Aux Rencontres d’Arles, l’œil d’Abidjan Paul Kodjo révélé


Ça balance à Abidjan ! Dans les années 1970, les dancings de la capitale ivoirienne ne désemplissent pas. Au milieu de la foule, un homme se fraie un chemin sur la piste pour immortaliser les corps qui vibrent au son des rythmes afro-cubains, du jazz ou de la soul. Son nom : Paul Kodjo (1939–2021). Aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers de la photographie ivoirienne, son œuvre vertigineuse a bien failli sombrer dans l’oubli.

C’était sans compter la détermination d’Ananias Léki Dago. Également photographe, celui-ci récupère, au milieu des années 2000, quelque 30 000 négatifs négligemment entassés dans une valise. Grâce à un long travail de restauration mené avec le soutien du musée du quai Branly, une partie de ce fonds exceptionnel refait finalement surface, tandis qu’une nouvelle campagne de restauration a été lancée en 2025 avec l’appui du programme « Modern Endangered Archives » de l’Université de Californie à Los Angeles. Cinq ans après sa disparition, en 2021, Paul Kodjo bénéficie ainsi de sa première exposition monographique en France, aux Rencontres d’Arles.

Des images pleines d’effervescence

Devant ces scènes de soirées dansantes à l’énergie contagieuse, difficile de ne pas penser à la jeunesse de Bamako immortalisée, à la même époque, par Malick Sidibé. Comme son contemporain malien, Kodjo saisit l’effervescence culturelle qui accompagne les premières années de l’indépendance et contribue à façonner l’identité visuelle de son pays. Mais le photographe ne se limite pas aux nuits d’Abidjan. Il s’illustre aussi dans la photographie de mode et devient surtout l’un des principaux artisans de l’essor des photoromans en Côte d’Ivoire.

Paul Kodjo, Deux femmes, un homme

Paul Kodjo, Deux femmes, un homme, 1971

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Photographie • Courtesy des Rencontres du Sud et de in camera galerie

De retour à Abidjan au début des années 1970 après un séjour de trois ans à Paris, où il exerce comme photojournaliste (couvrant entre autres les événements de Mai 68) et ouvre un studio fréquenté par les artistes et intellectuels de la diaspora ivoirienne, il cofonde avec le cinéaste Roger Gnoan M’Bala et le journaliste Samba Koné, alias O’Kallas Kane, l’agence MAMEDIS (Mass Media Service).

Des photoromans qui racontent la réalité de la Côte d’Ivoire

À la croisée de la photographie, du cinéma et de l’édition, celle-ci se spécialise rapidement dans les photoromans, ces récits mêlant images et textes publiés en feuilletons dans la presse. Alors que le continent africain importe encore massivement ce type de productions depuis la France, Kodjo participe à l’émergence d’histoires conçues localement, interprétées par des acteurs ivoiriens et ancrées dans les réalités de leur époque.

Paul Kodjo, Perdue et retrouvée

Paul Kodjo, Perdue et retrouvée, 1973

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Photographie • Courtesy des Rencontres du Sud et de in camera galerie

Adultères, mariages contrariés, jalousies ou peines de cœur nourrissent ces intrigues populaires, bien moins légères qu’elles n’en ont l’air. Derrière leur esthétique mélodramatique, elles racontent aussi le « miracle ivoirien » dont Kodjo devient l’un des chroniqueurs les plus attentifs. Directeur de la photographie sur plusieurs tournages, il passe ensuite à la réalisation de téléfilms à succès, à l’image de Sah-Sandra, qui transpose à l’écran les cadrages serrés et le sens de la dramaturgie déjà à l’œuvre dans ses photoromans. Un marivaudage délicieusement kitsch qui installe Kodjo comme l’un des artistes les plus fascinants du continent africain… Tout simplement irrésistible !

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Paul Kodjo. Photoromance

Du 6 juillet 2026 au 4 octobre 2026

www.rencontres-arles.com





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