Imaginez plutôt : un balcon en fer forgé surplombant la Seine, quelques tables ombragées et le bruissement des feuilles d’arbres caressées par une douce brise estivale… Voilà le décor parfait pour un repas en plein air, comme tout droit sorti d’un tableau ! En 1880, ce cadre enchanteur a inspiré à Auguste Renoir l’une des toiles manifestes de l’impressionnisme : Le Déjeuner des canotiers, peint sur la terrasse de la maison Fournaise.
Fondée en 1857, juste après l’inauguration de la première ligne de train Paris-Chatou, par un certain Alphonse Fournaise, alors charpentier de marine et loueur de canots, cette guinguette s’est imposée au fil des ans comme le repère de la bohème artistique du XIXe siècle, et surtout des impressionnistes. Claude Monet, Berthe Morisot ou encore Gustave Caillebotte (lui-même canotier chevronné) se sont attablés face à ces nappes blanches.
Un lieu paisible qui inspira Renoir
Restaurée avec soin, l’ancienne guinguette ressuscite l’esprit d’insouciance si caractéristique de l’œuvre du maître impressionniste.
Grand habitué des lieux, Renoir trouve dans cette atmosphère paisible et joyeuse une source d’inspiration inépuisable. Il y peint près d’une trentaine de toiles, dont ce célèbre Déjeuner. La scène estivale se déroule à l’ombre d’un auvent aux rayures orangées, sur le balcon du restaurant. Une dizaine de personnages – principalement des amis du peintre – profitent avec délice d’une fin de déjeuner qui s’étire. Les uns papotent, les autres badinent… Tout inspire la détente et l’harmonie. Un sentiment renforcé par la palette lumineuse et la touche délicate de l’artiste, qui s’impose avec cette toile monumentale comme le peintre de la joie de vivre.

Vue de la terrasse de la maison Fournaise, île des impressionnistes, Chatou
Depuis, rien ou presque n’a changé. Le classement aux monuments historiques de la maison Fournaise a permis de réveiller cette belle endormie, qui avait fermé ses portes au début du XXe siècle. Restaurée avec soin après sa reprise par le groupe Ludéric en 2022, l’ancienne guinguette ressuscite l’esprit d’insouciance si caractéristique de l’œuvre du maître impressionniste, célébré ce printemps dans deux expositions au musée d’Orsay : « Renoir dessinateur » et « Renoir et l’amour. La modernité heureuse ». Fait rare, le fameux Déjeuner des canotiers, conservé à la Phillips Collection à Washington, a pour l’occasion fait le déplacement dans la capitale, où il n’avait pas été montré depuis 20 ans
Un menu aux saveurs impressionnistes
Cet événement exceptionnel a inspiré au chef triplement étoilé Christian Le Squer – qui a succédé à madame Fournaise derrière les fourneaux de la vénérable institution – un menu spécial « Déjeuner des canotiers », offrant un aller simple au temps des impressionnistes : friture d’éperlans, poularde (incroyablement fondante) et ses petits légumes, poire au vin et glace vanille… En guise de promenade digestive, les canotiers du XXIe siècle pourront visiter le petit musée attenant, et pourquoi pas poursuivre la balade sur la paisible île des impressionnistes.
Île des Impressionnistes, 78400 Chatou
Plus d’informations sur le site de la maison Fournaise
Poster un Commentaire