une mine éclatante depuis plus de deux siècles



L’école d’aérostation de Meudon et le ballon captif à hydrogène ? C’était lui. Le Conservatoire national des arts et métiers ? Encore lui. Le volet scientifique et de défense lors de l’expédition d’Alexandrie ? Toujours lui. Rien ne destinait Nicolas-Jacques Conté (1755–1805), rejeton de paysan normand, apprenti-jardinier à douze ans, à rallier l’élite scientifique française pré et post-révolutionnaire.

Peintre, chimiste, physicien, aérostier, inventeur : doué dans tous les domaines, loué par Bonaparte à l’aune de la campagne d’Égypte, sollicité et chargé par les gouvernements successifs de « rechercher et acheter tous les objets utiles aux arts industriels », Conté sut aussi les inventer et avec eux, les machines pour les produire.

Inventé et fabriqué en huit jours

Ainsi du crayon. Apparu en Angleterre au XVIe siècle, le principe d’une tige de plomb enserrée entre de minces baguettes de bois n’avait rien de nouveau. Appelés « capucins », ces crayons étaient devenus rares et chers depuis l’embargo décidé par Napoléon. Un Comité de salut public somma alors Conté de créer un outil d’écriture national digne de ce nom. Délai imparti : huit jours. À la recette anglaise mixant plombagine et carbone bouillis dans l’huile, Conté imagina un mélange de graphite des Alpes et de kaolin réduit en pâte cuite au four et coulée entre deux planches rainurées puis rabotées.

Il en déposa le brevet, accordé pour dix ans le 22 janvier 1795 pour « des crayons artificiels ». Ce sera la seule de ses inventions enregistrées à son compte : toutes les autres furent et seront léguées à la nation. Illico, la Commission des travaux publics passa commande de 300 000 crayons. La production démarra sur-le-champ : la manufacture établie rue de l’Université en 1796 abritait un outillage entièrement conçu par Conté.

Deux fois moins chers que les « pencils » anglais, les crayons Conté firent un tabac lors de la première Exposition industrielle de 1798. Les commandes affluèrent… Conté conquit l’Europe et son procédé bouleversa l’industrie du crayon. Bonne mine sur toute la ligne.

Anatomie d’un crayon

Longueur : 18 cm taillé ; diamètre : 8,5 mm ; diamètre de la mine : 5 mm. Corps rond en bois de cèdre rouge de Californie, essence unanime pour ce type de produit d’écriture et de dessin ; vernis 12 couches assorti à la couleur de la mine ; quatre jours de fabrication en usine française.

La mine est formée d’une pâte à charge minérale enrichie de pigments et d’un additif selon la couleur, le modèle et l’usage. On utilisera « Graphite » pour la BD, « Sanguine » pour les dessins réalistes et les croquis rapides, « Carbone » pour un rendu fin et minutieux des plans et dessins d’architecture, « Sépia » pour les portraits et les paysages…

« Pierre noire », le best-seller

Référence absolue parmi les 34 crayons d’esquisses et de dessin Conté à Paris, mat, indélébile et tendre, « Pierre noire » est unanimement plébiscité pour son rendu velouté et son intensité. Fabriqué à Lay, dans la Loire, représentant à lui seul 29 % de la production globale et annuelle, vendu chaque année dans le monde entier à quelque 900 000 exemplaires, dont 30 % aux États-Unis, ce crayon matriciel décliné en cinq gradations est tarifé trois euros l’unité. Il est aussi diffusé par paire ou set de quinze pièces (crayons et Carrés, environ 40 €) chez Rougier&Plé, Dalbe, Cultura ou Charbonnel (13 quai de Montebello, Paris 5e).

Le saviez-vous ?

Les peintures Lefranc Bourgeois (1720), les encres pour gravure Charbonnel (1862), les peintures pour artistes Winsor & Newton (1832) forment avec Conté à Paris et d’autres marques tel l’Américain Liquitex l’ensemble du groupe Colart (pour Color & Art), aux mains de la famille suédoise Lindén (avec siège au Mans). Savoir aussi que les artistes disent des crayons de couleur, au diamètre plus large avec effet poudré-velours, qu’ils ne colorient pas mais qu’ils « libèrent du pigment »





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