C’est l’histoire d’un fantôme. D’un corps absent qu’il a fallu retrouver pour en faire un monument. Quand Auguste Rodin (1840–1917) se voit commander par la Société des gens de Lettres en 1891 une statue destinée à l’espace public en hommage à Balzac, le grand écrivain est déjà mort depuis quarante ans.
La proposition est brute, le « grand homme » est « gros ». À quoi ressemble son enveloppe ? À une robe de chambre. « J’ai fait Balzac comme je l’ai compris, comme je l’ai senti », se défendra Rodin qui s’est inspiré de la robe de bure des chartreux dont s’habillait Balzac, « bourreau de travail » de son propre aveu. Labeur mal récompensé… De polémiques en critiques, son monument, « choquant, difforme », est refusé par les commanditaires, horrifiés.
La robe de chambre fait l’écrivain
Présentée par ses commissaires Marine Kisiel (du Palais Galliera) et Isabelle Collet comme une « enquête » en même temps qu’une « réflexion très actuelle sur les enjeux du corps dans l’espace public – à savoir, ce qui est montrable ou pas », l’exposition « Corps In·visibles » du musée Rodin, à Paris, brosse de manière passionnante l’histoire du fameux Monument à Balzac.
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