C’est la plus grande ville d’Amérique latine, et la quatrième plus importante mégalopole du monde. Avec ses 21,7 millions d’habitants, São Paulo peut, au premier abord, impressionner. Par quel bout la prendre ? Heureusement, notre goût pour l’art et l’architecture nous guidera avec sûreté. Il nous mènera sur les plus belles avenues de la ville, mais aussi dans ses plus beaux parcs, comme celui d’Ibirapuera, où fleurissent moult musées et salles de spectacles.
Côté architecture, il ne faudra pas manquer d’aller voir l’Edifício Copan, gigantesque gratte-ciel résidentiel conçu pour 5 000 habitants par la star de l’architecture brésilienne qu’est Oscar Niemeyer. Très délabré aujourd’hui, il demeure prisé des Paulistas branchés avec ses restaurants soignés et sa grande librairie. L’autre star de l’architecture brésilienne est une femme, Lina Bo Bardi, et sa Maison de verre (Casa de Vidro) est un immanquable pour les amateurs d’architecture moderne… On passera aussi une journée entière dans son Sesc Pompeia, incroyable tiers-lieux avec expos, théâtres, bibliothèque, restaurant et piscine, pionnier car inauguré en 1982.
Au MASP, des collections ahurissantes et la philosophie horizontale de Lina Bo Bardi

L’espace dédié à la collection permanente du MASP à São Paulo, reflet de la philosophie humaniste de Lina Bo Bardi, 2025
Cap sur l’artère principale de la ville, l’avenue Paulista, bordée de commerces, de banques, de tours de bureaux… Et du MASP, gigantesque musée d’art conçu par l’architecte Lina Bo Bardi. Ce stupéfiant monolithe de béton brut et de verre, suspendu à deux arches peintes en rouge vif, est l’emblème de la ville. En 2025, une nouvelle tour a été inaugurée juste à côté pour augmenter la surface dédiée aux expositions temporaires.
Le clou du spectacle, c’est bien sûr l’immense salle dédiée aux collections permanentes dans le bâtiment historique : sans aucune cloison, les œuvres sont accrochées, une par une, sur une paroi de verre plantée sur un socle de béton. Pour lire chaque cartel, il faut faire le tour de l’œuvre, ce qui permet de la regarder sans préjugé. Surtout, les grands maîtres de l’art occidental (Frans Hals, Pablo Picasso, Claude Monet, Nicolas Poussin, Vincent van Gogh) côtoient peintres, sculpteurs et plasticiens contemporains brésiliens (Dalton Paula, Lygia Pape), modernistes (Anita Malfatti) mais aussi indigènes, naïfs ou autodidactes (José Antônio da Silva, Maria Auxiliadora).
Ce dispositif en dit long sur la philosophie humaniste de Lina Bo Bardi, qui voulait abattre les frontières entre les arts et les artistes, et accorder la même importance à tous. Indispensable, vraiment ! La boutique du musée vaut également le détour, avec son excellente sélection d’artisanat. Enfin, en sortant du musée, on pourra se balader dans le très agréable parc Tenente Siqueira Campos, juste en face.
1578 Avenida Paulista • 01310-200
masp.org.br
À la Pinacothèque, le musée le plus ancien de la ville

La Pinacothèque, plus ancien musée de São Paulo
Vous l’aurez compris, s’il ne fallait visiter qu’un seul musée à São Paulo, ce serait le MASP. Si vous avez encore du temps (plusieurs heures, si possible), consacrez sans hésiter une demi-journée à la Pinacothèque. Elle est installée dans plusieurs bâtiments du (très beau) parc de la Luz. Le principal date de plus d’un siècle puisqu’il a été inauguré en 1905, et déploie ses très riches collections d’art ancien, moderne et contemporain sur deux étages et autour de deux atriums. Ici, l’accent est mis sur la création brésilienne et sud-américaine, avec des œuvres très politiques dont le discours porte sur la crise écologique, le colonialisme, les droits des peuples indigènes (Denilson Baniwa), le féminisme ou les identités queer (Jonathas de Andrade). L’autre bâtiment, contemporain, signé de l’agence Arquitetos Associados et situé à quelques minutes à pied, est destiné aux expositions temporaires (il y en a aussi dans le bâtiment ancien), et comprend un très élégant restaurant avec vue panoramique sur les alentours.
Pinacothèque de l’État de São Paulo
Praça da Luz • 01120-010
pinacoteca.org.br
Dans le parc d’Ibirapuera, le musée Afro Brasil préserve la culture noire

Vue de l’exposition « Popular Populares » au musée Afro Brasil, São Paulo, 2024
Changement de parc, changement d’atmosphère. Plus urbain, beaucoup plus vaste aussi, le parc d’Ibirapuera est le deuxième plus grand de la ville, parcouru de routes et ponctué de lacs. Les Paulistas y courent, déjeunent, emmènent leurs enfants… Le parc est aussi un épicentre culturel de la ville, où l’on viendra assister à des spectacles dans l’exceptionnel auditorium, visiter différents pavillons, le musée d’Art contemporain et le musée d’Art moderne. C’est aussi au parc d’Ibirapuera qu’a lieu la Biennale international d’art de São Paulo, et que se situe le très intéressant musée Afro Brasil, sous l’auvent duquel les amateurs de roller glissent allègrement. Dans ses salles baignées de lumière et ouvertes sur le parc, cette institution récente (elle a été fondée en 2004 par un ancien conservateur de la Pinacothèque, l’artiste Emanoel Araújo) met en lumière l’art des Afro-Brésiliens, à travers de riches collections permanentes et plusieurs expositions temporaires. Incontournable !
5300 Avenida Pedro Álvares Cabral • 04094-050
museuafrobrasil.org.br
À l’Institut Moreira Salles, une ambiance studieuse et un Serra démesuré

L’Institut Moreira Salles à São Paulo, un lieu de vie à part entière
© Tony Monti / Alamy / Hemis
Situé, comme le MASP, en bordure de l’imposante avenue Paulista, l’Institut Moreira Salles (qui dispose d’une antenne à Rio) se visite volontiers à la nuit tombée. Ouvert en 1996 à l’initiative du banquier Walter Moreira Salles, l’institut privé dispose depuis 2017 d’une nouvelle tour sublime, sobre et lumineuse, signée de l’agence Andrade Morettin Arquitetos et qui semble flotter au-dessus du sol. Dans son arrière-cour, accessible librement, une gigantesque double sculpture de Richard Serra file tout droit vers le ciel, comme imprégnée par l’élan de cette ville où les immeubles s’envolent sur des dizaines d’étages. Puis à l’intérieur, plusieurs espaces offrent l’impression d’un lieu de vie à part entière où l’on pourrait passer des heures, avec un restaurant chic, une bibliothèque, une librairie, des salles de spectacle et de cinéma… Mais aussi deux étages qui sont dédiés aux expositions temporaires, souvent en lien avec la photographie ou le septième art.
Instituto Moreira Salles
2424 Avenida Paulista • 01310-300
ims.com.br
À l’Institut Tomie Ohtake, un goût prononcé pour l’art d’aujourd’hui

L’Institut Tomie Otahki à São Paulo, dans le quartier très vivant de Pinheiros
© cabecademarmore / Alamy / Hemis
En plein cœur du quartier très vivant de Pinheiros (où l’on retournera volontiers le soir pour dîner ou boire un verre), l’Institut Tomie Ohtake se remarque de loin avec sa délirante architecture post-moderne, assez laide si l’on doit être honnête. Ses étranges parois ondulantes rendent hommage à l’artiste dont l’institut porte le nom, Tomie Ohtake (1913–2015), Japonaise devenue Brésilienne à 23 ans, pionnière de l’abstraction géométrique (on retrouve plusieurs de ses œuvres monumentales dans l’espace public de São Paulo). Le bâtiment est signé par son fils, Ruy Ohtake, dont l’architecture est très influencée par les recherches de sa mère – pas forcément pour le meilleur, donc. Mais ne prenez pas peur : à l’intérieur, on retrouvera une librairie d’occasion, une boutique d’artisans, un très chouette café, des salles de spectacles et surtout plusieurs expositions temporaires, toutes tournées vers l’art contemporain, l’architecture et le design. La programmation est excellente et animée par de louables intentions pédagogiques.
Instituto Tomie Ohtake
88 Rua Coropé • 05426-010
www.institutotomieohtake.org.br
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