Comment conduire sa vie ? Les leçons de Régis Debray, Alain Finkielkraut et Sylvain Tesson


TRIBUNE – Faut-il changer le monde ou jouir du monde ? S’engager ou se retirer ? Le dialogue entre Régis Debray et Sylvain Tesson, Le grimpeur et le grognard, et le livre d’Alain Finkielkraut, Le cœur lourd, apportent des réponses précieuses à ces questions essentielles, salue la philosophe.

Je l’avouerai : ce fut contre toute attente que l’échange épistolaire entre Régis Debray et Sylvain Tesson s’imposa à moi comme un livre important, méritant que l’on s’y arrêtât. En effet, en ouvrant Le grimpeur et le grognard, je ne doutais pas d’y rencontrer le bonheur de la lecture. Les deux auteurs nous y ont accoutumés. Ni Debray ni Tesson n’écrivent pour écrire, ne publient pour publier. Ils ont une haute idée de la parole publique, qu’elle soit écrite ou orale : ils ne s’autorisent guère à la prendre pour se contenter de renchérir sur les évidences et les conformismes du présent. Je savais donc que leur conversation ne pouvait que réserver plaisir des mots et de la pensée. Mais enfin, différence d’âge oblige, j’étais non moins convaincue que la tonalité serait à la déférence, au témoignage d’admiration réciproque, l’aîné adoubant le cadet, le cadet disant sa gratitude. Or il n’en est rien. La conversation est sans concession.

« Militant, vous avez tout raté », assène…

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