les estampes d’Hokusai réinventées par la photo


Coiffé de neiges éternelles, son sommet tutoie les nuages. Sa silhouette bleutée chapeaute majestueusement l’horizon. Montagne sacrée du Japon, le mont Fuji paraît immuable, toujours tel qu’il fut immortalisé par Katsushika Hokusai en 1831–1833 dans sa mythique série d’estampes. Mais qu’en est-il des mutations de l’archipel, et de notre regard ? À quoi ressembleraient les fameuses « Trente-six vues » si elles étaient réalisées aujourd’hui ? Le photographe français Julien Rocheblave a répondu à cette question en retrouvant les points de vue exacts d’Hokusai pour en tirer une série de photographies : « 36 Clics du mont Fuji » !

Si certains lieux existent encore, d’autres ont évolué, ou avaient été embellis par l’artiste japonais qui a eu recours à quelques fantaisies. Dans ces cas, le photographe s’est volontairement éloigné de l’estampe pour la réinventer, en créer sa version contemporaine. Ainsi, pour évoquer celle qui représente un artisan en train de fabriquer un tonneau géant, dont la structure encercle le mont Fuji, le photographe fait un clin d’œil à cette forme en capturant la montagne à l’arrière-plan d’une grande roue (et d’un looping de montagnes russes) depuis le parc d’attractions Fuji-Q Highland.

Un témoignage de l’évolution du Japon

Plusieurs images de la série mettent en scène un Japon apaisé, plus lisse, éloigné des rudesses du XIXe siècle : la Grande Vague de Kanagawa, qui menaçait d’engloutir des pêcheurs dans leurs frêles barques, devient ici une simple explosion de gouttelettes d’écume, saisies en gros plan comme des billes blanches en suspension dans un ciel bleu radieux, le mont enneigé à l’arrière-plan – une image festive et ensoleillée.

Le Fuji rouge [ill. plus bas], lui, apparaît encore plus pur que celui du maître nippon, sans une once de brume ni aucun nuage – un moment rare, suspendu, et une véritable prouesse technique obtenue au terme d’un long travail, qui a été récemment projetée sur la façade de la Maison européenne de la photographie à Paris.

Les photographies mettent en lumière la fascinante coexistence, au Japon, du traditionnel et de l’ultra-contemporain.

Certaines images révèlent, quant à elles, l’industrialisation et l’urbanisation intenses de l’archipel, loin des fantasmes de carte postale. Le mont apparaît ainsi à l’arrière-plan de routes, d’usines, de poteaux électriques et de terrains de sport bétonnés, emprisonné sous un pont métallique sur lequel file le Shinkansen (fameux train à grande vitesse nippon), ou encadré par un échafaudage couvert de bâches plastiques – une réactualisation des estampes d’Hokusai, qui plaçait souvent au premier plan de ses compositions des ponts, des chantiers de construction ou d’autres activités quotidiennes de son époque.

« 36 clics du Mont Fuji » un livre de Julien Rocheblave

« 36 clics du Mont Fuji » un livre de Julien Rocheblave




i

En contrepoint, d’autres clichés reviennent au contraire au calme d’un Japon intemporel en saisissant un pêcheur à la ligne, un sanctuaire avec pins et torii, un champ de fleurs ou des oiseaux en vol. Une façon de mettre en lumière la fascinante coexistence, au Japon, du traditionnel et de l’ultra-contemporain.

De l’estampe à la photo

S’il joue comme Hokusai avec les premiers plans, qui placent souvent le mont au fond de l’image, réduit à un petit cône lointain, Julien Rocheblave innove aussi : pour rendre hommage de façon originale aux lignes diagonales qui scandent les compositions asymétriques de l’artiste nippon, il penche de temps à autre son appareil pour faire basculer la ligne d’horizon – une idée astucieuse qui fait tanguer le modèle !





Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


+ 80 = 88