Caillebotte, Cassatt, Cimabue… Ces 14 chefs-d’œuvre entrés dans nos collections en 2023


Nos musées sont toujours en quête de nouvelles pépites. Qu’il soient situés dans la capitale ou en région, qu’il s’agisse des plus grandes institutions nationales ou de plus petits établissements, tous restent à l’affût de trésors dignes d’enrichir leurs collections, quitte à recourir à de grandes collectes de dons pour les acquérir.

Au cours de cette année 2023, plusieurs chefs-d’œuvre ont ainsi rejoint les collections françaises. Si certains trônent déjà dans leur nouvelle demeure, d’autres ne pourront y être admirés qu’en 2024, le temps de quelques aménagements. Des maîtres du Moyen Âge à Pierre Soulages en passant par Claude Monet, Mary Cassatt ou Aristide Maillol, tour d’horizon de ces merveilles, dont certaines n’avaient encore jamais été exposées au public !

1. La Partie de bateau de Gustave Caillebotte

Gustave Caillebotte, Partie de bateau ou Canotier au chapeau haut de forme

Gustave Caillebotte, Partie de bateau ou Canotier au chapeau haut de forme, vers 1877–1878

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Huile sur toile • 90 × 117 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris / Dist. RMN-Grand Palais / Photo Sophie Crépy

C’est l’acquisition la plus spectaculaire de l’année ! Gorgée de lumière et de verdure, cette scène de canotage mêlant reflets impressionnistes, figure réaliste et cadrage photographique s’impose comme l’un des plus beaux tableaux peints par Gustave Caillebotte (1848–1894). Classée trésor national en 2020, elle a été acquise en janvier pour la somme colossale de 43 millions d’euros (amortie par le mécénat du groupe LVMH) par le musée d’Orsay, qui l’exposera de nouveau au cœur de sa galerie des impressionnistes une fois son tour de France accompli — l’œuvre, après un séjour à Lyon, étant actuellement en prêt au musée des Beaux-Arts de Marseille jusqu’au 17 mars prochain, avant de rejoindre au printemps le musée d’Arts de Nantes dans le cadre des 150 ans de l’impressionnisme

Tous les jours, sauf lundi, de 9 h 30 à 18 h

2. L’Archange Gabriel d’Antonio Vivarini

Antonio Vivarini, L’Archange Gabriel

Antonio Vivarini, L’Archange Gabriel, XVe siècle

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Tempera et or sur panneau de bois, élément de retable • © musée des Beaux-arts, Tours / Photo Dominique Couineau

Les amoureux de la Renaissance italienne seront éblouis par la grâce de cet archange du XVe siècle ! Œuvre du peintre vénitien Antonio Vivarini (1415–1480), cette tempera sur bois rehaussée d’or a été achetée 345 000 euros en juillet à la Matthiesen Gallery de Londres par le musée de Tours, en partie grâce à une collecte de dons. Elle y a rejoint deux autres peintures de l’artiste issues du même polyptyque : Saint-Louis de Toulouse et Saint-Antoine de Padoue, dans les collections du musée depuis 1963.

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Musée des Beaux-Arts de Tours

3. Baigneuses aux nénuphars d’Émile Bernard

Émile Bernard, Baigneuses aux nénuphars

Émile Bernard, Baigneuses aux nénuphars, vers 1889

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Huile sur toile • 92,2 × 72,8 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Christie’s Images Limited 2023

Rassemblées autour d’un étang bleu sur lequel flottent des nénuphars, des baigneuses cernées de noir se découpent comme les pièces d’un vitrail sur le vert acide d’une prairie. Adjugée 650 000 euros cet automne chez Christie’s Paris lors de la vente de la collection Sam Josefowitz, cette superbe composition décorative d’Émile Bernard (1868–1941) a été aussitôt préemptée par le musée d’Orsay. Et pour cause : elle fait partie d’un triptyque dont le musée possédait déjà la toile centrale, Baigneuses à la vache rouge (1887). Il ne manque plus que celle de gauche pour avoir la scène complète !

4. Au but d’Alfred Boucher

Alfred Boucher, Au But

Alfred Boucher, Au But, 1886

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bronze • 45,8 × 69 cm • Coll. musée Faure, Aix-les-Bains • © C. Devleeschauwer / MBA Reims

Trois hommes suspendus dans une course effrénée, les bras tendus vers un objectif invisible : récompensée par une médaille au Salon de 1886 puis à l’Exposition universelle de 1889, cette saisissante sculpture en bronze reste l’œuvre la plus célèbre de l’artiste Alfred Boucher (1850–1934), qui fut le professeur de Camille Claudel. Acquise en juin par le musée Faure d’Aix-les-Bains (ville où le sculpteur avait son atelier), elle y trône actuellement au cœur d’une exposition visible jusqu’au 7 janvier 2024.

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Alfred Boucher 1945 : la donation à la Ville d’Aix-les-Bains

Du 23 juin 2023 au 7 janvier 2024

www.aixlesbains.fr

5. Portrait de jeune femme au chapeau blanc de Mary Cassatt

Mary Cassatt, Jeune femme au chapeau blanc

Mary Cassatt, Jeune femme au chapeau blanc, 1879

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huile sur toile • 46 × 38 cm • Coll. fondation Bemberg, Toulouse • © Ader

Un chapeau campé en quelques touches enlevées d’un blanc immaculé se détachant sur le fond sombre, des yeux songeurs animés de petits éclats de lumière… Par ses contrastes forts et la posture du modèle, ce beau portrait féminin brossé par la peintre impressionniste américaine Mary Cassatt (1844–1926) évoque Berthe Morisot au bouquet de violettes d’Édouard Manet (1872). La fondation Bemberg de Toulouse, qui l’a acquis 1,216 millions d’euros dans la vente Ader du 24 novembre, l’exposera à partir de février 2024, date de sa réouverture après travaux.

6. Physique amusante de Pierre Roy

Pierre Roy, La Physique amusante

Pierre Roy, La Physique amusante, 1929

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huile sur toile • 92 × 65 cm • Coll. musée d’arts de Nantes • © Sotheby’s / Art Digital Studio

Dans un étrange diorama se disputent une guirlande d’œufs, un serpentin de papier, une roue de charrette solitaire et un train à vapeur… Nouveau fleuron de la collection d’art moderne du musée d’Arts de Nantes, qui l’a acquis début novembre, ce tableau contient tous les ingrédients typiques du surréalisme, tels que des associations incongrues d’objets, et des repères brouillés entre réalité, rêve et artifice. Une œuvre signée Pierre Roy (1880–1950), ami de Giorgio de Chirico et précurseur oublié de René Magritte.

7. La Dérision du Christ ou Le Christ moqué de Cimabue

Cimabue, La Dérision du Christ

Cimabue, La Dérision du Christ, vers 1280

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peinture à l’œuf et fond d’or sur panneau de peuplier • 25,8 × 20,3 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-GP presse / Hervé Lewandowski

Peinte au XIIIe siècle sur un petit panneau de bois par l’artiste florentin Cimabue (1240–1302), cette scène religieuse sur fond d’or fut découverte en juin 2019 par une commissaire-priseuse chez une habitante de l’Oise, qui l’avait gardée accrochée non loin de ses plaques de cuisson, et pensait la jeter à la poubelle ! Finalement authentifiée comme l’une des quinze œuvres survivantes du maître, puis adjugée 24 millions d’euros à un mystérieux collectionneur, elle est désormais la pièce la plus ancienne du département des Peintures du Louvre, qui l’a rachetée début novembre et l’exposera au printemps 2025.

8. La Tabatière Choiseul attribuée à Louis-Nicolas van Blarenberghe

Louis-Nicolas van Blarenberghe, miniaturiste et Louis Roucel, orfèvre, La tabatière Choiseul

Louis-Nicolas van Blarenberghe, miniaturiste et Louis Roucel, orfèvre, La tabatière Choiseul, 1770–1771

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or, plaques de cristal, gouache • 8 × 6 × 2,4 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © musée du Louvre / Hervé Lewandowski

Cette petite tabatière de huit centimètres de long, qui n’avait encore jamais été exposée, a été achetée pas moins de 3,9 millions d’euros à la famille Rothschild par le musée du Louvre à l’issue de sa collecte de dons annuelle « Tous mécènes ! ». Commandée par le duc de Choiseul, ancien ministre de Louis XV, cette boîte présente dix faces ornées de minuscules gouaches sur vélin d’une finesse inouïe. Attribuées au miniaturiste Louis-Nicolas van Blarenberghe (1716–1794), ces scènes montrant le duc dans ses activités quotidiennes sont recouvertes de plaques de cristal et enserrées dans une monture en or. L’un des plus célèbres objets d’art français du XVIIIe siècle !

9. Série de sept « Outrenoirs » de Pierre Soulages

Pierre Soulages, Peinture 102 x 130 cm, 15 Mai 2022

Pierre Soulages, Peinture 102 × 130 cm, 15 Mai 2022, 15 Mai 2022

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acrylique outrenoir • 102 × 130 cm • © Archives Soulages / Adagp Paris 2023

Trois toiles et quatre polyptyques de grande taille, issus de la série des « Outrenoirs » de Pierre Soulages (1919–2022), réalisées entre 1999 et 2022, ont été donnés cet été par sa veuve Colette au musée Soulages de Rodez, à l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Les derniers Soulages 2010–2022 », visible jusqu’au 7 janvier 2024. Le musée s’enrichit ainsi de sept œuvres majeures, dont d’emblématiques stèles de peinture noire striée, qui brouillent les frontières entre peinture et sculpture pour jouer avec la lumière, alternant brillance et profondeur insondable…

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Les derniers Soulages. 2010-2022

Du 24 juin 2023 au 7 janvier 2024

10. Sur la falaise de Dieppe de Claude Monet

Claude Monet, Sur la falaise, près Dieppe

Claude Monet, Sur la falaise, près Dieppe, 1897

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huile sur toile • 65 × 92 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © RMN-Grand Palais presse / Sophie Crépy

Peinte dans de douces teintes de rose et d’or pâle, une falaise aux rondeurs érodées, parées d’un liseré de lumière scintillante, s’avance sereinement dans la mer – une vue rendue presque abstraite par les effets d’atmosphère… Resté dans l’ombre d’une collection privée, ce tableau du père de l’impressionnisme Claude Monet (1840–1926), issu d’une de ses dernières séries peintes en Normandie sur la côte d’Albâtre, n’avait pas été montré depuis 110 ans… Jusqu’à sa récente acquisition, à l’occasion d’une dation, par le musée d’Orsay qui l’expose désormais dans sa salle 34, fraîchement restauré !

11. Portrait de Louis XIV de Hyacinthe Rigaud

École française du XVIII<sup>e</sup> siècle, atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait en pied de Louis XIV

École française du XVIII<sup>e</sup> siècle, atelier de Hyacinthe Rigaud, Portrait en pied de Louis XIV

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huile sur toile • 148 × 100 cm • © Ville de Perpignan / musée d’art Hyacinthe Rigaud / P. Marchesan

Drapé dans sa cape de velours à fleurs de lys doublée d’hermine, Louis XIV nous toise avec assurance, entouré de tous les attributs de son pouvoir. À la demande du Roi-Soleil, ravi du résultat, ce célèbre portrait officiel en costume de sacre (dont l’original se trouve au Louvre) par Hyacinthe Rigaud (1659–1743), l’un des plus fameux portraitistes de la période classique, a été minutieusement copié en cinquante-cinq exemplaires identiques par l’artiste lui-même. C’est l’un d’eux que vient d’acquérir, le 9 décembre, le musée Hyacinthe Rigaud de Perpignan, dont il est désormais le principal trésor !

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Musée d’art Hyacinthe Rigaud

12. Les Trois Nymphes de la prairie d’Aristide Maillol

Aristide Maillol, Les Trois Nymphes de la prairie

Aristide Maillol, Les Trois Nymphes de la prairie, 1930–1937

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bronze, épreuve d’artiste • 157 × 144 × 78 cm • Coll. Fondation Dina Vierny – Musée Maillol, Paris • © Fondation Dina Vierny – Musée Maillol

C’est l’une des compositions emblématiques du sculpteur Aristide Maillol (1861–1944) ! Les Trois Nymphes de la prairie, réinterprétation du thème classique des Trois Grâces avec les formes rondes, robustes et sereines caractéristiques de son style, ont été installées à la mi-juin sur l’esplanade du front de mer de Banyuls-sur-Mer, sa ville natale. Cette nouvelle acquisition de la ville est la septième statue de l’artiste que l’on peut y admirer gratuitement en plein air, en complément du musée local consacré à son œuvre.

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Musée Maillol – Banyuls-sur-Mer

13. Le Christ crucifié en ivoire de Giovanni Pisano

Giovanni Pisano, Christ crucifié

Giovanni Pisano, Christ crucifié, vers 1270–1280

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ivoire • 20,5 × 6,3 cm • Coll. musée de Cluny – musée national du Moyen Âge, Paris • DR

Finement travaillé, ce Christ souffrant au corps contorsionné et à l’expression marquée est la première sculpture du maître toscan Giovanni Pisano (1245–1318) à entrer dans les collections françaises. Acquise le 20 janvier pour 2,45 millions d’euros par le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge grâce à 38 % apportés par du mécénat et 34 % par l’État, la précieuse statuette en ivoire de vingt centimètres de haut, datée du XIIIe siècle, est désormais visible dans la salle 11 du musée parisien, où elle témoigne de la façon dont le gothique français a rayonné jusqu’en Toscane.

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Musée de Cluny – musée national du Moyen Âge

14. River of no Return de Sylvie Selig

Sylvie Selig dans son atelier

Sylvie Selig dans son atelier, 2023

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140 mètres de long : tel est le format record de cette onirique et foisonnante peinture contemporaine que le MAC Lyon est tout juste en train d’acquérir pour 140 000 euros grâce à une campagne de financement participatif qui a récolté près de 100 000 euros ! Coup de cœur de la Biennale de Lyon 2022, cette œuvre, qui a révélé sur le tard le talent prolifique de l’artiste octogénaire Sylvie Selig, narre les aventures de trois personnages sur une rivière, où ils rencontrent des créatures fantasmagoriques. Le MAC Lyon en fera la pièce centrale d’une grande exposition consacrée à l’artiste, qui ouvrira en mars 2024.

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Sylvie Selig. River of no Return

Du 8 mars 2024 au 7 juillet 2024

www.mac-lyon.com

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MAC Lyon – Musée d’Art contemporain de Lyon

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“Le Panier de Fraises” de Chardin

Pas encore acquis, le Louvre compte sur l’aide des visiteurs via sa campagne « Tous mécènes ! », ouverte jusqu’au 28 février 2024 pour acquérir cette merveilleuse nature morte du peintre français.



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