L’art et les extraterrestres : deux sujets a priori distincts… Et pourtant ! L’art n’est-il pas le meilleur moyen de matérialiser l’invisible ? Pour élaborer son atlas grand format abondamment illustré de photographies, le spécialiste Philippe Baudouin, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris-Saclay et auteur de plusieurs ouvrages passionnants sur les phénomènes inexpliqués (dont un sur les femmes médiums et la photographie spirite), a passé au crible notre planète à la recherche de sites à visiter, pour partir sur les traces des êtres venus d’ailleurs.
Zones d’observation, architectures, musées, lieux utopiques, œuvres d’art… Au fil de sept chapitres, maintes connexions avec l’art, témoins de notre fascination pour les mystères de l’inexpliqué, font leur apparition… Du musée consacré à l’artiste H.R. Giger, créateur des effrayants extraterrestres de la saga cinématographique Alien, à des ovniports créatifs en Argentine ou au Brésil, en passant par des architectures cosmiques et des sculptures de soucoupes volantes, voici dix lieux où admirer des « OANI » (« objets artistiques non identifiés ») !
Le musée HR Giger en Suisse : les aliens mués en art total

Vue du bar au musée HR Giger, Gruyères, 2024
Installé en 1998 dans la cité médiévale de Gruyères, ce musée entièrement dédié à l’univers de l’artiste suisse Hans Ruedi Giger (1940–2014), génial concepteur des effrayantes créatures de la saga Alien (entre autres) inaugurée par Ridley Scott, s’impose comme le temple ultime de la science-fiction. Sur trois étages, à travers 500 de ses œuvres, de ses dessins et sculptures virtuoses de monstres reptiliens, rappelant les lignes foisonnantes de l’art gothique, à ses collaborations avec des stars du rock ou de la pop, en passant par un bar hallucinant, entièrement conçu par l’artiste du sol au plafond, l’imaginaire cauchemardesque et sans limites de ce visionnaire inspiré par les extraterrestres y envahit l’intégralité de l’espace, composant un véritable art total.
De Bordeaux à Utrecht, d’étonnantes sculptures de soucoupes volantes

Le « Vaisseau spatial » de Suzanne Treister sur le bassin à flot n°1 à Bordeaux, 2021
© Ludovic Maisant / Hemis
Objets de nombreux signalements à travers le monde, les mystérieux vaisseaux spatiaux, moyens de transport supposés des petits hommes verts, ont inspiré de nombreux artistes. L’atlas de Philippe Baudouin recense de nombreuses sculptures en plein air représentant ces légendaires embarcations au profil devenu culte. Parmi les plus spectaculaires figurent celle de Suzanne Treister, flottant tel un grand couvre-chef argenté au-dessus de l’eau du bassin à flot n°1 de Bordeaux (Vaisseau spatial, 2018) ; celui, crashé dans le sol, de Thom Puckey à Almere, aux Pays-Bas (Fallen, 1999) ; ou encore Zover de Marc Ruygrok (1999), qui semble s’être posée en catastrophe sur le toit de l’immeuble Inktpot d’Utrecht, ancien siège social des chemins des fer néerlandais.
L’Étoile de l’espérance en Argentine : un rayonnant ovniport façon land art

Werner Jaisli, L’Étoile de l’espérance, 2008
terre ocre de Cachi • Photo Javier Corbalán
C’est à partir des instructions que lui auraient données en 2008 des êtres venus d’ailleurs que le Suisse Werner Jaisli (1949–2021) a dessiné cette fabuleuse œuvre d’art géante sur la terre ocre de Cachi, en Argentine. Pensée comme une gigantesque piste d’atterrissage pour ovnis à l’ombre des cimes enneigées de la cordillère des Andes, cette perle de land art ne s’apprécie pleinement que depuis les airs. Elle été formée, avec une précision extrême et sans le moindre plan, de pierres blanches et brunes savamment disposées pour composer douze astres, dont le plus grand, doté de 36 branches, mesure 48 mètres de diamètre. Une hybridation fascinante entre les lignes de Nazca et les mystérieux crop circles !
Les gravures rupestres du Val Camonica en Italie : les « anciens astronautes »

Val Camonica, Réserve naturelle des gravures rupestres de Ceto, Cimbergo et Paspardo. Rocher n° 24
Parmi ces 140 000 dessins gravés il y a des milliers d’années sur des parois rocheuses dans les Alpes italiennes – ce qui fait du Val Camonica l’un des sites d’art préhistorique les plus importants au monde, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO –, deux personnages tenant de curieux sextants, leurs têtes surmontées d’étranges casques hérissés d’antennes, sont devenus les mascottes d’une théorie farfelue : celle « des anciens astronautes ».
Celle-ci soutient depuis les années 1960 (sans aucune preuve scientifique solide) que des extraterrestres auraient visité la Terre au fil de l’Histoire, influençant au passage des civilisations humaines, qui en auraient fait le récit à travers mythes et monuments. Si ces gravures (que le public peut visiter au sein d’un parc national à Capo di Ponte) sont le seul site archéologique mentionné dans l’atlas de Philippe Baudouin, bien d’autres auraient pu y figurer, telles les lignes de Nazca, dont certains affirment qu’elles auraient servi de pistes d’atterrissage ou de messages pour des êtres venus du ciel.
Les temples souterrains de Damanhur en Italie : une œuvre d’art d’inspiration cosmique

Temple de l’Humanité de la Fédération de Damanhur
© Leonello Bertolucci / Getty Images
Ces huit salles souterraines foisonnantes réparties sur cinq niveaux, décorées de colonnes ouvragées, de peintures murales, de mosaïques et de vitraux aux couleurs chatoyantes laissent sans voix. 18 000 tonnes de roches ont été extraites clandestinement par le gourou Oberto Airaudi et ses hommes de 1978 à 1992 pour construire ces temples hallucinants, creusés sous un vaste terrain piémontais.
Ces salles étaient destinées à servir à ses fidèles, la communauté de Damanhur, de capsules de méditation permettant de voyager dans le temps et l’espace et de communiquer avec les autres planètes – une idée qui aurait été soufflée à Airaudi par l’apparition d’un vaisseau extraterrestre. Découvertes en 1992, elles sont désormais accessibles au public lors de visites hebdomadaires, au sein d’un écovillage où vivent près d’un millier de membres de la fédération de Damanhur.
Le tripode martien de Michael Condron au Royaume-Uni : hommage à l’auteur de La Guerre des mondes

Le tripode martien de Michael Condron à Woking, 2024
© Graham Prentice / Alamy / Hemis
Faire ses courses à Woking, en Angleterre, ne doit pas être de tout repos ! Au détour d’une rue, vous risquez de tomber nez à nez avec cet effrayant tripode martien en métal argenté de Michael Condron (né en 1972). Allongeant ses longues pattes sur le trottoir comme pour conquérir la ville, cette sculpture est un hommage au célèbre écrivain local H.G. Wells (1866–1946), grand pionnier de la science-fiction contemporaine connu en particulier pour son roman La Guerre des mondes (1898) – l’une des premières œuvres d’imagination mettant en scène une confrontation entre l’humanité et une espèce extraterrestre hostile.
Le Parc raëlien pour la paix à Hawaï : des sculptures invoquant les extraterrestres

Raëlian UFO Peace Park
Photo lendog666 / Atlas Obscura User
Voilà un bien étrange parc de sculptures installé en bord de route, dans l’écrin de verdure luxuriante du village de Pāhoa, sur l’archipel d’Hawaï ! Peuplé de figures humaines, d’animaux et de végétaux bariolés inspirés des arts natifs du Pacifique, il a été conçu comme la préfiguration d’une ambassade permettant d’échanger pacifiquement avec les extraterrestres. L’ensemble a été créé par la célèbre secte fondée par Raël, Claude Vorilhon de son vrai nom – un ancien journaliste qui affirme avoir été en contact au début des années 1970 avec des aliens baptisés « Elohim », au sommet des volcans d’Auvergne…
Gendarmerie-soucoupe volante, maison Futuro… : de folles architectures « du troisième type »

La Maison Futuro du marché Dauphine aux Puces de Saint-Ouen
© Peter Erik Forsberg / Alamy / Hemis
Les liens entre l’architecture et les extraterrestres pourraient faire l’objet d’un livre à eux seuls. Que ce soit dans sa section « Architecture interstellaire » ou dans d’autres chapitres (« Musées et centres de recherche », « Lieux utopiques et temples cosmiques »…), l’atlas de Philippe Baudouin recense de nombreux bâtiments inspirés de l’ufologie. Parmi eux, l’étonnante gendarmerie en forme de soucoupe volante sur pilotis posée en 1998 au bord de l’autoroute A39 (une œuvre folle de l’architecte Claude Damery) ; la très cosmique gare routière de Kielce, en Pologne, installée en 1984 sur un rond-point par Edward Modrzejewski ; ou encore les maison Futuro, capsules design iconiques aux airs d’ovnis pop créées en 1968 par l’architecte finlandais Matti Suuronen – dont une stationne de façon permanente au cœur du marché aux puces de Saint-Ouen depuis 2013.
Le monument Rendlesham d’Olivia English au Royaume-Uni : la commémoration d’une apparition d’ovni

« Rendlesham » d’Olivia English, 2024
© geogphotos / Alamy / Hemis
Assez méconnus, les monuments commémorant des apparitions d’ovnis ont droit à leur chapitre dédié dans cet atlas. S’ils ne sont pas toujours d’une grande qualité artistique, ils témoignent de la fascination qu’exerce le paranormal aux quatre coins de la planète, et ancrent les récits dans leurs territoires. Parmi eux, se trouve le monument Rendlesham de l’artiste Olivia English, une curieuse soucoupe métallique échouée en pleine forêt, sur les lieux de l’observation d’ovni la plus célèbre de Grande-Bretagne – une œuvre inspirée des témoignages de 1980.
Un autre, situé dans la forêt suédoise d’Ängelholm, a été financé par le témoin d’un atterrissage mystérieux. Un troisième, en Arizona, prend la forme d’une statue de petit homme vert en bois dans une cabine téléphonique (où fut retrouvé un jeune bûcheron après avoir été prétendument enlevé par des extraterrestres), à deux pas d’une fresque de street art inspirée de l’affiche du film dérivé de cette histoire.
Le « discoporto » de Barra do Garças au Brésil : zone d’atterrissage pour soucoupes volantes

Piste d’atterrissage pour soucoupe volante à Barra do Garças
© Prefecture Barra do Garças
Au pied des montagnes brésiliennes de la Serra do Roncador, la ville de Barra do Garças, où des ovnis sont régulièrement signalés depuis l’apparition retentissante d’une boule lumineuse en 1996, a décidé de tirer parti de cette renommée en construisant un aéroport pour soucoupes volantes de 2 200 m², au sein du parc national de la Serra Azul. Son attraction principale ? Un sympathique ovni en matériaux recyclés de l’artiste Genito Ribeiro, dessiné à partir de descriptions faites par des habitants de la région – qui célèbrent par ailleurs une fois par an, le deuxième dimanche de juillet, la fraternité entre humains et aliens.
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