et fait dialoguer la pierre taillée et la brique rouge. L’ensemble a été restauré de 2003 à 2013 par les Espagnols Antonio Cruz et Antonio Ortiz, et la muséographie repensée par Jean-Michel Wilmotte. Parmi ses plus belles œuvres, La Ronde de nuit (1642) de Rembrandt, Le Joyeux Buveur (c. 1628–1630) de Frans Hals, La Joyeuse Famille (1668) de Jan Steen, entre autres œuvres de Jacob Jordaens, Antoine van Dyck, Pierre-Paul Rubens… Le département des Arts décoratifs est richement doté en céramiques (la fameuse faïence de Delft !) ainsi qu’en objets asiatiques. N’oubliez pas de passer une tête dans la somptueuse bibliothèque Cuypers, la plus importante et la plus ancienne des Pays-Bas en matière d’histoire de l’art – accessible à tous ! Pour déjeuner, le restaurant Rijks est parfait.

13h – Retrouver le contemporain

Le Rijksmuseum, traversé par une piste cyclable à laquelle tiennent beaucoup les Amsterdamois, est installé sur une grande place verdoyante nommée Museumplein. Un nom riche de promesses, et de fait : le musée Van Gogh – le musée le plus visité des Pays-Bas – est à deux pas ! On y entrera (encore une fois, réservation indispensable) pour découvrir un parcours entièrement dédié depuis son inauguration en 1973 à l’œuvre du Néerlandais, avec plus de 200 peintures, 400 dessins et 700 lettres de sa main, dont le poignant Champ de blé avec corbeaux (1890) peint juste avant son suicide. Juste en face, le Stedelijk est plus ancien (1874) mais consacré à l’art moderne et contemporain. On s’arrêtera sur son impressionnante extension de 2012, dessinée par Benthem Crouwel, où s’enchaînent de grandes expositions temporaires (dont, actuellement, une monographie d’Yto Barrada ; plus tard en 2023, Felix de Rooy et Nan Goldin).

16h – Un goûter, et pas que

Vue extérieure du FOAM – FOtografiemuseum AMsterdam

Vue extérieure du FOAM – FOtografiemuseum AMsterdam

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Photo Christian Van Der Kooy

À la recherche d’un dernier petit plaisir pour conclure ce grand week-end d’art ? Rendez-vous à dix minutes à pied de la Museumplein, au FOAM, un important centre d’expositions dédié à la photographie contemporaine, confiné dans un bâtiment étroit de 1861. On l’aime autant pour son café, trop mignon avec ses affiches, ses délicieux gâteaux et son atmosphère de salon de thé, que pour ses expositions biscornues, souvent excellentes. C’est ici que se découvre la nouvelle garde de la photo internationale, ici aussi qu’on édite une revue (Foam, tout simplement) au flair imparable. Actuellement, le Sud-Africain Ernest Cole (1940–1990) est à l’honneur d’une grande exposition, qui fait suite à la découverte de 60 000 négatifs et planches-contacts dans les coffres d’une banque suédoise en 2017. Historique !

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FOAM – FOtografiemuseum AMsterdam

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Paris-Rotterdam : en route !

Trains quotidiens depuis la gare du Nord

2h37 de trajet + 41 minutes jusqu’à Amsterdam (possibilité de s’y rendre aussi en bus, moins cher)

Hôtel Nhow

À Rotterdam, le Nhow permet de dormir à un étage élevé de l’immeuble De Rotterdam de Rem Koolhaas. Grand lit, salle de bain entièrement vitrée, vue panoramique sur le pont Érasme… Voir les lumières de Rotterdam plongées dans la brume matinale est un spectacle parfait au saut du lit !



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