À la Maison Victor Hugo, les fascinantes visions de Djabril Boukhenaïssi


Lorsque Djabril Boukhenaïssi nous reçoit un matin de juillet en sa demeure estivale, il l’a empruntée à un grand. À 32 ans, le jeune artiste formé aux Beaux-Arts de Paris loge chez Victor Hugo, place des Vosges, investissant escaliers et étage de la maison qui conserve en son sein les meubles, les œuvres sur papier et les souvenirs de l’écrivain.

De celui qui déjà l’année dernière, à l’occasion d’une première rencontre, nous parlait de littérature et de poésie, de Mikhaïl Boulgakov, de Novalis et de Virginia Woolf, on n’est guère étonné de le retrouver dans un tel cadre. Il y montre une trentaine d’œuvres graphiques, lui qui possède un atelier de gravure dans le Perche et qui se souvient avoir « été fasciné » par les encres de Victor Hugo.

Souvenirs nocturnes

Djabril Boukhenaïssi, Fenêtre

Djabril Boukhenaïssi, Fenêtre

Cette exposition « fait la jonction », nous dit-il, entre les œuvres qu’il avait présentées à la fondation Lee Ufan à Arles l’été dernier, et celles qu’il montrera à l’automne à Chicago, sur les murs de la galerie Mariane Ibrahim. Difficile de faire le voyage pour composer cette trilogie, mais peu importe : les visiteurs découvrent ici un accrochage fascinant, où surgissent des papillons de nuit, la silhouette évanescente de chapelles et d’abbayes, des cieux et des nuages voluptueux, visions et rêves hallucinés.

L’ensemble mêle des œuvres réalisées lors de deux résidences, à Arles mais aussi à l’abbaye de Fontfroide, dont la bibliothèque conserve un superbe décor du peintre symboliste Odilon Redon, commandé par son ami, l’artiste et collectionneur Gustave Fayet. « J’ai découvert Fontfroide grâce à L’Art fantastique, le livre de Werner Hofmann », se souvient Djabril Boukhenaïssi ; faisant le voyage depuis Arles, il a rencontré son directeur, lui a demandé s’il pouvait rester un mois entre ces murs, pour travailler au plus près de Redon. On lui a donné les clés.

Lire aussi article :  «Il fallait s'en sortir, point à la ligne», souligne Krumbholz

En communion avec Odilon Redon

Durant son séjour, toutes les nuits, le jeune artiste observe, pénétré, la silhouette obscure de cette abbaye cistercienne dont les premières pierres remontent au XIIe siècle ; seul dans le bâtiment, il entre dans la bibliothèque, y croise même une chauve-souris, amatrice de Redon elle aussi. Travaillant à copier son aîné, comme en souvenir de ses années aux Beaux-Arts, il laisse l’artiste entrer en lui, parle de « présence », d’« infusion » : « Il s’est passé quelque chose, une sorte de compagnonnage, comme si Redon tenait mon pinceau. »

Le résultat est d’une beauté hantée, subtile, faite de gravures rehaussées aux crayons de couleur, d’encre et de pastel – une alliance pas si facile à mener sur le papier, nous confie l’artiste, et qui lui a donné du fil à retordre. L’exposition a été inaugurée durant la Nuit blanche, clin d’œil à l’obsession de l’artiste pour la nuit. Il est vrai qu’on aimerait, à notre tour, se voir confier les clés de cette maison pour revenir à la tombée du jour, et voir ses papillons si étranges, aux ailes comme dotées d’yeux, se métamorphoser.

Arrow

Djabril Boukhenaïssi. La nuit des papillons

Du 7 juin 2025 au 31 août 2025

www.maisonsvictorhugo.paris.fr





Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


8 + 2 =