À Aix-en-Provence, Claire Tabouret dévoile ses vases peints


Dans la famille des peintres figuratifs contemporains en vogue, je demande Claire Tabouret ! Née en 1981 dans le sud de la France, cette artiste formée à l’École des beaux-arts de Paris a connu une ascension fulgurante, enviée par beaucoup de ses pairs : elle n’a eu besoin que d’une seule exposition en galerie pour être repérée en 2013, à l’âge de 32 ans, par le puissant collectionneur et mécène François Pinault, qui l’a aussitôt intégrée dans une exposition au Palazzo Grassi en 2014.

Depuis, son succès ne s’est jamais démenti. Il suffit de regarder ses toiles pour le comprendre, pour être convaincu par sa patte immédiatement reconnaissable, qui joue sur le contraste entre la mélancolie évasive de ses sujets et la force de ses coloris, entre la consistance de la matière et des formes et les effets de transparence.

Un inlassable désir d’expérimentation

Claire Tabouret, Les Pleureuses

Claire Tabouret, Les Pleureuses

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© Adagp, Paris, 2024, Gérard Jonca / Sèvres – Manufacture et Musée nationaux

En petit ou très grand format, et dans une palette de plus en plus vive, héritière de celle de Vincent van Gogh, l’artiste produit aussi bien des paysages que des peintures de groupe et des portraits, figurant tantôt des inconnus inspirés de photographies, tantôt des personnes de son entourage.

Comme barbouillés dans l’urgence sur des plages de couleur gourmandes, dans des tons stridents ou aigres-doux, alliant bleu lavande, vert acide, indigo, pêche, abricot, rose saumon ou rouge sang, ces personnages aux grands yeux sombres ont souvent le regard perdu au loin. Mais une sensualité très vivante se dégage aussi de ces visages, due au traitement très charnel de la matière, de la chair et des volumes. Grâce à une inlassable superposition de couches, tantôt épaisses, tantôt fluides et transparentes, quelque chose de très palpable transcende la planéité de la toile, tout en gardant une part de flou et d’insaisissable…

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Énergique et prolifique, Claire Tabouret aime expérimenter différents supports et techniques pour sortir de sa zone de confort. Des peintures sur de la fausse fourrure, des autoportraits à l’encre de Chine sur papier de riz, une fresque dans un château, une tapisserie pour Aubusson (en cours de réalisation), une sculpture en bronze peinte exposée au musée Picasso, des bustes en terre cuite peints affublés de collerettes en tissu… : l’artiste ne s’arrête jamais d’explorer. Installée à Los Angeles en 2015 sur un coup de tête, elle a même fait de sa maison californienne une œuvre d’art géante, en y peignant notamment tout un plafond inspiré du tarot de Marseille !

L’exploration plastique de la maternité

C’est dans la continuité de cette expérimentation permanente que l’artiste a réalisé sa première collaboration avec la Manufacture nationale de Sèvres, qui réunit la fameuse manufacture de porcelaine de Sèvres, en activité depuis le XVIIIe siècle, et le musée national de Céramique créé au XIXe siècle. Avec les artisans de cette institution historique, Claire Tabouret a peint un ensemble inédit de vases intitulé Les Pleureuses, qui sera présenté cet été pour la première fois à Château La Coste, au sein d’une exposition monographique.

Claire Tabouret, Les Pleureuses

Claire Tabouret, Les Pleureuses

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© Adagp, Paris, 2024, Gérard Jonca / Sèvres – Manufacture et Musée nationaux

Intemporelles, ces Pleureuses peuvent aussi bien être reliées à une expérience intime qu’au désarroi collectif ressenti face à la violence du monde.

Ces visages de femmes qui pleurent, et dont les couleurs semblent fondre et se liquéfier à la manière de leurs larmes sur le support en céramique, l’artiste les a sculptés dans l’émail de leurs fonds colorés, puis peints directement sur la surface poreuse des vases. Une performance en soi puisqu’il n’y avait aucune possibilité de revenir en arrière, ni de bien visualiser les couleurs, ces dernières n’ayant pris leurs teintes définitives qu’après une cuisson à 1 280° Celsius !

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Intemporelles, ces Pleureuses peuvent aussi bien être reliées à une expérience intime qu’au désarroi collectif ressenti face à la violence du monde. Mais l’artiste leur a conféré un sens particulier. Enceinte au moment du projet, elle a imaginé des femmes pleurant la perte d’un enfant, la forme dodue du vase (le vase Rapin n°21, un modèle iconique de la Manufacture datant du début du XXe siècle) évoquant à la fois une urne funéraire et le ventre rond d’une future mère.

Claire Tabouret, Les Pleureuses

Claire Tabouret, Les Pleureuses

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© Adagp, Paris, 2024, Gérard Jonca / Sèvres – Manufacture et Musée nationaux

L’artiste a déjà exploré plusieurs fois le thème de la maternité, notamment dans le cadre de l’exposition du pavillon du Vatican à la Biennale de Venise 2024, pour laquelle elle a peint les portraits des enfants des femmes détenues dans la prison de Giudecca, où sont présentées les œuvres. Des portraits tendres, qui réconfortent les prisonnières et leur rendent leur humanité, mais aussi doux-amers, au vu de la séparation forcée entre ces enfants et leurs génitrices.

Une peinture format géant à Sèvres

Claire Tabouret, The Big Pyramid

Claire Tabouret, The Big Pyramid, 2024

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Pour Sèvres, l’artiste a également dévoilé une œuvre monumentale, qui habille la façade du musée national de Céramique : une retranscription en format géant de l’une de ses peintures, The Big Pyramid, figurant les (étranges) débuts, tâtonnants mais solidaires, d’une pyramide humaine, d’après des photographies de clubs de sport amateur.

Réalisée à l’occasion des Jeux olympiques 2024 et dans le cadre de la Métropolitaine (rendez-vous international d’art contemporain de la Métropole du Grand Paris), l’œuvre a été inaugurée le 1er juin pendant la Nuit Blanche, et sera visible jusqu’au 22 septembre. Pour accompagner son dévoilement, les danseurs professionnels Rodolphe Fouillot et Emmanuelle Huybrecht ont proposé une performance chorégraphique hybride sur le parvis du musée, qui sera renouvelée les 22 juin (de 14 à 18h) et 24 juillet (de 10h à 11h30). En parfaite harmonie avec une œuvre où les corps (indissociables de l’émotion) jouent un rôle primordial !

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Sèvres – Manufacture et Musée nationaux



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