Changement climatique – En plaine de Limagne, à la recherche des blés du futur


L’épi qu’il tient dans la main « a près de 10 000 ans » : c’est l’ancêtre de notre blé tendre, encore cultivé dans les serres de Limagrain, 4e semencier mondial, où des chercheurs travaillent à la fabrication du champion qui résistera au changement climatique.

Bernard Duperrier tient délicatement la tige encore verte. Le sélectionneur, spécialiste du blé depuis 40 ans dont 20 passés chez le géant international, puise régulièrement dans les coffres-forts de graines du groupe, né au pied des volcans d’Auvergne.

Il cherche la bonne recette : celle qui donnera un blé résistant aux maladies et ravageurs, favorisés par des hivers de plus en plus doux, robuste face au manque d’eau et qui conservera ses qualités gustatives et nutritionnelles.

Il décrit la manœuvre délicate du croisement qui consiste à d’abord « castrer les épis qui ont des organes mâle et femelle », puis à « attraper les étamines » d’une autre variété et « faire tomber le pollen » qu’elles contiennent sur l’épi à croiser. Il faut des centaines d’essais pour espérer une piste prometteuse.

Dans la serre dite du « tunnel » où sont cultivées des dizaines de variétés, au centre de recherche de Chappes (Puy-de-Dôme), Bernard Duperrier travaille sa collection de blés : il en existe des barbus, nains, verts ou tirant sur le bleu, durs pour faire de la semoule ou des pâtes, tendres pour le pain.

Comme dans une bibliothèque, y figurent de jeune essais à la destinée incertaine, des valeurs sûres entrées au patrimoine mondial agricole, comme les variétés Apache, Rouge barbu ou Poulard d’Australie, et des trésors vieux de 10 000 ans.

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Au fond de la serre, s’épanouit un blé venu du fond du néolithique. « C’est l’un des ancêtres de notre blé », un petit épeautre (« triticum monococcum ») né en Mésopotamie et qui par croisement avec d’autres graminées a donné le blé tendre, la céréale aujourd’hui la plus consommée au monde avec le riz, raconte le sélectionneur.

A Chappes, quelque 400 croisements sont réalisés chaque année. Elisabeth Chanliaud, directrice de la recherche chez Limagrain, explique ce processus de sélection, qui met « dix ans pour arriver au sacre du champion ».

« Adapté au nord »

« On va rechercher un ancêtre du blé, le croiser avec une autre variété, générer environ 80 000 descendants. Le jeu consiste à éliminer 80 % des descendants pour sélectionner les plus performants en matière de panification et les plus résilients. Puis on multiplie les descendants et on les évalue », poursuit-elle.

Pour aller plus vite, Limagrain a développé des « chambres de cultures », des serres où l’on accélère le processus en jouant sur les températures, les alternances de jour et nuit ou l’apport en eau. Les chercheurs ont aussi gagné du temps grâce au « marquage moléculaire », un étiquetage des gènes qui permet d’identifier les plus résistants et d’accélérer le tri. « On obtient ainsi six générations de variétés en deux ans au lieu d’une par an », souligne Mme Chanliaud.

Dans les champs d’essais avoisinant les serres, Bernard Duperrier teste la résistance des derniers descendants à des maladies comme la fusariose, causée par un champignon qui flétrit les tiges jusqu’aux épis. Le sélectionneur nourrit quelques espoirs sur les travaux impliquant la variété chinoise Sumai 3 ou l’Apache, une production maison qui montre « une bonne tolérance » à la maladie tout en conservant un rendement régulier.

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L’enjeu est important pour Limagrain, présent sur tous les maillons de la filière blé, de la production de semences jusqu’à la fabrication du pain (usines Jacquet).

En 2022, le groupe (2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires) a réinvesti 275 millions dans la recherche et multiplie les partenariats avec des centres de recherche et instituts, dont l’Inrae en France, Embrapa au Brésil ou, récemment, la Banque de gènes du Ghana.

« Cette recherche est inscrite dans notre histoire », affirme le président du groupe Sébastien Vidal, agriculteur en Limagne. « Ici on est coincés entre deux chaînes de montagnes, loin des ports céréaliers. Sortir nos grains coûtait plus cher alors on a misé sur la création de valeur ».

Pour évaluer les différents systèmes d’exploitation (selon les rotations de culture, le travail du sol, l’apport en eau, engrais…) face au changement climatique, Limagrain vient de lancer « la matrice » : 49 hectares où vont être testées pendant douze ans des grandes cultures. Parmi elles, dix variétés d’un blé qui aura « grandi dans le sud » et que le groupe espère voir demain « adapté au nord ».



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