Le « Faust » de Munau se révèle à travers sa bible exhumée par la Cinémathèque française


C’est l’histoire d’un trésor que l’on croyait perdu. Il y a pile un siècle, le cinéaste allemand Friedrich Wilhelm Murnau, auréolé du succès de Nosferatu le vampire (1922), décide de porter à l’écran la légende médiévale de Faust, rendue célèbre par Goethe.

Au terme d’un tournage dantesque de neuf mois dans les studios Tempelhof à Berlin, les décorateurs du film, Robert Herlth et Walter Röhrig, ainsi que le directeur de la photographie, Carl Hoffmann, offrent au réalisateur un surprenant cadeau : une fausse Bible.

Cet l’accessoire utilisé pour la scène du film dans laquelle le vieil alchimiste, impuissant face à la peste qui ravage sa ville, brûle ses livres a été sauvé des flammes puis transformé en album façon making of. Environ 400 photographies, storyboards et illustrations y racontent en détail la genèse de ce qui deviendra un monument du cinéma expressionniste.

Au cœur du tournage d’un film mythique

Éléphants grandeur nature, nuages en laine de verre, projections de fumigènes, maquettes géantes, costumes extravagants… Se dévoilent à travers ces images tous les effets spéciaux et secrets de tournage qui font de ce long-métrage muet au budget illimité un chef-d’œuvre d’inventivité plastique. Les clichés du plateau fourmillant de techniciens perchés sur des échelles ou affublés de masque à gaz (pour se protéger des émanations toxiques) alternent avec les moments plus légers saisis entre deux prises.

« F. W. Murnau était connu pour le caractère très privé de ses plateaux de tournage », précise Laurent Mannoni, directeur scientifique du patrimoine à la Cinémathèque française. « Peu enclin à accueillir des visiteurs, il l’était encore moins à dévoiler son processus créatif ». Or ce journal visuel, qui déroule le film scène par scène, présente d’un côté des croquis préparatoires et de l’autre les photographies des scènes finales.

Photographie de plateau prise par Hans Natge sur le tournage de « Faust », issue de la « Bible de Faust »

Photographie de plateau prise par Hans Natge sur le tournage de « Faust », issue de la « Bible de Faust »

i

Courtesy Hans Natge / numérisation et traitement par Stéphane Dabrowski © La Cinémathèque française

Chaque plan se révèle soigneusement composé à l’avance, à la manière d’un tableau. On devine dans nombre d’entre eux l’influence des maîtres anciens : Rembrandt et Caravage dans les clairs-obscurs tranchants, Caspar David Friedrich dans les horizons brumeux, Albrecht Altdorfer dans les paysages cosmiques ou Le Bernin dans la figure mystique de Gretchen.

Disparue pendant 30 ans avant de ressurgir dans une cave

Cet objet si précieux pour comprendre la genèse de Faust, fut pourtant rapidement perdu. Lorsque Murnau meurt dans un accident de la route en 1931, ses archives restent éparpillées entre Berlin et Hollywood. Les quelques spécialistes qui connaissent son existence l’imagineront ensuite détruit pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais en 1952, la critique et historienne du cinéma Lotte Eisner, chargée de constituer les collections de la Cinémathèque française à la demande de son fondateur Henri Langlois, flaire une piste. La Bible de Faust finit par être dénichée, en 1961, dans une cave par un conservateur qui l’acquiert pour la bagatelle de 30 marks. Désireuse de compléter sa prestigieuse collection rassemblée par Lotte Eisner sur le cinéma expressionniste allemand, la Cinémathèque parvient enfin à la racheter aux enchères en 2017.

Reproduite dans un beau livre

La couverture de Faust

Minutieusement restauré, l’ouvrage sort aujourd’hui de l’ombre pour être entièrement reproduit dans un beau livre édité à l’occasion des 100 ans de Faust et des 90 ans de la Cinémathèque. Disponible en français et en anglais, sa sortie s’accompagne de la diffusion du film sur la plateforme Mubi qui, à travers sa maison d’édition, le coédite avec la Cinémathèque française.

Pour le lancement, cette dernière organise un ciné-concert, le samedi 17 octobre, avec une présentation inédite de la Bible originale. L’occasion de (re)découvrir l’un des cinéastes les plus novateurs de l’histoire du septième art.

Arrow

Faust, une légende allemande

Réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau

La création du chef-d’œuvre de Friedrich Wilhelm Murnau

Avec des contributions de Laurent Mannoni, Stefan Drössler et K.J. Relth-Miller.

Coéd. Mubi / Cinémathèque française • 354 p. • 85 €

Le samedi 17 octobre à 14h30 à la Cinémathèque française

La Bible originale et le livre seront présentés par Laurent Mannoni. Accompagnement musical aux ondes Martenot par Christine Ott et Mathieu Gabry.

Informations et réservations sur le site de la Cinémathèque française

 

Arrow

Cinémathèque française





Source link

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


6 + = 15