
Le Frac Auvergne a inauguré ses nouvelles portes le 25 septembre dernier à Clermont-Ferrand en réinvestissant un lieu mythique de la ville : l’ancienne Halle aux blés, en plein centre, sublime bâtiment du XVIIIe siècle en pierres de Volvic, où l’École des beaux-arts fut longtemps installée. Cela faisait près de 30 ans que ce projet d’aménagement se faisait désirer.
Après sept ans de travaux de rénovation, conçus par les Ateliers Lion Associés et finalisés par l’agence In6tu Architectes, la Halle accueille désormais la nouvelle vie du Frac, dont la direction a été confiée récemment à Élise Girardot, commissaire d’exposition indépendante et critique d’art.
Le paysage au cœur des attentions
Dès l’entrée dans le bâtiment, clair comme l’eau des roches environnantes, où la noirceur de la pierre capte les éclats de la lumière du jour, la chaleur d’un espace doux plonge le visiteur dans une posture réceptive à ce qui l’attend : la découverte d’une partie de la collection du Frac (créé en 1985), riche d’environ 1 200 œuvres.
Son ex-directeur Jean-Charles Vergne (de 1996 à 2023) l’a patiemment construite autour de la peinture et des questions afférentes au statut de l’image, jouant à dessein de la plasticité entre la peinture et la photographie picturale. En arrivant à Clermont-Ferrand, Élise Girardot s’est attachée à l’esprit, autant qu’à la matière, de cette collection parfaitement cohérente dans ses propres variations.
« Les mues éternelles », exposition inaugurale de cette relance du Frac qu’elle propose avec sa collègue Laure Forlay, procède de cette attention à la question du paysage, dont elle a fait son programme général pour les années à venir. Moins pour en célébrer l’éternité figée que pour honorer ses métamorphoses, formelles et climatiques. Car l’éternité ne tient plus aujourd’hui, comme le prouve la fonte des neiges éternelles du Kilimandjaro, ou celles, certes moins élevées, d’Auvergne. Les neiges fondent mais les nuages restent ; les artistes en conservent la mémoire.
Une scène artistique mouvante
Le parcours, réparti sur 900 m², consigne à travers 60 œuvres de 40 artistes de la collection l’idée de ces métamorphoses qui se jouent à plusieurs niveaux : celles des paysages affectés par le changement climatique, mais surtout celles de la peinture elle-même. Joyeuse et lumineuse d’emblée avec une toile d’Etel Adnan (dont la mémoire des paysages s’incarne dans une célébration de la couleur) ou d’autres de Caroline Achaintre en forme de tapisserie en laine, la peinture tend peu à peu vers des ambiances plus troubles et inquiétantes.
De Mimosa Echard à Jeanne Vicerial, d’Agnès Geoffray à Kapwani Kiwanga, de Luc Tuymans à Claire Tabouret, de Josèfa Ntjam à Abdelkader Benchamma, ou de Noémie Goudal à Clément Cogitore, qui tirent la tradition picturale du côté de la vidéo, les œuvres traduisent autant le visage mouvant de la scène artistique contemporaine que celui du monde qui s’abîme sous nos yeux.
« Les mues éternelles », qui s’achève au dernier étage avec une installation monumentale d’une jeune peintre japonaise venue en résidence, Makiko Furuichi, donne un nouvel élan au Frac Auvergne, cœur battant du paysage artistique à Clermont-Ferrand et dans la région. Pour l’éternité, peut-être, tant il le mérite.
Les mues éternelles
Du 25 septembre 2026 au 7 février 2027
Frac Auvergne • 11 Rue Ballainvilliers • 63000 Clermont-Ferrand
fracauvergne.fr
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