« Les tableaux de Séraphine de Senlis semblent vivants, comme s’ils frétillaient »


« Je suis fascinée par le cinéma depuis l’enfance. J’ai grandi avec Les Parapluies de Cherbourg, que je regardais en boucle. À l’adolescence, j’adorais les univers de Sofia Coppola et de Pedro Almodóvar. Plus tard, lorsque mes amis allaient à la fac, je passais mes journées dans les salles obscures. Les films de la Nouvelle Vague, mais aussi le cinéma contemporain de Cédric Klapisch ou d’Arnaud Desplechin, m’ont beaucoup inspirée lorsque j’ai lancé ma marque Rouje, en 2016.

La photographie occupe également une place très importante dans ma vie. Ma meilleure amie, Marieke Gruyaert, est la fille d’Harry Gruyaert, avec qui nous allions chaque année aux Rencontres d’Arles. C’est un véritable maître de la couleur. Il peut rester des heures au même endroit pour obtenir le cliché parfait, toujours entre ombre et lumière. Je l’ai aussi vu, durant toute mon enfance, photographier sa famille. C’est ce que j’aime dans la photographie, et dans l’art en général : tout ce qui touche à l’intime, les artistes qui se racontent, qui se livrent à travers leur travail, qui confient leurs sentiments, leur mal-être, comme peut le faire par exemple Nan Goldin, dont les images très brutes et engagées me touchent profondément.

Une passion pour les artistes de l’intime

Je retrouve ce rapport à l’intimité chez toute une génération de peintres de la scène artistique émergente française, comme Nathanaëlle Herbelin, Inès Longevial ou encore Jean Claracq. J’aime cette peinture figurative, souvent de petit format, qui représente des scènes de la vie quotidienne.

Nathanaëlle Herbelin, Emmanuelle et Efi

Nathanaëlle Herbelin, Emmanuelle et Efi, 2024




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Huile sur toile • 90 × 90 cm • © ADAGP, Paris 2024 / Courtesy Nathanaëlle Herbelin et la Galerie Jousse Entreprise / Photo Objets pointus

Mon conjoint, qui est marchand d’art, est plutôt spécialiste du surréalisme. Il est obsédé par Picabia ! (rires) Pour ma part, je trouve les artistes femmes de cette période particulièrement intéressantes, comme Leonor Fini, dont nous avons la chance d’avoir une œuvre à la maison : un petit portrait très délicat, presque hypnotique.

Collectionner les artistes femmes oubliées

Récemment, j’ai vu passer chez Drouot une peinture de Séraphine de Senlis. Je rêverais de pouvoir collectionner ses œuvres un jour. Je suis très touchée par ce destin d’autodidacte qui faisait ses propres mélanges de couleurs. Ses tableaux semblent vivants, comme s’ils frétillaient !

Séraphine de Senlis (dite), Corbeille de fleurs

Séraphine de Senlis (dite), Corbeille de fleurs, Non daté




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Huile sur toile • 47 × 61 cm • Coll. Musée international d’art naïf Anatole Jakowsky, Nice

J’ai aussi eu dernièrement un coup de cœur pour Marie Bracquemond, sur le stand de la galerie Pavec lors de la dernière édition d’Art Basel Paris, mais tout était déjà vendu. Les galeristes m’ont expliqué que l’époux de cette artiste impressionniste de grand talent l’avait empêchée de poursuivre sa carrière après leur mariage… Finalement, je me dis que j’adorerais commencer une collection composée uniquement d’œuvres réalisées par des artistes femmes trop longtemps oubliées, mais dont le génie égale largement celui des hommes. »





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