Après plusieurs mois de travaux, le Consulat Voltaire, sympathique tiers-lieu du 11e arrondissement, a fait peau neuve et rouvert ses portes à la rentrée dernière. L’ancienne sous-station électrique apparaît dans ce renouveau un peu moins tournée vers la création émergente, mais toujours plus engagée, politique, écolo et queer. Porté par l’association G.A.N.G (Groupe d’action néo green), l’endroit héberge une scène de spectacles et de concerts, un bar, des bureaux et des ateliers, un agenda de rencontres et de conférences, ainsi qu’une mezzanine réservée aux expositions.
Celle du moment vaut le détour : elle met en avant une figure hybride de la scène actuelle, le Français Stephan Zimmerli (né en 1976), diplômé des Arts décoratifs de Paris et de l’école d’architecture de Paris-Belleville. Tout à la fois guitariste et contrebassiste du groupe Moriarty, dessinateur compulsif, architecte, ex-collaborateur de Peter Zumthor, scénographe et plasticien, ce travailleur acharné montre ici un magnifique projet de dessins autour de l’expérience de l’exil et de la mémoire.
Un studiolo de bois et de dessins

Dessin de mémoire composite, réalisé par Stephan Zimmerli au fil de 16 heures d’entretiens avec des personnes exilées, à l’exposition « Studiolo de l’Exil » au Consulat Voltaire, Paris, 2024
Fusain sur bois • 250 × 1000 cm • © Priscilla Telmon
Projet qu’il ouvre avec une installation flottante de dizaines de carnets qu’il remplit chaque jour depuis des années, et que chacun est invité à consulter, pour entrevoir ses recherches, ses croquis, ses rencontres, ses notes. Puis, on découvre en quelques photographies que l’artiste, durant une résidence à Florence, a développé un projet de studiolo (une petite pièce tout en bois héritée de la Renaissance, uniquement dédiée aux choses de l’esprit, aux lectures et réflexions), dont il a couvert les murs de dessins.
Ceux-ci ont été réalisés selon un protocole très particulier, qu’il a reproduit à Paris, pour le Consulat Voltaire, et dont on peut voir le résultat en frise sur le mur voisin. Pour chacun, il a demandé à une personne ayant connu l’exil de lui décrire un endroit auquel elle tient dans son pays natal. Cela peut être l’arrière-cour de la maison familiale, une rue, un paysage. Venus d’Ukraine, du Liban ou de Colombie, les participants se sont pris au jeu, nous confie l’artiste, racontant jusqu’au moindre détail et entrant dans une sorte de « transe » mémorielle au fur et à mesure de l’avancement du dessin.
Se souvenir d’un lieu (et de soi)
Petit à petit, nous dit-il encore, ceux-ci ont été amenés à se raconter, à livrer des pans extrêmement intimes de leur vie. Comme ce Congolais qui, enfant, se fabriquait de poupées à partir de racines de manioc, pour pouvoir vivre en secret son identité de petite fille. Ou ce Syrien qui regardait le ciel étoilé depuis le toit de la maison de son oncle, la tête posée sur les genoux de sa mère. Ce sont des souvenirs joyeux ou tristes, marqués par la violence ou par la tendresse, qui teintent ces paysages d’une intensité particulière. D’ailleurs, souvent ces exilés ont choisi d’écrire directement sur le dessin, inscrivant ici un poème, là le nom d’une ville en calligraphie arabe.

Stephan Zimmerli durant une session de dessin mnésique avec Lina & Rodrigo : réminiscence de Guasimal, la maison des grands-parents Eugenio et Maruja, dans les Andes Colombiennes, 2024
Un film retraçant les journées de travail de Stephan Zimmerli avec les participants est aussi montré, en plus des quelques petites maquettes évoquant ses aventures d’architecte. L’exposition, gratuite, est bouleversante, d’autant plus si l’artiste se trouve dans les parages… À voir, donc, entre un verre et un concert (Mattia Vlad Morleo le 20), une tisane et un atelier de danse (le 23 à 17h).
Stephan Zimmerli – Studiolo de l’exil
Du 19 février 2025 au 1 mars 2025
Le Consulat Voltaire • 14 Avenue Parmentier • 75011 Paris
www.leconsulat.org
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