À la Tate St Ives, la surréaliste Ithell Colquhoun sort de l’ombre


Voilà trente-sept ans qu’elle a disparu, et à peine dix que son nom apparaît enfin. Un nom qui, à son image, charrie son lot de mystères : Ithell Colquhoun, « âme perdue », comme elle se définissait… Mise en lumière lors d’une biennale de Venise 2022 riche de femmes surréalistes, et tout dernièrement à l’exposition « Surréalisme » du Centre Pompidou, elle avait jusqu’alors été exclue de l’histoire du mouvement. Seuls quelques initiés connaissaient son œuvre, portant son travail sur les cimaises de leurs galeries dès les années 1980 (notamment la Galerie 1900–2000, en 1982, lors de l’exposition « Les enfants d’Alice – La peinture surréaliste en Angleterre, 1930–1950 »).

Sur les terres de Cornouailles où Ithell Colquhoun a passé la seconde partie de sa vie, la Tate St Ives répare l’outrage, orchestrant la première rétrospective consacrée à l’artiste. Où l’on découvre une peintre envoûtante et une écrivaine inspirée, téméraire navigatrice en eaux occultes. Mariant hindouisme et Kabbale juive, mythologie égyptienne et mystique tantrique, Ithell Colquhoun resurgit telle l’enfant qu’auraient pu avoir Hilma af Klint, pionnière de l’abstraction elle aussi longtemps oubliée, et Yves Tanguy, rêveur minéral des plages bretonnes, si la fée Mélusine les avait fait se croiser.

Lire le monde tel un grimoire

Margaret Ithell Colquhoun naît en 1906, en Inde, dans l’État d’Assam où sa famille de militaires a été appelée à servir. Elle n’est encore qu’un nourrisson quand elle débarque dans la Grande-Bretagne de ses ancêtres. Mais le sous-continent, dans sa version fantasmée, nourrira toute sa vie son inspiration.

Ithell Colquhoun, Volcanic Flare

Ithell Colquhoun, Volcanic Flare, 1978

i

Peinture émail sur papier • 32,4 × 22,7 cm • Coll. Tate, Londres / Presented by the National Trust 2019 • © Tate / Photo © Tate

Son adolescence à Cheltenham, comté de Gloucestershire, est marquée par un certain abandon familial. Dès le plus jeune âge, elle s’efforce de donner cohérence à son monde chaotique en créant tout un réseau de correspondances entre les formes végétales, les substances alchimiques et son propre corps. Déjà, elle s’efforce de lire le monde, tel un grimoire. Elle étudie d’abord la peinture et l’architecture à la Cheltenham School of Art.

« Son intérêt croissant pour la religion et l’occultisme ainsi que sa passion pour l’expression artistique donnent forme et orientation à son existence quelque peu incertaine », postule l’éclairant catalogue de l’exposition. Comme en témoignent les costumes qu’elle conçoit alors pour une pièce de théâtre, Bird of Hermes, inspirée d’un manuscrit du XVe siècle, elle se passionne très tôt pour la pierre philosophale et la transformation des métaux en or. Sans le savoir, elle a déjà un point commun avec André Breton qui, dans son atelier de l’autre côté de la Manche, est en train de théoriser le surréalisme à grand renfort de références alchimiques.

Continuez votre lecture

et accédez à Beaux Arts Magazine
et à tous les contenus web
en illimité à partir de 5,75€ / mois



Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


5 + 5 =