
Elles étaient devenues presque invisibles. Conservées depuis le XIXe siècle dans des collections privées, les fresques de la tombe François, chef-d’œuvre de la peinture étrusque, ont retrouvé une place dans le patrimoine national italien. Le 29 mai dernier, l’État a annoncé leur acquisition pour quinze millions d’euros. Propriété des familles Torlonia, Sforza Cesarini et Gaetani, cet ensemble exceptionnel, composé de 37 panneaux et de deux cippes (petites colonnes sans chapiteau servant de monument funéraire et portant une inscription), est désormais présenté au musée national étrusque de la villa Giulia, à Rome.
L’opération met un terme à une longue histoire. Dès 1921, l’État italien avait tenté de faire entrer ces peintures dans les collections nationales, sans succès. Il aura fallu plus d’un siècle de négociations pour parvenir à cet accord. Une victoire pour Giorgia Meloni.
Des fresques étrusques mais aussi une toile de Caravage
Découverte en 1857 par l’archéologue Alessandro François dans la nécropole de Ponte Rotto, à Vulci, dans l’actuel Latium, sur les terres du prince Alessandro Torlonia, la tombe a livré l’un des cycles peints les plus remarquables de l’Antiquité préromaine. Réalisées au IVe siècle avant notre ère, ces fresques mêlent récits mythologiques grecs et mémoire historique étrusque. Parmi les scènes les plus célèbres figurent le sacrifice des prisonniers troyens par Achille en hommage à Patrocle mais aussi l’épisode de Mastarna, héros étrusque associé par la tradition au futur roi de Rome Servius Tullius.
Plus qu’un décor funéraire, cet ensemble témoigne d’une culture située au carrefour des influences méditerranéennes mais soucieuse d’affirmer sa propre identité. Leur retour dans une institution publique permettra de nouvelles recherches. « Après plus d’un siècle, un chef-d’œuvre de pierre et de couleur est restitué à la communauté », souligne Luana Toniolo, directrice du musée, qui les a reçues.
Cette stratégie s’inscrit dans une longue tradition italienne de protection du patrimoine, mais elle prend une résonance particulière depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni.
L’achat de la tombe François n’est pas un cas isolé. Ces derniers mois, l’État italien a multiplié les opérations spectaculaires. Le 9 février, il a fait l’acquisition d’un Ecce Homo d’Antonello da Messina (vers 1473–1474) auprès de Sotheby’s pour 14,9 millions de dollars (12,5 millions d’euros) ; puis, le 10 mars, du Portrait de monseigneur Maffeo Barberini de Caravage (vers 1597–1598) pour 30 millions d’euros, l’un des montants les plus élevés jamais déboursés par l’État italien pour une œuvre.
Cette stratégie s’inscrit dans une longue tradition italienne de protection du patrimoine, qui repose notamment sur un contrôle strict des exportations et sur le droit de préemption de l’État. Mais elle prend une résonance particulière depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni en 2022.
Un élément clé de soft power
Le gouvernement dirigé par Fratelli d’Italia, parti post-fasciste, a placé la défense du patrimoine, des traditions et de l’identité nationale au cœur de son discours. Pour l’exécutif, ces œuvres ne sont pas seulement des chefs-d’œuvre à préserver, elles incarnent le génie italien et le rayonnement d’un pays dont le patrimoine est présenté comme un élément clé de soft power. Pour ses défenseurs, cette politique permet ainsi à l’Italie de reprendre la maîtrise de son héritage et de donner aux musées les moyens de préserver des œuvres majeures.
Ses détracteurs y voient au contraire le risque d’une instrumentalisation du patrimoine au service d’un récit national centré sur les notions d’identité et d’appartenance. Après l’Antiquité étrusque, la Renaissance et le XVIIe siècle, à qui le tour ? Aucun nouvel achat n’a encore été annoncé par le ministère de la Culture, mais la ligne est claire.
Le retour des héros
Du 1 juillet 2026 au 31 décembre 2026
Musée national étrusque de la Villa Giulia • Piazzale di Villa Giulia 9 • 00197 Roma
www.museoetru.it
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