À Milly-la-Forêt, l’extravagant cocon de Jean Cocteau


« À Milly, j’ai trouvé la chose la plus rare au monde : un cadre. » Nous pourrions ajouter : un refuge. Lorsqu’il achète cette maison, dénichée par son compagnon Jean Marais en 1947, Jean Cocteau est épuisé, éreinté par le tournage difficile de la Belle et la Bête, harassé par la vie parisienne et son addiction à l’opium qui le consument à petit feu. Loin de son appartement de la rue de Montpensier et « des sonnettes du Palais-Royal », l’artiste, alors âgé de 58 ans, a trouvé dans cette charmante commune du Gâtinais son éden, où il peut travailler en toute quiétude…

Ce temple discret, que Jean Cocteau a occupé jusqu’à sa mort en 1963, se dévoile aux yeux du visiteur seulement lorsqu’il a passé un majestueux porche flanqué de deux tourelles en briques. Il pénètre alors dans un paisible jardin bordé d’iris, de pivoines et autres lavatères, traversé de part en part par l’eau des anciennes douves du château médiéval de Milly, qui se dresse juste en face. Si cette maison du XVIIIe siècle nous est parvenue presque intacte, c’est d’abord grâce à Édouard Dermit, jeune bellâtre venu de Lorraine, que l’artiste prendra sous son aile comme jardinier, muse, amant et… fils adoptif.

À gauche : la maison de Jean Cocteau depuis l’ancien verger ; à droite : les douves du château médiéval de Milly, qui entourent le jardin

À gauche : la maison de Jean Cocteau depuis l’ancien verger ; à droite : les douves du château médiéval de Milly, qui entourent le jardin

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© Inès Boittiaux – Beaux Arts Magazine

Ce dernier gardera la mémoire des lieux jusqu’à sa propre mort, avant que la demeure ne soit rachetée grâce au mécénat de Pierre Bergé. D’important travaux entrepris à l’aube des années 2010 ont depuis transformé l’antre de Cocteau en maison-musée avec, d’une part, un espace dédié aux expositions temporaires et de l’autre, des pièces laissées intactes, où Cocteau a vécu, travaillé et aimé.

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Un sensationnel mélange des styles

Veillée par deux sphinges dont les traits empruntent ceux de la comtesse Du Barry, la maison apparaît comme le fidèle portrait de cet artiste qui a rayonné sur les arts du XXe siècle, de la poésie au cinéma, en passant par le dessin : fantaisiste et diablement éclectique, à l’image cet insaisissable pionnier qui se plaisait à dire « il n’y a pas de précurseurs, il n’existe que des retardataires ».

Dans le salon, un ensemble hétéroclite de meubles rococo, de disques de jazz et autres curiosités

Dans le salon, un ensemble hétéroclite de meubles rococo, de disques de jazz et autres curiosités

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© Christian Descamps – Région Île-de-France

L’ensemble a des allures d’extraordinaire cabinet de curiosités, où se côtoient d’antiques céramiques, d’impudiques estampes japonaises…

Sur ce décor grandiloquent plane l’esprit délicieusement baroque de son amie Madeleine Castaing, papesse de la décoration, connue pour s’autoriser toutes les extravagances, des plus excentriques aux plus kitsch. Aucun document ne permet toutefois d’affirmer qu’elle se trouve à l’origine du choix des indiennes tendues aux murs à l’envers, des grands rideaux de velours rouge qui transforment le salon en scène de théâtre, ou du lit à baldaquin rose aux liserés noirs placé en travers de la chambre comme une île solitaire.

Difficile de savoir où donner de la tête dans cette assourdissante (et aveuglante) cacophonie de styles, qui fait s’entrechoquer les époques dans un grand fatras. L’ensemble a des allures d’extraordinaire cabinet de curiosités, où se côtoient d’antiques céramiques, d’impudiques estampes japonaises, des revues d’art jaunies par les années ou encore un étonnant moulage des mains de l’artiste… On note toutefois un goût immodéré de ce dernier pour l’univers animalier, comme en témoignent les deux bronzes japonais en forme de faon qui veillent la cheminée, à côté desquels s’élève une prodigieuse dent de narval. Sans oublier cet improbable motif léopard qui, à l’étage, tapisse les murs et le plafond de l’antichambre !

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Un tout autre spectacle se joue dans le jardin, celui-là bien plus paisible et pittoresque. Une fois franchi le petit pont qui enjambe les douves du château, l’on est saisi par la quiétude de l’endroit. Les aménagements de 2010 ont restitué l’esprit de cet ancien verger, où ont été plantés des dizaines de pommiers, dont les fruits une fois pressés donnent chaque année un savoureux nectar sucré.

Au détour d’une allée, entre les pivoines et les prodigieux massifs d’hortensias qui ont débuté leur floraison, de discrètes essences vertes s’épanouissent à l’ombre : ce sont les fameuses « simples » de Milly-la-Forêt, des plantes médicinales qui ont façonné le paysage comme l’histoire de la commune, et inspiré à Cocteau le décor de la chapelle Saint-Blaise des Simples, située à quelques pas… L’ultime demeure de l’artiste qui, en guise d’épitaphe, a fait la plus belle des promesses : « Je reste avec vous ».

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Maison de Jean Cocteau

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Prenez garde à la musique ! Les univers musicaux de Jean Cocteau

Du 15 juin 2023 au 29 octobre 2023
Il n’a jamais touché à la composition, ni à l’interprétation. Pourtant, la musique a toujours occupé une place prépondérante dans la vie et la trajectoire artistique de Jean Cocteau. C’est ce que met en lumière cette exposition estivale, qui se déploie à l’étage de la maison-musée de l’artiste. Où l’on croise Stravinsky, Satie, Piaf… Entre deux entrechats de Nijinski.

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www.maisonjeancocteau.com



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