Il y a les abbayes que l’on visite pour leurs pierres, leurs cloîtres et leurs histoires. Et puis celles qui offrent, le temps d’une visite, un autre regard sur leur patrimoine. À Beaulieu-en-Rouergue, Lee Bae dialogue avec l’architecture cistercienne ; à Auxerre, le Centre Pompidou s’invite à l’abbaye Saint-Germain tandis que les sorcières prennent possession de Daoulas. Et ce n’est que le début du voyage !
De la Bourgogne au Finistère, en passant par le Tarn-et-Garonne, les Landes et les Hautes-Pyrénées, voici cinq destinations où l’art se découvre au fil de monuments chargés d’histoire. De quoi s’offrir une dernière échappée avant que l’été ne tire définitivement sa révérence.
1. Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue : le geste noir de Lee Bae

Lee Bae « En attendant » à l’Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue, Ginnals, 2026
Photo Tanguy Beurdeley / Courtesy Lee Bae, Centre des monuments nationaux et Perrotin
Au fond d’une vallée du Tarn-et-Garonne, l’ancienne abbaye cistercienne de Beaulieu-en-Rouergue cache une histoire peu banale. Tombée dans l’oubli puis sauvée de la ruine dans les années 1960 par les collectionneurs Geneviève Bonnefoi et Pierre Brache, elle abrite aujourd’hui l’une des plus belles collections d’art moderne. Hans Hartung, Alfred Manessier, Simon Hantaï, Georges Mathieu ou Jean Dubuffet y côtoient désormais des artistes contemporains invités à investir les lieux.
Cet été, c’est le Sud-Coréen Lee Bae (né en 1956) qui prend possession de l’abbaye avec 23 œuvres de la série « En attendant ». Ses noirs profonds, ses morceaux de charbon et ses surfaces brûlées répondent aux pierres blondes et aux volumes dépouillés de l’ancienne église. Une confrontation tout en silence, où la matière semble faire écho à celle du bâtiment.
Lee Bae. En attendant
Du 25 juin 2026 au 30 septembre 2026
Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue
www.beaulieu-en-rouergue.fr
2. Abbaye Saint-Germain d’Auxerre : la mer en héritage

À gauche l’abbaye Saint Germain à Auxerre. À droite, “Canoe-Island” de Peter Doig, 2000
© René Mattès / Hemis. © Peter Doig. All Rights Reserved, DACS / Adagp, Paris 2026 / Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Philippe Migeat/Dist. GrandPalais Rmn presse
Mais que vient donc faire la mer à Auxerre, à plusieurs centaines de kilomètres du littoral ? Pour le découvrir, direction l’ancienne abbaye Saint-Germain, dont les cryptes carolingiennes comptent parmi les plus anciennes de France. Dans ce vaste ensemble monastique, les œuvres du Centre Pompidou prennent place là où l’on ne les attend pas.
Pour « La mer est ton miroir », les salles de l’abbaye se peuplent de bateaux, de paysages sous-marins, de créatures étranges et d’images d’abysses. Robert Delaunay, Man Ray, Peter Doig, Gilles Aillaud, Hicham Berrada ou Adel Abdessemed se répondent du cellier à la salle capitulaire, tandis que Nicolas Floc’h a conçu trois vitraux spécialement pour cette dernière, à partir des couleurs de l’Yonne, de la Seine et de son aval. Un voyage maritime sans quitter la Bourgogne, inspiré par le célèbre vers de Baudelaire.
La mer est ton miroir
Du 20 juin 2026 au 1 novembre 2026
Abbaye Saint-Germain • 2 Bis Rue Saint-Germain • 89000 Auxerre
www.abbayesaintgermain.fr
3. Abbaye de l’Escaladieu : l’art au fil de l’eau

Le Chant de l’eau à l’abbaye d’Escaladieu, 2026
Photo P Meyer Ae Médias
De l’eau, de l’eau, encore de l’eau ! Au pied des Baronnies, dans les Hautes-Pyrénées, l’ancienne abbaye cistercienne de l’Escaladieu est installée dans un vallon verdoyant où ruisseaux et montagnes composent un décor particulièrement rafraîchissant. Fondée au XIIe siècle, elle conserve son église, son cloître et plusieurs bâtiments monastiques.
Pas étonnant donc que l’eau soit au cœur du « Chant de l’eau », une exposition qui réunit des artistes comme Hicham Berrada, Léa Barbazanges ou Charlotte Denamur. Installations, sculptures et œuvres immersives prennent place dans l’abbaye et ses abords, faisant dialoguer l’eau avec les pierres, les jardins et le paysage. Une bonne raison de s’attarder ici.
Le chant de l’eau
Du 3 avril 2026 au 1 novembre 2026
Abbaye de l’Escaladieu • RD 938 route Bagnères de Bigorre • 65130 Bonnemazon
www.abbaye-escaladieu.com
4. Abbaye des Prémontrés : quand la terre prend feu

À gauche, l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson. À droite, “Cap intérieur” de Lauriane Firoben
De l’argile, du feu et un peu d’imagination… À l’abbaye des Prémontrés, à Pont-à-Mousson, la terre cuite raconte toute une histoire. Cet ancien monastère du XVIIIe siècle accueille « Terres d’ar(t)gile », une exposition qui fait remonter à la surface une histoire lorraine de la céramique, de l’Art nouveau à la création contemporaine.
Ici, les fours ont laissé place aux salles d’exposition, mais la matière est toujours là. Émile Gallé, Victor Prouvé, Géo Condé et les frères Mougin côtoient des céramistes d’aujourd’hui dans un parcours qui traverse formes, couleurs et techniques. Faïence, grès, porcelaine ou sculpture, la terre change de visage au fil des œuvres et des époques.
Terres d’ar(t)gile
Du 3 octobre 2026 au 13 décembre 2026
Abbaye des Prémontrés • 9 Rue Saint-Martin • 75004 Paris
www.fondation-patrimoine.org
5. Abbaye de Daoulas : dans les pas des sorcières

À gauche, le cloître de l’abbaye de Daoulas. À droite, “Marguerite au Sabbat” de Pascal Dagnan-Bouveret
© Jon Arnold Images/ hemis. Coll. musée d’art et d’histoire de Cognac
La figure de la sorcière n’en finit pas de nourrir les imaginaires. Sorcières, guérisseuses ou devineresses ? Qui étaient vraiment ces femmes auxquelles on a prêté tant de pouvoirs ? Après Nantes et Pont-Aven, elle s’invite encore à Daoulas avec « Ma sorcière mal nommée », qui explore les savoirs, les pratiques et les représentations associés à ces femmes longtemps diabolisées. Œuvres, objets ethnographiques, archives et témoignages contemporains composent un parcours aussi documenté que surprenant.
L’exposition réunit des pièces rares prêtées notamment par le Louvre, le musée du quai Branly ou les Archives nationales. Le cadre vaut également le détour. Fondée au XIIe siècle, l’ancienne abbaye conserve un remarquable cloître roman, l’un des derniers encore préservés en Bretagne, ainsi que des jardins où plantes médicinales et espèces venues d’ailleurs poussent à l’ombre des vieilles pierres.
Ma sorcière mal nommée. Pouvoir et magie au féminin
Du 11 juin 2026 au 29 novembre 2026
Abbaye de Daoulas • 21 Rue de l’Église • 29460 Daoulas
www.cdp29.fr
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