À Bangkok, une scène artistique en plein boom


Dib… Le nom sonne comme une onomatopée dans un comics des années 1960. Il s’agit au contraire d’une chose très sérieuse : le premier grand musée d’art contemporain (privé) de Thaïlande. Un projet lancé par un businessman hors norme, Petch Osathanugrah, auteur d’un tube pop des années 1980 et à la tête d’une fortune venue du business des energy drinks.

Après son décès brutal en 2023, son fils Chang a décidé de mener l’aventure à terme. À peine trentenaire, lui aussi musicien (guitariste), plus jeune président d’université du pays, toujours engagé dans les affaires familiales (réorientées vers l’immobilier et les cliniques pour animaux), il a gardé sa confiance à Kulapat Yantrasast, architecte à la dégaine la plus excentrique de la profession (combinaison orange et semelles compensées) et talent le plus demandé du moment.

Un lieu « brut »

On doit à ce disciple de Tadao Andō, né à Bangkok il y a 58 ans, le Grand Rapids Art Museum, dans le Michigan, un modèle de musée écologique, et la nouvelle aile Rockefeller du Met. Il planche actuellement sur un sujet brûlant : le nouveau département des Arts de Byzance et des Chrétientés en Orient, au Louvre…

Dib, « Brut » en thaï : c’est ce nom, plutôt que leur patronyme, que les Osathanugrah ont voulu donner à ce lieu logé dans d’anciens entrepôts métallurgiques. La structure industrielle a été soumise à une restauration minimaliste, autour d’une piazza à fonction sociale (performances, concerts, food trucks) agrémentée de bassins qui distillent d’agréables reflets et bordée par un escalier et une tour sortis d’un manuel de la Renaissance sur la cité idéale (pour une installation lumineuse de James Turrell).

Toute une scène méconnue

À l’intérieur du musée, ce ne sont pas tant les Louise Bourgeois, Nobuyoshi Araki et Anselm Kiefer qui attirent, mais toute une scène thaïlandaise largement méconnue. Comme Montien Boonma, mort d’un cancer à 47 ans, en 2000, cinq ans après sa femme victime du même destin, plongé dans la contemplation de cloches et objets du quotidien rassemblés dans de puissantes accumulations.

Ou Somboon Hormtientong, autre adepte de la méditation, qui a dignifié les colonnes d’un temple détruit en les empaquetant comme des momies. Ou encore Surasi Kusolwong, plus amusant avec son Emotional Machine, une VW Coccinelle accrochée à l’envers qui sert de balançoire. Pourquoi diable un lieu aussi sympathique est-il restreint, à l’instar du journal Tintin, aux plus de 7 ans ?

La scène contemporaine offre d’autres lieux de retrouvailles, comme le Bangkok Art & Culture Centre, avec ses escaliers courbes à la Frank Lloyd Wright, où l’excentrique Chatchai Puipia vient d’exposer ses gigantesques portraits kitsch. Le Jim Thompson Art Center, à côté de la maison-musée en bois bâtie par le mystérieux industriel et aventurier américain, sanctuaire de l’art de la soie, accueille des plasticiens comme Som Supaparinya, qui décortiquait récemment la thématique délicate de la censure.

La Kunsthalle Bangkok, en plein coeur de Chinatown, se veut aussi résidence d’artistes.

La Kunsthalle Bangkok, en plein coeur de Chinatown, se veut aussi résidence d’artistes.

i

Si l’on brave la chaleur, l’humidité et le trafic homérique, les galeries privées méritent le détour, comme SAC, Ver, Nova ou Cartel, un espace autogéré que Rirkrit Tiravanija continue d’animer malgré sa notoriété internationale et ses innombrables déplacements. Mais s’il est un lieu à ne pas manquer, au crépuscule pour qu’il exhale au mieux son ambiance de fortin délabré, c’est la Bangkok Kunsthalle.

Dans une imprimerie carbonisée

Les murs empreints de suie laissent imaginer son passé : l’immense imprimerie de livres scolaires a brûlé au début des années 2000 pendant une semaine entière, puis a passé un quart de siècle à panser ses cicatrices. Il y a trois ans, elle a été reprise par l’influente Marisa Chearavanont : chez cette Coréenne d’origine, épouse de l’une des trois premières fortunes du pays, l’appétit pour l’art prend des formes bucoliques à la Khao Yai Art Forest, à trois heures de Bangkok, avec des installations de Richard Long ou Elmgreen & Dragset.

Il s’exprime ici dans le plus extrême des paysages urbains. Conservé dans son jus, confié à la direction de l’architecte italien Stefano Rabolli Pansera, un ancien de Hauser & Wirth, ce décor d’apocalypse est un lieu d’expérimentation idéal pour les créateurs locaux, comme Korakrit Arunanondchai. À l’été 2024, il l’a baigné d’une lumière rouge sang et empli de substances carbonisées avec The Death of Death. Une expérience immersive qui figure dans le hit-parade des expositions mythiques du Bangkok post-moderne.

Arrow

Préparer son voyage

Arrow

Comment s’y rendre ?

En avion par Air France et Thai Airways, qui opèrent des vols quotidiens depuis Paris Charles-de-Gaulle vers Bangkok (environ 11 heures, à partir de 950 euros A/R). Vols plus économiques (avec escale) à trouver sur Saudia, Emirates, Etihad, Qatar Airways, Cathay Pacific, etc.

Sala Rattanakosin

39 Maharat Road • Rattanakosin Island

Un hôtel boutique contemporain dans la vieille ville, en bordure de rivière, dont le rooftop offre des vues idéales sur les temples Wat Pho et Wat Arun. 100 euros la nuit. Plus d’informations sur le site de l’hôtel.

Rakxa

Île de Bang Krachao

À trente minutes de la capitale bruyante et polluée, ce havre de paix dans une nature luxuriante propose uniquement des villas de luxe où l’on vient se ressourcer pour au moins trois jours en bénéficiant de programmes de régénération qui utilisent les médecines ancestrales de Chine, de Thaïlande, du Japon et d’Inde, mélangées à des techniques contemporaines de pointe, comme l’oxygénothérapie. Une référence mondiale. Prix sur devis. Plus d’informations sur le site de l’hôtel.

Watthu Dib

Dib Bangkok • 111 Soi Sukhumvit 40 Phra Khanong • Khlong Toei

Le café-restaurant du Dib Bangkok, conçu comme une « plage » où reprendre haleine après la visite des collections. Plats internationaux (burgers) ou locaux comme le pad Kra Pao (poulet ou porc sauté au basilic) et le cobia crudo (poisson mariné au piment et au sel de charbon). Menu à partir de 20 euros. Plus d’informations sur le site.

Taling Pling

25 Sukhumvit Soi 34

Une adresse traditionnelle dans une salle lumineuse ouverte sur la verdure du jardin. Soupe tom yum (à la citronnelle et au piment), curry vert aux herbes aromatiques et belle carte de desserts. Menu à partir de 15 euros. Plus d’informations sur le site.





Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


8 + 2 =