ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron sur TF1 et France 2


À huit mois de son départ de l’Élysée, le président a voulu montrer jeudi soir qu’il reste aux manettes, sur les dossiers intérieurs comme face aux tumultes internationaux.

Pas question de laisser les prétendants à sa succession occuper seuls le devant de la scène médiatique, même si le compte à rebours de son décennat est lancé. Trois mois après sa dernière interview télévisée, et sur fond d’actualité brûlante, entre menace russe, flambée des prix des carburants, tensions au Moyen-Orient, budget 2027 et début de campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’est offert une tribune en prime time sur TF1 et France 2, jeudi soir. Objectif : montrer que, même si son agenda est largement accaparé par l’international, son action reste tournée vers le quotidien des Français.

Un exercice délicat, faute de marge de manœuvre parlementaire, et donc politique, depuis la dissolution ratée de 2024, qui a coûté au président sa majorité relative et l’a dépossédé de ses principaux leviers de réforme. Côté opinion, le tableau n’est guère plus reluisant : sa popularité reste en berne dans tous les baromètres, comme si les Français avaient déjà tourné la page Macron. Le Figaro fait le point sur ce qu’il faut retenir de ses 45 minutes de questions-réponses avec Gilles Bouleau et Caroline Roux.


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La France pas à l’abri d’une attaque russe

Sans surprise, c’est la menace russe qui a ouvert l’interview. Quatre ans et demi après le début de la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine semble plus offensif que jamais envers les pays européens. Le chef de l’État en veut pour preuve un événement récent dont la gravité est selon lui sous-estimée : la découverte, début août, de drones chargés d’explosifs à l’aéroport allemand de Leipzig. S’ils avaient frappé comme prévu les avions ukrainiens stationnés sur place, ils auraient sans doute provoqué des pertes humaines.

Une «situation qui monte en tension», marquée par la multiplication d’«actes hostiles et parfois criminels à l’égard des pays européens», qui ne surprend guère le président. Parce que le Vieux Continent soutient Kiev, «la Russie considère que l’Europe, c’est la profondeur stratégique de l’Ukraine», analyse-t-il. Dès lors, la France est-elle à l’abri ?

«La CIA n’a pas informé nos services d’une telle attaque», a fait savoir le locataire de l’Élysée, démentant ainsi des informations de la presse étrangère faisant état d’un projet d’attaque de drones russes par la mer. Sans exclure qu’un tel scénario puisse «arriver». Car les signaux s’accumulent. «Il est clair qu’il y a eu plusieurs indices qui montrent que la Russie est en train de s’organiser», a assuré le chef de l’État, pour qui une nouvelle mobilisation de 300.000 hommes «est un scénario qui paraît crédible». De quoi justifier, à ses yeux, de continuer à «aider l’Ukraine à résister».

Carburants : «On fait tout pour éviter les pénuries»

Du front extérieur au front intérieur, il n’y a qu’un pas : la grogne sociale liée à la crise des carburants, avec des prix à la pompe à des niveaux records, s’est vite invitée dans l’interview. En dépit de 450 millions d’euros d’aides supplémentaires dévoilés mardi, dont le doublement de l’aide aux grands rouleurs et le relèvement de la prime carburant à 1000 euros, le gouvernement paraît démuni face à la colère des automobilistes. Une lecture qu’Emmanuel Macron s’est employé à battre en brèche, en particulier sur le risque de pénuries. «On fait tout pour les éviter», s’est engagé le président, admettant que la situation est «terrible pour beaucoup de familles» et pour les Français dépendants de leur voiture.

Concrètement, le chef de l’État entend agir «d’abord diplomatiquement», reliant la hausse des prix à des «circonstances géopolitiques». «On a 20 % du gaz, du diesel, du pétrole brut, des produits raffinés et du gaz qui sortent» du détroit d’Ormuz, a-t-il précisé, avec l’ambition «d’essayer de faire baisser la tension pour que ça puisse ressortir le plus facilement possible». Quant aux possibles difficultés d’approvisionnement en diesel, en gaz ou en fioul, Emmanuel Macron a promis que «d’ici à la fin de l’année, on s’est mis en situation d’avoir ce dont on a besoin». Y compris si la crise devait «empirer ou durer».


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«Baisser les prix» avant de «baisser les taxes» : le choix du président

Si la colère des Français sur les prix des carburants fait craindre le retour d’un mouvement social de type «gilets jaunes » à l’automne, Emmanuel Macron préfère agir sur les approvisionnements et la situation au Moyen-Orient pour «vraiment baisser les prix», plutôt que de «baisser les taxes», comme le réclament le RN et ses alliés ciottistes.

Une fausse bonne idée qui reviendrait, selon lui, à faire «payer aux contribuables français les conséquences de la géopolitique», pour une mesure coûteuse et peu ciblée. «Quand vous baissez les taxes, vous aidez tout le monde, y compris les gros rouleurs qui auraient les moyens de se payer le plein», a-t-il déclaré, estimant que ce ne serait pas «la décision la plus vertueuse». Sans pour autant fermer la porte si la flambée devait se poursuivre : «En fonction de l’évolution, il ne faut rien exclure».

Reste que les prix sont liés, de l’aveu même du président, à des facteurs qui «ne dépendent pas de nous», comme une éventuelle interdiction américaine des exportations de pétrole, la libération des stocks stratégiques ou la circulation des hydrocarbures. Le chef de l’État n’en compte pas moins sur la «grande diplomatie» française pour agir : «On pèse et on est présent dans cette région, donc on peut avoir des résultats». Autre atout mis en avant par le président : la limitation des prix à la pompe pratiquée par TotalEnergies, «une chance pour les Français» et le «fruit de notre histoire économique industrielle». «Si nous n’avions pas Total en France, on n’aurait même pas ce plafonnement», a-t-il insisté.

Des moyens militaires pour «protéger» un site énergétique en Arabie saoudite

C’est l’une des annonces de la soirée : la France va déployer des moyens militaires pour «protéger» le site saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge. Endommagée par une attaque, cette infrastructure permet d’acheminer «plusieurs millions de barils». «Des soldats, des radars, des systèmes de défense» seront présents, a détaillé Emmanuel Macron, qui exclut toutefois toute participation à des combats : «Pas nous engager dans quelque conflit, mais protéger ce site».

Le chef de l’État a par ailleurs rappelé être mobilisé avec les Iraniens et les Omanais pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Et réfléchit, dans le même temps, à «libérer ce qu’on appelle des stocks stratégiques, mais de manière coordonnée» avec les pays du G7.


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Macron appelle les candidats à 2027 à «ne pas s’affranchir du réel»

Après 2017 et 2022, la prochaine présidentielle se fera sans Emmanuel Macron. Et pour cause : la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat consécutif. Alors que la bataille fait rage pour sa succession, à gauche comme à droite, jusque dans le bloc central, le président, lui, veut rester en surplomb. Et surtout ne pas entrer dans la mêlée. Il n’empêche : comment explique-t-il que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, issus de deux forces populistes, soient en mesure d’accéder au second tour, selon les sondages ?

«Quand ça va mal, les gens se retrouvent confrontés à une vie impossible et donc, en effet, sont en colère», a-t-il répondu, appelant tous les candidats à «ne pas s’affranchir du réel». Si Emmanuel Macron entretient le flou sur son éventuel soutien à un candidat, une chose est sûre : toute nouvelle dissolution est exclue d’ici la fin de son mandat.



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