À Montpellier, l’art merveilleux et pluriel de Kiki Smith ensorcelle le MO.CO


« Je ne cherche pas à aller quelque part, ni à ce que mon travail ait un sens, défende une cause ou représente quoi que ce soit. D’une certaine manière, c’est une façon de synthétiser le fait d’être ici en une forme que l’on peut regarder, ou que je peux regarder. D’une autre manière, il s’agit de célébrer le fait d’être ici sous cette forme, maintenant. » Ces paroles, prononcées par Kiki Smith en 2014, ont inspiré le titre de l’exposition que le MO.CO consacre aujourd’hui à l’artiste américaine et qui investit l’intégralité de ses espaces.

« Nous avons choisi d’ajouter ‘Partout’, parce qu’il nous semblait que son travail va bien au-delà de l’ ‘ici et maintenant’ et qu’il nous accompagne où que l’on soit », précisent Rahmouna Boutayeb et Pauline Faure, co-commissaires de l’exposition. Près de sept ans après sa première grande exposition française à la Monnaie de Paris, la plasticienne américaine née en Allemagne en 1954 s’apprête une nouvelle fois à ensorceler le public hexagonal.

Diverses époques et pratiques en écho

Riche de quelque 150 œuvres, le parcours, élaboré en étroite complicité avec l’artiste, entend mettre en lumière l’incroyable diversité des formes et des matériaux qu’elle emploie. L’exercice est vertigineux tant Kiki Smith brille par ses mille et un talents : elle sculpte aussi bien le bronze que le papier mâché, dessine, brode, grave, photographie

Kiki Smith, Divination – Faith

Kiki Smith, Divination – Faith, 2019

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Bronze • 66 × 61 × 18,1 cm • © Kiki Smith / courtesy Galleria Lorcan O’Neill et Timothy Taylor

Il a donc fallu choisir un fil conducteur. Ce sera le corps, omniprésent dans son œuvre et que l’artiste explore depuis ses débuts ; un thème intimement lié à son histoire personnelle, marquée par la mort de son père, le sculpteur Tony Smith, puis par l’épidémie de sida qui décime son entourage alors qu’elle évolue dans la scène underground new-yorkaise des années 1970 et 1980.

L’exposition embrasse ainsi l’ensemble de sa carrière, mais refuse toute lecture chronologique, trop linéaire. Au fil du parcours, les époques se télescopent et les différents médiums semblent se répondre. Chaque visiteur est libre d’y trouver ce qu’il souhaite, l’artiste se gardant bien d’imposer une interprétation unique de ses œuvres.

Un corps hybride

Le corps, chez Kiki Smith, est insaisissable. Il est à la fois humain, animal, végétal, terrestre ou céleste.

Dans certaines salles, ses créations dialoguent avec des objets issus des réserves de la faculté de médecine de Montpellier, notamment plusieurs écorchés. Un rapprochement qui peut surprendre, mais qui fait écho à la fascination de Kiki Smith pour l’anatomie humaine, qu’elle a longuement étudiée à travers les planches du chirurgien britannique Henry Gray, considéré comme le père de l’anatomie moderne et auteur du célèbre Gray’s Anatomy.

Exposition « Être ici | Maintenant | Partout, Kiki Smith » au MO.CO. à Montpellier

Exposition « Être ici | Maintenant | Partout, Kiki Smith » au MO.CO. à Montpellier

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© Kiki SMith / MO.CO. / photo : Cédrick Eymenier

Car le corps, chez Kiki Smith, est insaisissable. Il est à la fois humain, animal, végétal, terrestre ou céleste. Il se fragmente, se métamorphose, s’hybride à l’infini. La meilleure illustration de cette hybridité est sans doute Born (2002), fascinante sculpture en bronze représentant une biche donnant naissance à une femme, telle une Vénus surgissant non pas des flots mais du règne animal. L’apparition a quelque chose d’un conte ancien, étrange et envoûtant.

Abolir les frontières entre réel et rêve

Le merveilleux s’immisce d’ailleurs partout dans son travail. Dans les plumes d’un paon rehaussées de paillettes. Sur un fragment de peau tatouée d’une rose et d’une troublante paire d’yeux. Dans un ciel noir constellé d’étoiles scintillantes délicatement brodées… Autant de motifs puisés dans les légendes ancestrales, les récits mythologiques ou encore l’imaginaire médiéval, que l’artiste réactive avec une liberté déconcertante. L’artiste abolit ainsi les frontières entre les espèces, entre le réel et le rêve, le terrestre et le cosmique.

À mesure que l’on progresse dans les espaces d’exposition, le corps humain se fait tour à tour souverain, vulnérable, fragmenté, tatoué, poilu comme la fourrure d’un animal. Il s’incarne et se réincarne sans limite, se métamorphosant jusqu’à sembler se dissoudre dans l’univers tout entier.

Kiki Smith, Earth

Kiki Smith, Earth, 2012

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Tapisserie en jacquard • 295 × 190 cm • © Kiki Smith / courtesy Magnolia Editions et Galerie Lelong

Point d’orgue du parcours, la dernière salle est sans doute la plus époustouflante. Situé au sous-sol, dans les entrailles du MO.CO, cet espace rassemble notamment un important ensemble de tapisseries, dont l’une des pièces maîtresses, la monumentale Seven Seas, a nécessité sept années de tissage par les artisans de la manufacture des Gobelins et est présentée pour la première fois en France.

Ici, le paysage nocturne règne en maître. Sous la voûte céleste passent des chouettes, des hiboux, des loups. Puis, soudain, s’élève le corps d’une femme. Elle flotte parmi les étoiles et les papillons de nuit, au-dessus des cimes montagneuses, comme affranchie des lois terrestres. Tel un ange tombé du ciel, dont l’esprit nous accompagne ici, maintenant, et partout à la fois.

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Être ici | Maintenant | Partout, Kiki Smith

Du 13 juin 2026 au 11 octobre 2026

www.moco.art





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