À Paris, le travail du sexe vu par des artistes dans une ancienne maison close


10 rue des Écouffes, en plein cœur du Marais. Dans cet ancien quartier pauvre, où vivaient jusqu’au milieu du XXe siècle des familles immigrées dans des conditions insalubres, une « maison de rendez-vous », ou maison close, ouvrait ses portes aux hommes en mal de femmes. Transformée après sa fermeture en 1943 en hôtel, l’adresse est désormais occupée par un collectif d’artistes, Reflet Machine, qui l’anime depuis 2022 de performances et d’expositions.

La dernière en date s’est ouverte pour la Nuit blanche, et interroge pour la première fois l’histoire du lieu. Pour ce faire, l’équipe s’est plongée dans les archives de la Bibliothèque historique de Paris et dans celles de la police, pour retrouver faits divers et plaintes de mère de famille, lettres de clients et revendications de travailleuses du sexe, mécontentes de leur tenancière.

L’histoire du travail du sexe interrogée par des artistes

Surtout, Reflet Machine a invité plusieurs artistes à s’emparer et à répondre à cette histoire. Pour nourrir une réflexion sur les conditions et les luttes du travail du sexe, mais aussi sur la fétichisation et le racisme subi par les corps noirs, sur le rapport à l’argent et à la précarité. Sur trois étages, le parcours joue beaucoup avec l’architecture du lieu, investissant jusqu’à ses toilettes, jusqu’au petit salon recouvert de miroirs où les clients choisissaient leur prostituée, l’observant sous toutes les coutures.

Les photographies de Romy Alizée dans l’exposition « Maison de rendez-vous »

Les photographies de Romy Alizée dans l’exposition « Maison de rendez-vous », 2026

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On y retrouve les photographies de Romy Alizée, qui s’enfonce une petite tour Eiffel dans le sexe comme pour interpeller sur le tourisme sexuel, rappelant Paris à son image (certes passée) de ville sulfureuse. Travailleuse du sexe et artiste, Oihana Ospital orne de dizaines de petits autoportraits nus un lustre de cristal, dont les poses sont inspirées par celles qu’adoptaient les femmes dans le Guide rose, qui recensait les maisons closes et leurs employées.

Une diversité de regards

La même artiste orne les toilettes de poèmes rédigés à l’encre rouge ; ceux-ci ont été écrits, sur sa demande, par ses clients, et racontent le regard que les hommes posent sur les femmes. Dans un recoin, le réalisateur Nans Laborde-Jourdàa projette le court documentaire qu’il a réalisé autour d’un déserteur de l’armée mexicaine ; ayant quitté son régiment suite à une dépression, l’homme a trouvé son salut dans la prostitution et dans la confection patiente de puzzles, que l’on retrouve ici, illustrés de portraits de lui posant comme un empereur.

Les puzzles du réalisateur Nans Laborde-Jourdàa dans l’exposition « Maison de rendez-vous »

Les puzzles du réalisateur Nans Laborde-Jourdàa dans l’exposition « Maison de rendez-vous »

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Gaëlle Choisne signe quant à elle de petites natures mortes en volume, réunions de clés de chambres, d’un paquet de cigarettes ou encore de l’ancienne carte de visite de la tenancière de la maison close, convoquant dans ces micro-paysages un portrait du lieu par ces objets les plus menus. Sur les murs, Maty Biayenda a tendu des toiles de Jouy revisitées à sa façon, ornées d’artistes noires comme la drag-queen Angie Stardust. Non loin, Amélie Cabocel et Julien Munschy ouvrent une fenêtre sur les membres du Bal des Putxs le temps d’un court documentaire. L’ensemble est passionnant, et poursuit l’histoire du travail du sexe jusqu’aux luttes d’aujourd’hui ; courez-y (et c’est gratuit !).

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Maison de rendez-vous

Du 6 juin 2026 au 14 juillet 2026

www.refletmachine.com





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