À quoi ressemble le bateau-musée du festival Art Explora, amarré jusqu’au 18 juin à Marseille


« Il y a 80 000 musées sur Terre, et voilà le premier musée sur la mer ! » Ce jeudi 6 juin, c’est avec une pluie de confettis et sous un soleil radieux que Frédéric Jousset (propriétaire de Beaux Arts & Cie) a inauguré à Marseille l’ArtExplorer, soit « le plus grand catamaran-voilier du monde ». Sa mission ? Transporter de port en port ses expositions, et essaimer dans son sillage une multitude d’événements culturels.

Au départ, explique l’entrepreneur chevronné, fondateur d’Art Explora, il y a une idée venue une nuit, lors d’une traversée en mer : « J’ai une passion pour la mer, j’ai une passion pour l’art… », pourquoi ne pas concilier les deux ?

L’inauguration du Festival Art Explora à Marseille le 6 juin 2024

L’inauguration du Festival Art Explora à Marseille le 6 juin 2024

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© Fondation Art Explora / Photo Valentin Popineau

C’était il y a cinq ans. Autrement dit la même année que la création de sa fondation, dont les initiatives multiples veulent, explique-t-il avec enthousiasme, « rendre l’art accessible et désirable ». Un vœu pieu, peut-être, mais on comprend exactement où il veut en venir lorsque apparaît son gigantesque catamaran flambant neuf amarré dans le Vieux-Port de Marseille. Luxueux, arborant de belles matières et des mensurations hors norme (47 mètres de long, 1 800 mètres carrés de voiles…), l’objet s’offre pourtant à tous puisque son entrée est gratuite. Il n’est donc pas difficile d’imaginer les badauds et curieux accourir nombreux, qu’ils aient ou non l’habitude de fréquenter les expositions. Frédéric Jousset évoque comme source d’inspiration « la force d’attraction des départs des grands bateaux » comme ceux, par exemple, de la Route du Rhum ou du Vendée Globe.

Un village d’expositions mais pas que

Le Festival Art Explora vu du bateau-musée

Le Festival Art Explora vu du bateau-musée

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Photo Maïlys Celeux-Lanval

En face du catamaran, sur le quai, s’étend tout un « village » composé de deux pavillons d’expositions signés de l’architecte Jean-Michel Wilmotte, un foodtruck (au menu : des spécialités locales, des panisses, de la tapenade…), une boutique et surtout une grande scène de spectacles et de concerts. S’y sont produits le soir de l’inauguration, ce jeudi 6 juin, le pianiste marseillais Mourad Tsimpou, la compagnie du chorégraphe Angelin Preljocaj, puis, annoncée 48 heures avant seulement, la star Zaho de Sagazan, avant un DJ set orchestré par le collectif marseillais des Filles de blédards. Un savant mélange d’artistes locaux et de grands noms, donc, qui dit à la fois l’ambition et l’envie d’ancrage du projet.

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Le concert de Zaho de Sagazan pour l’inauguration du Festival Art Explora le 6 juin 2024

Le concert de Zaho de Sagazan pour l’inauguration du Festival Art Explora le 6 juin 2024

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© Fondation Art Explora / Photo Valentin Popineau

C’est ce qui fait la force de cette aventure. Car son aspect clinquant (le catamaran géant, les superstars invitées) va de pair avec une grande exigence artistique. Voilà pourquoi le musée du Louvre est monté à bord ! L’institution a conçu autour du thème des artistes femmes une installation immersive, à partir d’images d’œuvres de sa collection : « Il paraissait difficile de faire voguer les œuvres elles-mêmes », sourit la présidente du musée Laurence des Cars. De grands noms y ont contribué tels que Simone Fattal ou Soundwalk Collective qui signe la bande-son.  

L’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) est aussi du voyage, auteur d’une œuvre sonore de onze minutes à écouter sur le pont, pour se plonger dans l’atmosphère de la Méditerranée, entre chants des cigales et caresses des vagues.

Le « Voyage sonore en Méditerranée » ici présenté à Malte

Le « Voyage sonore en Méditerranée » ici présenté à Malte

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© Festival Art Explora / Photo Elisa Von Brockdorff

À quai, le commissariat de l’exposition « Sous l’azur », dont le thème est encore une fois lié à la mer, ses mythes et ses mystères, a été confié à Rebecca Lamarche-Vadel, curatrice très respectée du monde de l’art contemporain et directrice de Lafayette Anticipations à Paris. Le parcours est d’ailleurs excellent : on y croise les gravures aussi douces que colorées d’Etel Adnan (1925–2021), un gracieux ballet de mollusques filmé par Jean Painlevé (1902–1989) ou encore de fantastiques appâts en forme de créatures marines signés Cecilia Bengolea (née en 1979).

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Les artistes face à l’histoire complexe de la Méditerranée

On s’arrête aussi devant des œuvres très politiques, telles les trois grandes peintures sombres réalisées par Edi Hila (né en 1944) après la tragédie d’Otrante, qui a vu 120 réfugiés albanais mourir dans un naufrage. La commissaire a également fait appel à des associations locales, Art Explora souhaitant intervenir auprès des scolaires comme au sein du champ social, et expose ici les aquarelles sur papier de trois jeunes migrants, faisant le récit de leur périlleuse traversée de la mer Méditerranée.

Sérieux, le ton l’est encore dans le deuxième pavillon, curaté par Amanda Abi Khalil et Danielle Makhoul. Celui-ci est réservé aux œuvres filmiques et photographiques (on retiendra la délicatesse du travail entre broderie et photographie du Syrien Majd Abdel Hamid, né en 1988) ainsi qu’à neuf expériences en réalité virtuelle. Certaines sont réellement stupéfiantes, comme celle conçue par Iconem afin d’explorer les merveilles du bassin méditerranéen disparues ou détruites par les guerres récentes, telle la ville de Palmyre.

Politique, cette programmation se devait bien sûr de l’être face à l’histoire complexe de la Méditerranée. Comme geste fort, il faut citer encore les voiles immenses de Laure Prouvost (née en 1978), qui portent l’inscription « Here we dream of no more front tears » et dont le jeu de mot rapproche les frontières et les larmes.

« Déconstruire les hiérarchies entre les hautes et les basses cultures »

L’œuvre « Here we dream of no more front tears » conçue sur la voile du bateau-musée par l’artiste Laure Prouvost (2024)

L’œuvre « Here we dream of no more front tears » conçue sur la voile du bateau-musée par l’artiste Laure Prouvost (2024)

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© Adagp, Paris 2024 / Photo Maïlys Celeux-Lanval

Voilà pour le village. Si ces expositions voyageront avec le bateau de port en port, la programmation d’activités, de spectacles et de concerts sera toujours concoctée par un commissaire local.

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Pour Marseille, c’est la charismatique Martha Kirszenbaum qui a été choisie, laquelle a annoncé vouloir « déconstruire les hiérarchies entre les hautes et les basses cultures », et investir de grandes institutions muséales comme des « lieux du quotidien », en proposant par exemple une expérimentation culinaire dans un hammam ou un « cabaret oriental contemporain » dans un bar à chicha, en plus de tout un ensemble de podcasts à écouter dans le village et d’une rétrospective de films.

« La mer est un espace de rigueur et de liberté. » La formule de Victor Hugo reprise par Axel de Beaufort, architecte avec Guillaume Verdier du catamaran, sonne juste tant ce contraste semble en effet avoir nourri l’esprit du festival. Car s’il est difficile de citer toutes ses activités (mais son site est là pour ça), on résumera l’esprit de l’ensemble par un savant alliage d’art international et de ressources locales, de rendez-vous réjouissants et de récits profonds, d’invités grandioses et de partenariats avec des associations. Souhaitons donc bon vent à cet ArtExplorer qui devrait rencontrer le succès attendu, 20 000 personnes s’étant d’ores et déjà inscrites pour le visiter. Prochaines étapes, dès cet automne : Tanger, Rabat et Malaga !

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Festival Art Explora

Du 6 au 18 juin 2024 à Marseille



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