« Réfléchir à la caverne, c’est se pencher sur notre humanité profonde, sur nos origines, sur l’art en général »


Quand le projet de La Caverne du Pont-Neuf a-t-il commencé ? Depuis combien de temps travaillez-vous dessus ?

Vladimir Yavachev : Il y a moins de deux ans. Pour célébrer le 40e anniversaire, l’année dernière, de l’emballement du Pont-Neuf, j’ai voulu demander à un artiste inspiré par Christo et Jeanne-Claude de faire une intervention qui soit comme un hommage à leur travail. J’ai pensé à JR.

Il a aimé l’idée. J’avais vu son projet pour l’Opéra en 2023, Retour à la caverne, l’enthousiasme du public, l’usage intelligent du smartphone, le côté high-tech / low-tech. Et puis JR est vraiment un artiste d’aujourd’hui, qui parle du temps présent. C’est important.

Un prototype dans un hangar d’Orly

Un prototype dans un hangar d’Orly

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© Photo Eléa-Jeanne Schmitter.

« Nous avons construit cette structure gigantesque juste avec de l’air et du tissu, ce qui est assez incroyable quand on y pense. »

JR

JR : Nous n’aurions pas été prêts en 2025 comme nous le sommes maintenant. Nous n’avions aucune idée de la complexité de ce qui nous attendait. Ce que nous avons fait n’a jamais été réalisé auparavant, ce sont des techniques que nous n’avons jamais utilisées – des techniques sur lesquelles Christo avait travaillé mais qu’il n’avait pas développées de cette façon. Nous avons construit cette structure gigantesque juste avec de l’air et du tissu, ce qui est assez incroyable quand on y pense.

Quelle a été votre première idée pour ce projet ? Et comment l’idée de la caverne s’est-elle imposée ?

JR : J’ai d’abord pensé à un échafaudage sur toute la longueur, ce qui aurait été visuellement fort mais techniquement et structurellement impossible à mettre en place. Le pont ne l’aurait pas supporté. Et puis Vladimir a évoqué les dessins de structures gonflables que Christo a toujours faits et dont quelques-uns ont été réalisés – en 1968 à Kassel pour la Documenta et en 2013 dans le gazomètre d’Oberhausen. Cela a tout changé. Construite avec de l’air, cette structure pouvait être l’endroit de la caverne. Elle était enfin là.

JR, La Caverne du Pont Neuf

JR, La Caverne du Pont Neuf, 23 mai 2026

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© Romuald Meigneux / SIPA

Après les projets du Louvre, de l’Opéra, du palais Farnèse (à Rome) et de la façade du Palazzo Strozzi (à Florence) qui en donnaient un aperçu, le projet du Pont-Neuf devenait possible. Mais nous ne pensions pas cela faisable à cause du trafic quotidien sur le pont et des locaux tout proches de la BRI [Brigade de recherche et d’intervention]. Il nous fallait leur permission aussi, ajoutée à celles du président de la République, de la préfecture, de la maire de Paris…

Puis je me suis souvenu de la première réunion que nous avons eue avec 70 personnes à l’Hôtel de Ville, comme Christo et Jeanne-Claude avant nous. C’était incroyable, il n’y avait aucune tension. Parce que tout le monde était là au moment où le Pont-Neuf a été empaqueté, s’en souvenait et savait l’impact que cela pouvait avoir. Et personne ne voulait être celui qui allait bloquer un tel projet. Au contraire, ils nous ont aidés et conseillés.

Christo and Jeanne-Claude, Le Pont Neuf empaqueté

Christo and Jeanne-Claude, Le Pont Neuf empaqueté, 1975–85

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© Wolfgang Volz / © 1985 Christo and Jeanne-Claude Foundation

V. Y. : Aujourd’hui, et comme l’a dit Emmanuel Macron en inaugurant L’Arc de triomphe empaqueté en 2021, « la responsabilité la plus grande est celle de dire non, pas de dire oui ». Cela montre comment notre perception de l’art dans l’espace public a changé. Et Paris est au premier plan, la seule ville où des projets de cette ampleur, sans équivalent dans le monde, peuvent arriver.

JR, votre intérêt pour la caverne va-t-il continuer ?

JR : Oui, il y a quelque chose de fascinant à propos de la caverne. Pour un projet au Brésil, nous avons travaillé sur les grottes de Lascaux et Chauvet. Quand vous revenez sur les raisons pour lesquelles les gens peignaient sur les parois à cette époque, personne n’a de réponse arrêtée. Chacun a sa théorie. Cela me fascine aussi personnellement parce que c’est l’origine du graffiti, qui est une façon de dire « Je suis ici, j’existe » aujourd’hui.

Structure gonflable

© Photo Aristide Barraud.

Réfléchir à la caverne, c’est se pencher sur notre humanité profonde, sur nos origines, sur l’art en général. Pour la première fois, avec La Caverne du Pont-Neuf, j’ai pu créer un projet immersif, qui pourrait ouvrir une nouvelle étape de création d’installations. Dans ce moment technologique extrême et d’intelligence artificielle, je sens encore profondément la valeur fondamentale à rassembler les gens, bien plus grande que toute autre technologie. Je veux me concentrer là-dessus.

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La Caverne du Pont-Neuf

Du 6 juin 2026 au 28 juin 2026

www.jr-art.net





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