Ces artistes qui se mettent en scène


« Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas. Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! »

Ces mots imparables de Victor Hugo, parus en préface de ses Contemplations (1856), éclairent de façon opportune ces œuvres où les artistes se mettent en scène, faisant d’eux-mêmes la matière première de leur création. Performances jusqu’au-boutistes, autoportraits en travestis, sculptures à leur propre effigie, vidéos dont ils sont les héros – ou, plus souvent, les antihéros –, autofiction plastique, réappropriation grinçante, spectacles schizophréniques, les formes de cet art à la première personne sont multiples.

Déjouer les normes

Samuel Fosso, Le Rêve de mon grand-père

Samuel Fosso, Le Rêve de mon grand-père, 2003

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Photographie couleur • Coll. particulière • Courtesy Galerie Layr, Vienne et Galerie Clearing, Bruxelles © Samuel Fosso

Et l’on aurait tort de l’envisager comme l’expression d’un narcissisme forcené, d’un égocentrisme mal placé, là où il incarne avant tout une mise à nu, un abandon, une façon d’interroger, au-delà de son histoire intime, des questions d’ordre politique, les maux et tabous de la société, le rôle de l’artiste et son corollaire, le regard du spectateur. Tout cela sans négliger le plaisir de pouvoir changer de peau et de devenir les acteurs d’un scénario fait sur mesure.



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