Pietro Paolini, le plus bizarre des caravagesques


Un reflet dans la pupille d’un comédien, un éclairage ténébreux qui dissimule les yeux d’un violoniste pour mieux les révéler, l’œil d’un fou caché dans l’ombre d’un tableau, des musiciens qui semblent ne pas se voir, chacun perdu dans ses pensées, un modèle qui scrute le spectateur avec une insistance presque gênante… Chez Pietro Paolini (1603–1681), tout passe par le regard. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ses figures énigmatiques, du ténébrisme de ses compositions, de la noirceur abyssale de décors d’où surgissent des scènes de genre à la perspective improbable et au réalisme trouble.

« Paolini est un peintre ‘bizarre’ par le choix de ses sujets et par leur traduction en peinture. Sa culture littéraire, son originalité et son goût pour l’étrange lui font créer des images nouvelles, rares et surprenantes, souvent inquiétantes », analyse Nikita de Vernejoul dans la biographie magistrale et catalogue raisonné que publient les éditions Arthena. Une somme d’érudition, véritable révélation qui met en lumière ce caravagesque méconnu dont nous n’avions jusqu’ici qu’une vision fragmentée.

Un peintre caravagesque longtemps oublié

Peintre autodidacte formé à Rome qui fit une belle carrière dans sa ville natale de Lucques, toute petite République de Toscane, où il fonda une Académie de peinture, Paolini fut mentionné ici et là pour sa bizarrerie dans les textes du XVIIe siècle mais globalement ignoré par les biographes de l’école romaine qui peinaient à situer son style singulier, mêlant au caravagisme d’autres influences, vénitiennes et émiliennes. À l’image de la Diseuse de bonne aventure longtemps donnée à Caravage ou d’un Jeune homme tenant un papillon, associé à Valentin de Boulogne, nombre de ses tableaux de jeunesse créés à Rome furent attribués à d’autres, tandis que sa vie demeure bien mystérieuse.

Pietro Paolini, Les Âges de la vie

Pietro Paolini, Les Âges de la vie, vers 1630

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Huile sur toile • 120 × 161 cm • Collection particulière • photo © Contemplazioni

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