« La première fois qu’une architecture m’a ému, c’était celle d’une église »


Vous avez conçu des bâtiments très divers un peu partout sur la planète. Quel est leur point commun ?

Ce qui est essentiel pour moi, c’est le dialogue avec le lieu. Il existe deux types d’architectes : ceux qui cherchent à exprimer leur ego à travers leurs projets, et ceux qui dialoguent avec les lieux. C’est cette approche qui est la mienne.

Quelles sont vos sources principales d’inspiration ?

Je m’inspire de nombreux éléments, mais particulièrement de la topographie. La lumière, le vent, l’écoulement de l’eau : tout cela est intimement lié à la topographie. J’accorde également beaucoup d’importance aux matériaux utilisés dans la ville ou la région au sein de laquelle s’inscrit le bâtiment.

Certaines de vos œuvres, comme ici à Angers, sont accolées à des édifices anciens. Quelle est la difficulté de ce genre de projet ?

Musée et jardin Albert-Kahn, France

Musée et jardin Albert-Kahn, France

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© KKAA/photo Michel Denance.

J’ai réalisé de nombreux projets de ce type et je trouve cela bien plus intéressant que de construire un nouveau bâtiment. À travers ce travail, il devient possible de converser avec des gens qui ne sont plus là, ce que j’aime beaucoup. Les difficultés techniques sont nombreuses : il faut traiter les parties endommagées, renforcer les zones fragiles sur le plan structurel et adapter le bâtiment aux contraintes contemporaines. Ces interventions comportent également le risque d’altérer ou de détruire la beauté des parties anciennes, ou même de compromettre les bâtiments patrimoniaux. C’est pourquoi il faut concevoir le projet avec beaucoup plus de prudence qu’un bâtiment neuf, ce qui nécessite bien plus d’efforts.

Vous dites que vos projets sont inspirés du wabi-sabi : pouvez-vous expliquer cette notion japonaise de la beauté ?

Le wabi-sabi est une sorte de conversation avec le temps. Les matériaux évoluent avec les années et nous trouvons de la beauté à ces transformations. Cette sensibilité n’est pas propre aux Japonais. Les Français ont ce même attachement à ce qui est ancien et ils peuvent trouver belle une pierre vieillie par plusieurs centaines d’années.

Est-ce que le fait de travailler pour une cathédrale, un bâtiment à la signification spirituelle très forte, a influencé votre approche ?

Bien sûr ! La première fois que j’ai été profondément ému par une architecture, c’était celle d’une église. Quand j’étais petit, j’étais scolarisé dans une école maternelle chrétienne, à Tokyo. Vers l’âge de quatre ans, je suis entré dans la chapelle de l’école et j’ai découvert un espace totalement différent de ma maison et du monde que je connaissais. Les espaces japonais sont généralement horizontaux alors qu’une église, c’est vertical. À travers les vitraux, des lumières de couleurs différentes descendent du ciel. Cette lumière particulière, associée à la verticalité du lieu, crée une sensation unique. C’est à ce moment-là que j’ai ressenti la puissance de l’architecture : cela a été ma première véritable expérience architecturale. Et je peux dire que cette expérience reste l’une des sources d’inspiration les plus importantes lorsque je conçois un bâtiment.

« J’ai choisi un béton préfabriqué, dans lequel on peut voir les petits cailloux et le sable, afin que ce matériau évoque la nature de la Loire. »

Vous êtes également très sensible aux jeux de la lumière et de l’ombre ?

J’ai eu de nombreuses expériences avec la lumière et l’ombre jusqu’à présent, mais je pense que c’est ce projet d’Angers qui les a réunies pleinement, puisque l’ombre se projette sur les drapés des arches, selon la forme de l’arc lui-même. C’est là, je pense, que toutes mes expériences passées ont pris tout leur sens.

Vous soulignez également les liens entre musique et architecture…

Depuis mon enfance, je joue du piano et ma sœur est compositrice. Ayant grandi dans un tel environnement, le rythme et les sonorités de la musique sont, pour moi, une base essentielle pour l’architecture. Quelqu’un a dit que « l’architecture est de la musique figée », et j’ai toujours senti une ressemblance entre architecture et musique. Parmi toutes les musiques, j’aime particulièrement celle de Debussy qui semble chercher à transposer la nature en musique.

Une des spécificités de votre travail est d’utiliser des matériaux naturels et notamment le bois. Pourtant, ici, vous avez choisi le béton…

Il s’agissait de restaurer un bâtiment en pierre, et j’ai pensé que, pour être en harmonie, il était approprié d’utiliser des matériaux minéraux. La pierre de tuffeau étant trop fragile pour traverser le temps, nous lui avons préféré le béton. Mais j’ai choisi un béton préfabriqué, dans lequel on peut voir les petits cailloux et le sable, afin que ce matériau évoque la nature de la Loire.

Centre d’Art moderne, Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne, Portugal

Centre d’Art moderne, Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne, Portugal

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© KKAA/Photo Fernando Guerra.

Cette galerie est un peu un engawa, un concept clé présent dans plusieurs de vos projets. Que signifie cette notion ?

L’engawa est un espace qui fait la transition entre l’intérieur et l’extérieur. Au Japon, c’est un lieu très important et on lui a donné un nom. Mais ce type d’espace existe ailleurs dans le monde. On le retrouve dans des bâtiments religieux, des habitations, les galeries urbaines et même dans les palais européens, sous la forme de galeries qui jouent un rôle similaire.

Votre forme architecturale rêvée est celle de l’arc-en-ciel. Avez-vous la sensation d’avoir, en partie, réalisé ce rêve avec cette galerie dont les porches ressemblent justement à trois arcs-en-ciel ?

J’ai toujours aimé le phénomène de l’arc-en-ciel. Nous pensons souvent que l’arc est une forme artificielle, inventée par l’homme : l’arc-en-ciel nous rappelle qu’elle existe dans les phénomènes naturels et qu’elle a été créée d’abord par la nature. Lorsque nous avons conçu les porches de la galerie, c’était en référence aux arcs utilisés dans la cathédrale et nous n’avions pas en tête l’idée de l’arc-en-ciel. Ce n’est qu’après leur réalisation, en voyant les arcs se superposer, que j’ai ressenti cette ressemblance.





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