À l’Orangerie, l’envers psychédélique des Nymphéas par Amélie Bertrand


Une ambiance de boîte de nuit émane de ce paysage aux couleurs saturées. Au musée de l’Orangerie, la peintre Amélie Bertrand (née en 1985) a installé un étonnant jardin artificiel aux allures de terrain vague où se mêlent d’immenses marguerites flottantes et de grosses chaînes suspendues. Voilà un face-à-face audacieux avec le maître des lieux, Claude Monet (1840–1926) et ses paisibles Nymphéas (1914–1918).

Il s’agit du 13e « Contrepoint contemporain » organisé par l’institution, qui invite depuis 2018, plusieurs fois par an, des artistes au sein de ses collections permanentes. Pour l’occasion, Amélie Bertrand – aperçue récemment lors du « Jour des peintres » au musée d’Orsay – a conçu un ensemble de cinq tableaux installés à l’entrée des deux salles réservées au grand œuvre du maître de l’impressionnisme. Intitulée « Hyper Nuit », cette série d’huiles sur toile à l’esthétique de jeu vidéo nous plonge du côté obscur des nénuphars de Giverny.

En plein air ou sur ordinateur, un même souci de la couleur

« Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe entre moi et le motif. C’est aussi cette sensation-là que cherchait Monet. »

Claude Monet et Amélie Bertrand ont en commun une obsession : la maîtrise des couleurs et des motifs. Tandis que le premier composait sa toile en plein air pour s’imprégner d’une atmosphère, la seconde réalise ses esquisses sur Photoshop pour « condenser des sensations de couleurs et de lumière à travers le prisme de l’écran ».

Amélie Bertrand, Hyper Nuit, green

Amélie Bertrand, Hyper Nuit, green, 2024

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Huile sur toile • Coll. particulière • Courtesy Semiose, Paris / © Adagp, Paris, 2024 / Photo Aurélien Mole

Travailler sur ordinateur, c’est sa manière à elle de ressentir un paysage. Mais une fois la composition terminée, « je ferme mon ordinateur, et c’est là que commence, dans un second temps, un travail très intuitif sur la couleur. » Beaucoup plus long et fastidieux aussi, puisqu’il dure au moins un mois, pour cette perfectionniste du trait.

« Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se passe entre moi et le motif. C’est aussi cette sensation-là que cherchait Monet », explique-t-elle devant ses œuvres de près de deux mètres de haut – rivalisant donc avec la monumentalité des Nymphéas. Mais ce n’est pas le seul point commun entre les deux artistes…

« Les envahisseurs des marais »

Claude Monet, Nymphéas, effet du soir

Claude Monet, Nymphéas, effet du soir, 1897

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huile sur toile • 73 × 100 cm • Coll. musée Marmottan-Monet, Paris • © Bridgeman images

En réalité, le nénuphar faisait déjà partie de l’univers sans aspérité d’Amélie Bertrand. Il apparaît en 2021 avec un grand triptyque présenté à la galerie Semiose. Son nom ? The Swamp Invaders. Toujours en trio, ces « envahisseurs des marais » sont également présents dans l’accrochage au musée de l’Orangerie dans une salle située au niveau souterrain. Mais cette fois, la peintre les a capturés sur des tondi (toiles circulaires). Un format inédit pour elle, qu’avait déjà expérimenté Claude Monet pour ses études de nénuphars. Un siècle plus tard, Amélie Bertrand poursuit sa quête : repousser les limites des couleurs, jusqu’au vertige.

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Amélie Bertrand. Hyper Nuit

Du 2 octobre 2024 au 27 janvier 2025

www.musee-orangerie.fr



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