Daniel Agra, photographie, photographie expérimentale, art contemporain, Espagne, exposition

L’artiste espagnol Daniel Agra célèbre quinze ans de photographie et d’expérimentation optique. Il compte sept projets à son actif, tous portés par une même question : comment transformer une réalité extérieure en expérience intérieure.

Quinze ans, c’est assez pour regarder en arrière sans nostalgie. Pendant cette période, Agra a construit sept séries (Abyssurbs, Cloudscapes, Gallaecia Perpetua-Intempore, Génesis, Ensueños de Teseracto, neowabi et ArsKúu). Il a reçu plus de cinquante prix et mentions internationales, et ses œuvres figurent dans des collections en Espagne, aux États-Unis, en Grèce, en Corée du Sud et en Italie. Parmi elles : les archives historiques du Col·legi d’Arquitectes de Catalunya (COAC) à Barcelone, le Museo del Ferrocarril (musée du Chemin de fer) à Madrid, le CICA Museum of Contemporary Art en Corée du Sud et The Museum of Avant-garde à Milan.

Son travail s’inscrit dans ce que l’artiste appelle une poétique de la perception, de la mémoire et du territoire. Sa photographie abandonne l’ancien rôle de témoin : l’appareil n’enregistre plus, il interprète. L’image devient un espace mental, où compte aussi ce qui nous pousse à imaginer. C’est une photographie élargie, au point exact où une photo se comporte comme une peinture sans cesser d’être une photographie. Ces images ne cherchent pas à être identifiées, seulement acceptées. Elles font passer le spectateur de « qu’est-ce que c’est ? » à « qu’est-ce que cela me fait ressentir ? ».

Chaque série regarde depuis un endroit différent. Abyssurbs s’attarde sur le silence de la foule en ville, Cloudscapes fait du ciel une surface picturale, et Génesis revient à une lumière qui n’éclaire pas mais qui fonde. Dans Gallaecia Perpetua-Intempore, l’appareil renonce à cataloguer le territoire galicien pour se mettre à l’écouter. neowabi descend jusqu’au mur usé, où l’imperfection cesse d’être un défaut. Avec ArsKúu, l’image devient matière, objet, espace.

L’expérimentation est à la racine de tout. Autodidacte, après des décennies de travail dans la mode et les matières premières, Daniel Agra n’utilise aucun logiciel de retouche. Le fichier RAW est développé uniquement avec le logiciel de l’appareil lui-même. Chaque abstraction, chaque effet naît optiquement, physiquement, au moment de la prise de vue, grâce à des dispositifs qui changent d’un projet à l’autre, dont certains de sa propre fabrication. Rien n’est simulé après coup. Et lorsqu’une œuvre intervient ensuite sur la photographie, comme dans ArsKúu, cette intervention est assumée et physique.

Depuis La Corogne, où il vit, l’artiste poursuit une recherche qu’il ne considère pas comme achevée. Pour lui, l’abstraction n’est pas une fuite mais une manière d’aller plus loin dans le réel, et c’est pour cela qu’il continue d’expérimenter. La reconnaissance compte moins à ses yeux que ce que son travail apporte à la réflexion sur l’image, le territoire et la subjectivité.

Contact : Daniel Agra, danielagrapress@gmail.com

 

The Spanish artist Daniel Agra completes fifteen years of photography and optical experimentation, with seven projects behind him and one underlying question: how to turn a reality outside into an experience within.

A quindecennial, an uncommon word but a fitting one, is long enough to look back without nostalgia. In that time Agra has built seven series (Abyssurbs, Cloudscapes, Gallaecia Perpetua-Intempore, Génesis, Ensueños de Teseracto, neowabi and ArsKúu), received more than fifty international awards and honourable mentions, and placed work in collections across Spain, the United States, Greece, South Korea and Italy. Among them are the Historical Archive of the Col·legi d’Arquitectes de Catalunya [COAC] in Barcelona, the Museo del Ferrocarril (Railway Museum) in Madrid, the CICA Museum of Contemporary Art in South Korea, and The Museum of Avant-garde in Milan.

It all unfolds within what the artist himself calls poetics of perception, memory and territory. His Photography leaves behind the old office of witness: the camera no longer records, it interprets, and the image becomes a mental space where what drives us to imagine matters too. It is expanded photography, at the exact point where a photograph behaves like a painting without ceasing to be photography. These are images that do not aspire to be identified, only accepted, and that carry the viewer from “what is this?” to “what does this make me feel?”.

Each series looks from a different place. Abyssurbs stays with the silence of the crowd in the city, Cloudscapes turns the sky into a pictorial surface, and Génesis returns to a light that does not illuminate, it founds. In Gallaecia Perpetua-Intempore the camera gives up cataloguing the Galician territory and starts listening to it. neowabi goes down to the worn wall, where imperfection stops being a flaw, and in ArsKúu the image becomes matter, object, space.

The experiment is at the root of it. Self-taught, with decades of work in fashion and raw materials, Daniel Agra uses no editing or retouching software. The RAW file is developed solely with the camera’s own software, and every abstraction, every effect, is born optically, physically, at the moment of capture, through devices that change from one project to the next, including some of his own development. Nothing is simulated afterwards. And when a work later intervenes on the photograph, as in ArsKúu, that intervention is declared and physical.

From A Coruña, where he lives, the Spanish artist continues an investigation he does not consider closed. For him, abstraction is not an escape but a way of going deeper into reality, which is why he keeps testing. Recognition matters less than what his work adds to the conversation about image, territory and subjectivity.

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