opposée à l’aide à mourir, Jeanne-Françoise Hutin veut rendre sa Légion d’honneur à Emmanuel Macron


Dans une lettre adressée au président, la fondatrice de la Maison de l’Europe s’enflamme contre le texte qui autorise pour la première fois l’assistance au suicide, voire l’euthanasie, avec une série de conditions.

La loi créant un droit à l’aide à mourir a été publiée au Journal officiel le 19 août, après plusieurs années de débats et sa validation par le Conseil constitutionnel. Mais sa promulgation a provoqué la colère de Jeanne-Françoise Hutin, opposante de longue date au texte. Dans une lettre ouverte adressée vendredi à Emmanuel Macron, dévoilée par La Croix, la fondatrice de la Maison de l’Europe annonce vouloir lui remettre en main propre sa Légion d’honneur. Décorée par le président en 2019, elle avait déjà prévenu en 2024 qu’elle rendrait cette distinction si la loi était adoptée.

Par écrit, Jeanne-Françoise Hutin fait part de sa «consternation» face à une loi qui, selon elle, «bouleverse en profondeur notre société». Elle conteste notamment le fait de considérer la mise à mort comme un soin. «Comparer le fait de donner la mort à un soin constitue, à mes yeux, une grave erreur, un mensonge», écrit-elle. L’ancienne conseillère régionale UDF estime également que la demande de mourir n’est pas toujours l’expression d’un choix rationnel. Elle peut, selon elle, intervenir dans des moments de «lassitude», de «tristesse» ou de «désespoir», mais aussi lorsque le malade se sent «inutile» ou «un poids pour les autres».


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Questionnement

La fondatrice de la Maison de l’Europe revient également sur le principe du serment d’Hippocrate, qui prévoit notamment que le médecin «ne provoquera jamais la mort délibérément». Elle s’inquiète des conséquences de la nouvelle législation pour les personnes vulnérables et évoque le témoignage d’une personne âgée qui se serait confié à elle. «Madame, vous faites bien, car, lorsqu’ils me le diront, je ne saurai pas leur répondre», lui aurait-elle glissé. La loi autorise l’aide à mourir sous plusieurs conditions cumulatives : le patient doit notamment être majeur, Français ou résident de longue durée, souffrir d’une affection grave et incurable à un stade avancé ou terminal et être capable d’exprimer un choix libre et éclairé. Il doit en principe s’administrer lui-même le produit létal, sauf impossibilité physique.

Jeanne-Françoise Hutin salue toutefois la reconnaissance par le Conseil constitutionnel de la liberté de conscience des établissements et professionnels de santé. Elle estime surtout qu’il faudrait d’abord garantir à chacun un accès suffisant aux soins palliatifs et à l’accompagnement. «Avant de nous inviter à nous organiser pour interrompre la vie de ceux qui le demandent, nous serions plus fidèles à notre éthique humaniste et démocratique si nous cherchions d’abord à garantir à chacun qu’il pourra être accompagné et soulagé», estime-t-elle.



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