victime collatérale de la stratégie de Microsoft


Depuis plusieurs jours, la sphère gaming est secouée par une nouvelle secousse venue de Redmond. Xbox continue de perdre des plumes dans un silence glaçant, entre fermetures de studios, projets annulés et vagues de licenciements qui ne semblent épargner personne. Des figures de l’industrie mises sur la touche, des productions sacrifiées alors qu’elles entraient en phase de production ou même déjà bien entamées… Tout cela donne un parfum de fin de règne.

Mais cette purge ne touche pas que Xbox. Elle s’inscrit dans un plan d’ensemble bien plus large, que Windows Central éclaire dans un article sans appel : les coupes massives opérées par Microsoft cette année (plus de 15 000 postes supprimés, dont environ 1 900 chez Xbox) sont en partie liées à une redéfinition des priorités, notamment autour de l’IA et de son infrastructure.

Selon les informations du média, Microsoft prévoit un investissement massif, estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars, pour renforcer ses capacités IA, notamment via l’agrandissement de ses data centers et la montée en puissance de ses outils internes. Et pour dégager de telles marges, plusieurs divisions sont mises à contribution ou restructurées. Cela inclut les équipes marketing, les branches commerciales… et bien sûr, la division jeu vidéo.

Microsoft viserait à atteindre un objectif stratégique : disposer de l’une des plus vastes et puissantes infrastructures IA au monde, dans le but d’asseoir sa domination sur le marché du cloud et de l’intelligence artificielle. Ce recentrage, bien que cohérent dans une logique financière et concurrentielle, laisse derrière lui des dégâts humains et industriels considérables.

Ce repositionnement stratégique n’est pas totalement surprenant quand on connaît l’historique délicat de Xbox au sein de Microsoft. À plusieurs reprises, la firme a sérieusement envisagé de se séparer de sa branche gaming. En 2014 déjà, au moment de la prise de fonction de Satya Nadella, l’option avait été discutée en interne, poussée par des actionnaires comme ValueAct qui estimaient qu’Xbox n’était pas une activité stratégique face à Office, Azure ou Windows. Des cadres comme Stephen Elop, fraîchement arrivé de Nokia, étaient favorables à une cession.

C’est Phil Spencer qui avait su préserver la place de Xbox, en la réintégrant dans une vision plus large et tournée vers le cloud, en insistant sur la convergence Windows, Azure, et le jeu à la demande. Une stratégie qui a tenu bon quelques années, notamment grâce à la promesse du Game Pass et au rachat de nombreux studios. Mais chaque période de turbulence a vu ressurgir le spectre d’un désengagement. Et les événements récents ne font que renforcer cette idée : Xbox n’a jamais été au cœur des priorités de Microsoft, et cela se ressent à nouveau aujourd’hui.

Et dans ce contexte, on peut quand même regretter amèrement la tournure que prennent les choses. Voir des franchises historiques comme Forza Motorsport abandonnées, ou des projets prometteurs être sabrés malgré des années d’investissement, a quelque chose de révoltant. La division gaming de Microsoft n’est pourtant pas déficitaire. Selon les rapports annuels, le segment « More Personal Computing », auquel Xbox est rattaché, génère chaque année plus de 15 milliards de dollars. Elle ne rivalise peut être pas avec la rentabilité de PlayStation ou Nintendo, mais elle reste profitable. Et surtout, c’est Microsoft lui même qui a choisi d’avaler Bethesda (7,5 milliards), puis Activision Blizzard (près de 70 milliards), à coups de dizaines de milliards.

Ils ont bâti eux mêmes un écosystème ambitieux… et découvrent aujourd’hui qu’il est difficile à entretenir. On touche là à une forme d’incohérence ou d’instabilité stratégique : investir pour dominer, puis couper dès que la croissance ralentit.

Matt Booty, patron des Xbox Game Studios, a d’ailleurs reconnu en 2023 que la gestion post rachats avait été mal anticipée, trop désorganisée, et que Xbox avait du mal à gérer efficacement son immense portefeuille de studios. Un aveu qui éclaire, a posteriori, les retards à répétition, les échecs critiques et les restructurations en chaîne. La machine s’est emballée sans plan clair pour accompagner cette expansion.

Ce constat prend racine bien avant les récentes turbulences. Il faut remonter à l’ère Xbox One, une génération qui a laissé des traces profondes. Entre le lancement raté, les choix stratégiques hasardeux, et une communication désastreuse centrée à l’origine sur la télévision et Kinect, la génération One a porté un coup dur à l’image de marque de Xbox. Malgré les efforts de redressement portés par Phil Spencer, qui a introduit la rétrocompatibilité, lancé la Xbox One X et consolidé les premiers rachats de studios, la marque n’a jamais réussi à retrouver l’aura forte qu’elle avait durant les belles années de la Xbox 360.

Ce déficit d’image, combiné à une direction stratégique qui change régulièrement de cap (cloud gaming, Game Pass, Play Anywhere, etc…), a rendu difficile tout retour à un leadership clair et durable. La génération One a non seulement fait du mal sur le moment, mais elle a aussi laissé une dette symbolique et commerciale qui pèse encore aujourd’hui.

Dans ce contexte, le recentrage de Microsoft autour de l’IA, s’il peut sembler logique à l’échelle du groupe, laisse un goût amer sur le plan éditorial. Car au fond, la division gaming de Microsoft n’est pas déficitaire mais elle est simplement perçue comme moins prioritaire, moins stratégique.

Ce repositionnement de Microsoft vers l’IA n’a rien d’illogique sur le plan financier, mais comme souvent, un tel changement s’accompagne de remous, et c’est une page importante de l’histoire Xbox qui est en train de se tourner.



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