PJ Harvey, Fela Kuti et Frank Ocean : Dominique de Villepin dévoile sa playlist mélancolique


L’ancien premier ministre, en campagne pour 2027, partage chaque semaine depuis le début du mois d’août les chansons qui l’accompagnent au quotidien. Grand défenseur des mots, il se passionne pour les chanteurs aux textes historiques et sincères.

Nos politiques mènent une campagne connectée. De Gabriel Attal à Marine Le Pen, en passant par Jean-Luc MélenchonFrançois Hollande ou Bruno Retailleau, chacun des candidats à l’élection présidentielle de 2027 utilisent aujourd’hui les réseaux sociaux pour communiquer avec leur électorat. Dominique de Villepin, candidat à demi-mot, ne déroge pas à la règle. Depuis le début du mois d’août, l’ex-premier ministre de Jacques Chirac partage chaque semaine sa « playlist » à ses partisans dans des petites vidéos de deux minutes, où il révèle, devant sa bibliothèque et dans un costume noir, les artistes et les chansons dont il est fan.

Ses recommandations sont plutôt éclectiques. Et souvent teintées d’une certaine mélancolie. Le « morceau qui revient le plus souvent » dans sa playlist se nomme Zombie, attribué en 1976 à Fela Kuti, le fondateur de l’afrobeat. Saxophoniste talentueux, l’artiste nigérian mêlait comme un chef le jazz américain et le funk sur des rythmes traditionnels. Dominique de Villepin lui loue ses textes qui « osent l’impensable en comparant les soldats de la junte à “des morts-vivants, des automates qui marchent, tirent et tuent sans jamais penser” ». Cette chanson prend, en effet, la forme d’une satire politique cinglante. Elle critique véhément la soumission aveugle de l’armée nigériane à la dictature de l’État dans les années 1970.


Passer la publicité

« La réponse du pouvoir fut d’une brutalité inouïe, explique l’homme politique. Un millier de soldats ont attaqué sa maison, brûlé ses studios et battu ses proches. » Dominique de Villepin ne se contente pas de faire une simple analyse musicale des morceaux. Il y pose le contexte historique et géopolitique dans lequel ils furent composés. Et les renvoie à la société actuelle. « Écouter Zombie, c’est une fête et c’est un combat, c’est une danse et c’est un défi, souligne-t-il. C’est la preuve en douze minutes de cuivres flamboyants que la joie elle-même peut-être une forme de résistance. » 

Un texte « déchirant » signé Frank Ocean

Parmi la sélection du fondateur de La France humaniste (LFH) figure également la chanson The Words That Maketh Murder, extrait de l’album Let England Shake de PJ Harvey. Sorti en 2011, le disque de l’artiste anglaise évoque – comme la précédente œuvre de Fela Kuti – les malheurs de la guerre. Plus particulièrement celle de la Grande Guerre. « Ce qui rend cet album unique, c’est le contraste, note Dominique de Villepin. PJ Harvey chante des horreurs absolues sur des sonorités presque enfantines, avec un air cristallin, […] et c’est précisément ce décalage qui bouleverse. » Avant d’ajouter : « J’ai passé la moitié de ma vie à étudier la guerre, à la côtoyer par la diplomatie, à tenter de l’empêcher. […] le titre de la chanson le dit : ce sont les mots qui font le meurtre. »

Frank Ocean appartient à cette lignée rare d’artistes qui transforment la pudeur en intensité

Dominique de Villepin

L’ex-premier ministre conclut sa sélection avec Bad Religion, une des « chansons les plus déchirantes » de sa collection. Chanté par Frank Ocean, le morceau raconte la balade nocturne d’un jeune garçon dans un taxi, qui souhaite échanger avec un confident. Le texte est le portrait des sentiments de son interprète, qui au-dessus des longues et profondes notes d’orgue, conte sa solitude et son désespoir. « Frank Ocean appartient à cette lignée rare d’artistes qui transforment la pudeur en intensité, explique Dominique de Villepin. Ce qui me frappe surtout, c’est ce que cette chanson dit de notre époque. […] Je pense à tous les jeunes de notre pays qui vivent cette scène sans la chanter. Les études se suivent et disent la même chose : l’anxiété progresse, la solitude gagne et la santé mentale des nouvelles générations vacille. Nous vivons dans un monde ultra-connecté, mais où il n’a jamais été aussi difficile de trouver quelqu’un à qui parler vraiment. » 

Pour l’instant, l’homme politique, qui affirme être « en campagne » mais pas encore candidat pour l’élection présidentielle de 2027, n’a dévoilé que trois titres de sa playlist. D’ici la fin de l’été, il devrait partager de nouveaux extraits. Avec un ton un peu plus festif ?



Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


57 + = 66