Cambodge : à Phnom Penh, un renouveau marqué par une soif d’images


On ne sait trop où placer les « h » de son nom – une difficulté qui s’apprivoise avec un peu de pratique. Phnom Penh – la « colline de Mme Penh » en langue khmère – est l’une des capitales les plus vibrantes d’Asie. Baignée par l’étrange fleuve Tonlé Sap – qui chaque automne inverse son cours pour aller gonfler le lac du même nom, donnant le coup d’envoi de la fête des eaux –, elle continue de cicatriser les blessures de la dictature khmère rouge.

Certes, le cauchemar Pol Pot de 1975 à 1979, cet embrigadement généralisé de la population, rééduquée, torturée et exterminée – près de 2 millions de morts sur 8 millions de Cambodgiens, soit le génocide proportionnellement le plus meurtrier de l’histoire –, continue d’être enseigné.

Le sinistre camp S21 du tortionnaire Douch reste une visite obligée. Autant que les barbelés installés aux fenêtres pour interdire les suicides ou les traces de sang subsistant depuis un demi-siècle, ce sont les centaines de photos d’identité de détenus aux yeux éteints, tous coiffés de la même manière, qui interrogent sur l’univers concentrationnaire et la capacité de l’homme à s’infliger les souffrances les plus monstrueuses (14 survivants sur les 16 000 prisonniers de cet ancien lycée). En plein centre, le cinéaste Rithy Panh, qui a fait du devoir de mémoire la colonne vertébrale de son œuvre, a créé le Centre Bophana, un espace de documentation où l’on peut se replonger dans le Phnom Penh d’avant la catastrophe à coup de livres, films ou expositions.



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