Au Bon Marché, le serpent mythique d’Ernesto Neto


Les serpents vous filent la chair de poule ? Rassurez-vous ! Suspendu dans l’atrium du Bon Marché, celui-là ne mord pas. Il est même, oserait-on dire, doux comme un agneau – et pour cause : il est tissé de fils de coton par l’artiste brésilien Ernesto Neto (né en 1964).

D’une blancheur immaculée, le reptile de 28 mètres de long, soutenu par 45 arcs en bambou, serpente entre deux étonnantes structures biomorphiques, elles aussi réalisées en crochet. De couleur terre et remplies de feuilles séchées, elles paraissent parfaitement semblables, à un détail près : l’une représente Adam, l’autre Ève.

La relecture d’un mythe fondateur

« Dans beaucoup de cultures, le serpent est un dieu. »

Ernesto Neto

C’est donc un mythe fondateur de l’histoire de l’humanité qui se rejoue ici, au-dessus des têtes des visiteurs du Bon Marché. Reconnu dans le monde entier pour ses œuvres sensorielles inspirées des formes de la nature, Ernesto Neto a voulu redonner ses lettres de noblesse au serpent qui, associé au péché originel, est perçu comme un oiseau de mauvais augure dans les cultures occidentales.

Vue de l’installation « Le La Serpent » d’Ernesto Neto au cœur du Bon Marché Rive Gauche, 2025

Vue de l’installation « Le La Serpent » d’Ernesto Neto au cœur du Bon Marché Rive Gauche, 2025

i

© Stéphane Aboudaram / We are content(s)

Or, souligne l’artiste, « dans beaucoup de cultures, cet animal est un dieu. […] Certains pensent, contemporainement, d’ailleurs que la représentation de notre ADN serait deux serpents entrelacés, incarnation de la liaison de l’esprit au corps. » Intitulée « Le La Serpent », la proposition d’Ernesto Neto entend aussi redonner à Ève (et donc aux femmes) la place qu’elle mérite. À la figure de la tentatrice, l’artiste préfère celle de la mère de l’humanité : « Je crois que si Ève n’avait pas croqué le fruit, il n’y aurait pas d’humanité », résume-t-il.

Lire aussi article :  Lancement de l'Institut National de Bitcoin

La 10e invitation artistique du Bon Marché

Ernesto Neto, Avant que le temps n’apparaisse

Ernesto Neto, Avant que le temps n’apparaisse, 2025

i

© Stéphane Aboudaram / We are content(s)

Coutumier des expériences immersives, Ernesto Neto a aussi imaginé à l’étage du magasin une œuvre monumentale, Avant que le temps n’apparaisse, sorte de grande cabane (elle aussi réalisée en crochet) à l’intérieur de laquelle chacun est invité à prendre place sur des tapis moelleux (après s’être déchaussé) pour papoter, méditer… De part et d’autre de l’installation, les visiteurs peuvent aussi dessiner à la craie sur les murs tandis que résonne une chanson spécialement composée pour l’occasion par Ernesto Neto.

L’artiste a également investi les vitrines, comme le veut l’usage de ces désormais traditionnelles « invitations artistiques » du Bon Marché, qui rhabillent le magasin chaque mois de janvier. Après Daniel Buren, Prune Nourry ou Joana Vasconcelos, Ernesto Neto est le dixième artiste invité dans le cadre de ces cartes blanches, imaginées voilà une décennie pour rendre hommage à Aristide et Marguerite Boucicaut, créateurs au XIXe siècle de l’incontournable « mois du blanc ».

Arrow

Ernesto Neto. Le La Serpent

Du 11 janvier 2025 au 23 février 2025

www.lebonmarche.com



Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire