Après cinq siècles de mauvais traitements, un chef-d’œuvre de Dürer fait l’objet d’une restauration d’envergure à Prague


Peinte à l’huile sur bois de peuplier, en 1506, l’œuvre La Fête du Rosaire n’a pas résisté au temps. D’innombrables retouches ont causé des dommages nécessitant une réhabilitation minutieuse de plusieurs années.

Un chef-d’œuvre du peintre allemand de la Renaissance Albrecht Dürer, La Fête du Rosaire, fait actuellement l’objet d’une minutieuse restauration destinée à durer cinq longues années à Prague, temps jugé nécessaire après cinq siècles de mauvais traitements.

Fidèle à la technique vénitienne, le maître a utilisé de l’huile sur bois de peuplier pour représenter la Vierge Marie et l’Enfant Jésus distribuant des guirlandes de roses à des fidèles, parmi lesquels le futur empereur Maximilien Ier et le pape Jules II.


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Mais le matériau n’a pas résisté au temps et d’innombrables retouches ont causé des dommages nécessitant une remise en état en profondeur, explique à l’AFP Olga Kotkova, la directrice de la Galerie nationale de Prague en République tchèque, où l’œuvre est exposée.

«Des tableaux, on dit qu’ils sont des organismes semblables aux humains et que lorsque quelqu’un mène une vie tourmentée, cela se lit sur son visage», précise-t-elle au sujet de l’œuvre colorée, réalisée en 1506 pour l’église San Bartolomeo à Venise.

La peinture sera soumise à des examens par scanner afin d’en révéler «les détails les plus infimes», affirme Adam Pokorny, restaurateur en chef de la Galerie nationale. Pour cartographier sa composition, le musée va utiliser la technologie de macro-fluorescence à rayons X, employée dans la restauration en cours de la Ronde de nuit de Rembrandt au Rijksmuseum d’Amsterdam. «Nous prévoyons également de réaliser un modèle 3D du tableau, qui sera utile pour comprendre l’état du support», précise-t-il.

La mouche disparue

Un livre publié par la Galerie nationale retrace son histoire en détail. Commandée par une confrérie dominicaine, la peinture fut largement saluée et attira à Venise des foules de fidèles allemands. Elle fut transportée à pied jusqu’à Prague en 1606, lorsque Rodolphe II de Habsbourg, archiduc d’Autriche, empereur germanique, roi de Hongrie et de Bohême, l’acheta pour sa collection. Elle échappa au pillage de l’armée suédoise pendant la guerre de Trente Ans, mais tomba dans l’oubli lorsque la collection fut dispersée.

Décrit comme «complètement détruit» dans un inventaire du XVIIIe siècle, le tableau changea plusieurs fois de propriétaire avant de finir au monastère de Strahov, près du château de Prague, en 1793. Acquis par l’État en 1934, il passa la Seconde Guerre mondiale caché dans des abris. Il subit plusieurs interventions, dont celles menées entre 1839 et 1841 par le peintre tchèque Johann Gruss, critiqué pour avoir modifié la surface et l’aspect de l’œuvre. Seuls 75 à 80% des éléments sont originaux. «La peinture commence à se détacher à la limite entre le Dürer original et la restauration de Gruss», selon Olga Kotkova.


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Au fil des siècles, le tableau a aussi perdu un élément intriguant: une mouche, que Dürer avait peinte sur le genou de Marie. D’après Adam Pokorny, sa « réhabilitation », qu’il espère achevée en 2031, sera menée en consultation avec un comité international. Elle devrait consister à fixer la couche picturale, à éliminer les retouches de mauvaise qualité et à réparer le support en bois.



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