Académie d’Agriculture de France – Le verger de pommiers français : quelle évolution variétale ? – Académie d’Agriculture de France, Fruits et légumes, horticulture


Avant l’époque historique, les populations européennes collectaient de nombreux fruits, dont la pomme existant en Europe sous l’espèce sauvage Malus sylvestris. Les différents types de pommes que l’on connaît aujourd’hui proviennent tous d’une domestication en Asie centrale, entre 10 000 et 2 000 ans avant J-C. ; la route de la soie a contribué à sa migration vers le Proche-Orient, avant de gagner l’Europe il y a environ 1 500 ans. Au cours de cette migration, il y a eu des apports par hybridation avec divers pommiers sauvages. Voici donc, issu de cette longue histoire, le pommier domestique (Malus domestica) et ses nombreuses variétés.

Le verger français a beaucoup évolué depuis les années 1950

Les techniques de production se sont perfectionnées au cours des siècles, offrant un large éventail de variétés et de saveurs. Depuis les années 1950, la création de vergers commerciaux et la mondialisation progressive des marchés ont conduit à l’exploitation de variétés présentant les meilleures qualités en termes de productivité et attrait du fruit. C’est ainsi que les variétés traditionnelles françaises et européennes ont été supplantées par les variétés d’origine américaine (Golden Delicious et Red Delicious) ou australienne (Granny Smith) qui furent les 3 pommes des années 1970, reconnaissables chacune à leur épiderme jaune, rouge et vert.

Les variétés de pommiers cultivés sont sensibles à un grand nombre de bioagresseurs, ce qui impose surveillance et application de produits phytosanitaires. En fonction des régions et des conditions climatiques, l’arboriculteur doit appliquer un nombre de traitements, jusqu’à 35 par an pour les trois variétés déjà citées, très sensibles aux différents champignons-parasites et ravageurs. La tavelure – provoquée par le développement du champignon parasite Venturia inaequalis (encadré 1) – est la maladie la mieux connue et la plus répandue.

Lorsque les conditions d’humidité et de température sont favorables au champignon-parasite, les traitements à appliquer peuvent atteindre 50 % de la totalité, soit 15 à 20 traitements par an. Une recherche, débutée aux USA au début du XXe siècle, a abouti dans les années 1950 à la création de variétés résistantes à Venturia inaequalis.

Quelle est la stratégie déployée pour créer de nouvelles variétés résistantes à la tavelure ?

La découverte de résistances contrôlées par quelques gènes dominants : Le XXe siècle a vu une avancée majeure en termes d’identification de résistances contrôlées par quelques gènes dominants. Des chercheurs américains furent à l’origine de la découverte de ces gènes au cours des décennies 1940 et 1950, découverte mise ensuite à la disposition des chercheurs européens. Le gène plus connu et le plus impliqué est le « Vf=Rvi6 », issu de l’espèce sauvage Malus floribunda 821, à petits fruits sans saveur ; pour obtenir les qualités requises d’une pomme, associées au gène de résistance, plusieurs générations successives d’hybridations ont été réalisées depuis 1940 (cf. encadré 3).

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Les travaux engagés en France depuis les années 1960 : En France, ces travaux ont été entrepris au début des années 1960 à l’INRA d’Angers. Bénéficiant de deux, voire trois générations réalisées aux USA, les générations suivantes ont conduit, dès les années 1980, à la création par hybridation des premières variétés résistantes à la tavelure. Ces variétés ont été proposées aux arboriculteurs français (cf. encadré 2).

Ce nouveau matériel végétal ne répondait pas aux objectifs des arboriculteurs de l’époque, excepté les pionniers de l’Arboriculture Biologique, qui ont beaucoup apprécié ces variétés résistantes. Celles-ci ne sont toutefois devenues intéressantes pour l’ensemble de la profession qu’au début des années 1990, lorsque la détection de résidus de pesticides a alarmé producteurs et consommateurs.

Dans ce contexte, d’abord les pépiniéristes les plus motivés, puis l’ensemble des pépiniéristes français, rassemblés dans la Sarl NOVADI, ont rejoint l’INRA en signant des contrats de type public-privé pour la création de variétés résistantes à la tavelure, satisfaisant ainsi les demandes du marché. Le partage des responsabilités entre les partenaires a permis d’une part à l’INRA de se concentrer sur les recherches amont, d’autre part aux pépiniéristes de réaliser la sélection en verger.

Le mode d’obtention de ces variétés est explicité dans l’encadré 3, en prenant l’exemple de la variété Ariane sélectionnée par l’INRA en 2002.

Une protection phytosanitaire minimale nécessaire pour conserver la résistance

Face au risque de la perte d’efficacité de la résistance du gène Vf/Rvi6 par le développement de souches virulentes de tavelure (déjà apparues au cours des années 1990), une protection phytosanitaire minimale s’avère nécessaire. Ainsi, en intervenant face aux risques graves de contamination et de développement de ces souches, la résistance peut se maintenir. Cette nouvelle génération variétale doit être qualifiée de « résistante aux races communes de tavelure », mais sensibles aux nouvelles souches virulentes qui doivent être combattues, du moins dans certaines régions. Le réseau DEPHY en arboriculture montre que, par rapport aux variétés classiques, les variétés résistantes permettent de diminuer de 10 le nombre de traitements. C’est donc une contribution importante pour réduire l’usage des produits phytosanitaires.

La production actuelle en Europe et en France

L’Europe produit environ 12 millions de tonnes de pommes. La France se place 3e producteur européen, derrière la Pologne et l’Italie. Le verger français de pommiers s’étend actuellement sur 37 000 ha, avec une production d’environ 1 600 000 T, dont 500 000 T exportées. Parmi les milliers de variétés de pommes existantes, seulement une dizaine représente 95 % de la consommation française. Depuis les années 1970, de nombreux vergers conservatoires maintiennent un très grand nombre de variétés autrefois cultivées en France, dont quelques-unes se retrouvent sur les marchés de plein air. Certaines de ces variétés anciennes présentent une moindre sensibilité à la tavelure, par exemple Reine des Reinettes, Reinette Grise du Canada ou Reinette Clochard ; parmi les variétés de ce type obtenues plus récemment, signalons les variétés Akane et Melrose (cf. encadré 4, deuxième groupe). Toutefois, ces variétés anciennes peuvent présenter des défauts majeurs comme l’alternance de production, et ne sont pas cultivées à grande échelle.

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Les variétés résistantes à la tavelure mises en marché depuis 2000 rivalisent en présentation et qualité du fruit avec les variétés bien connues des consommateurs, et constituent une nouvelle génération nécessitant moins de traitements fongicides, satisfaisant les objectifs prioritaires de résistance à la tavelure, et de qualité gustative répondant aux souhaits de la filière professionnelle et des consommateurs (d’ailleurs peu ou pas informés de l’intérêt de cette nouvelle génération de pommes !). Le nombre de ces nouvelles variétés obtenues par plusieurs sélectionneurs du secteur public ou privé, français ou étrangers – toutes porteuses du gène de résistance Vf/Rvi6 – ne cesse de s’accroître chaque année (cf. encadré 4, troisième groupe).

L’Association Nationale Pommes Poires (ANPP), une référence en France

L’ANPP fédère environ 1 400 producteurs au travers d’organisations de producteurs et de producteurs indépendants, pour un total de 25 000 ha représentant 65 % de la production française de pommes. La taille moyenne du verger des adhérents de l’ANPP est de 18 hectares, et la durée de vie du verger d’environ 20 ans. Les nouvelles variétés résistantes à la tavelure occupent une surface de 1 700 hectares, soit 6,8 % du verger ANPP. Ces nouvelles variétés dont les surfaces s’accroissent sont principalement Juliet®, Candine® RegalYou, Choupette Dalinette , Story® Inored, (+ 56 % en 2 ans).

Les pomiculteurs de l’ANPP sont engagés dans la démarche Vergers Écoresponsables qui marque leur engagement pour des méthodes de production respectueuses de l’environnement et de la biodiversité dans les vergers, afin d’offrir une pomme française de qualité, saine et riche en goût !

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Plusieurs adhérents de l’ANPP appliquent le cahier des charges de l’Agriculture Biologique sur une surface estimée à 1 500 hectares certifiés Arboriculture Biologique, majoritairement plantée de variétés résistantes à la tavelure. On voit donc une évolution significative, avec l’émergence des variétés résistantes à la tavelure, favorisant la réduction des traitements fongicides et contribuant à l’augmentation des surfaces dédiées à l’Arboriculture Biologique.

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