Une centaine de manifestations se déroulent ce week-end contre la loi instaurant une présomption d’usage légitime des armes à feu par les forces de l’ordre. À Paris, elle s’est élancée ce dimanche, en début d’après-midi, depuis la place de la République.
La manifestation contre le «permis de tuer» s’est élancée à Paris, depuis la place de la République, en réaction à la loi instaurant une présomption d’usage légitime des armes à feu par les policiers. Plus de 150 organisations ont signé l’appel «Stop aux violences d’État» contre cette loi, dont des collectifs locaux, mais aussi des partis politiques comme le Parti socialiste, Les Écologistes ou La France insoumise.
Depuis samedi, une centaine de marches et rassemblements se déroulent en France, à Paris, mais aussi à Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Nice et Aix-en-Provence. Une trentaine d’actions, notamment à Lorient, Caen, Carcassonne, Rennes ou Annecy, ont mobilisé environ 13.500 manifestants, selon un décompte de la police. À Rennes, où 2000 personnes ont manifesté, huit personnes ont été interpellées et trois policiers blessés à la suite de «jets de projectiles» sur la police, selon la préfecture d’Ille-et-Vilaine.
Craintes d’une participation de la mouvance radicale d’ultragauche
«Il ne faut pas avoir peur de dire qu’il y a du racisme au sein de la police. Nous marchons pour dénoncer un système», a déclaré Assa Traoré, présente à la manifestation parisienne ce dimanche. «La police tue déjà (…), nous devons faire échouer cette loi» qui «ne doit pas être inscrite à l’ordre du jour du Sénat», a déclaré la députée insoumise Mathilde Panot, quelques minutes avant le départ du cortège, place de République. «En République, il ne peut pas y avoir d’organisation d’impunité policière (…). En République, il ne peut y avoir une catégorie de citoyens qui a le droit de vie ou de mort sur d’autres citoyens», a-t-elle estimé. «Non au permis de tuer, non à l’impunité», a lancé Samia El Khalfaoui, cofondatrice de l’association Stop aux violences d’État, avant d’égrener les prénoms de plusieurs jeunes, «la plupart issus des quartiers populaires», tombés sous les balles des forces de l’ordre. Aujourd’hui, ce «permis d’exécuter» «veut inverser la charge de la preuve», a estimé Amal Bentousi, sœur d’Amine, un braqueur tué par un policier d’une balle dans le dos en 2012 en Seine-Saint-Denis.
De son côté, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets et aux responsables des forces de sécurité intérieure une «particulière vigilance» lors des manifestations ce week-end. «Ces rassemblements sont connus de longue date mais les dernières informations dont nous avons connaissance et qui ont été partagées avec vous laissent à penser qu’ils pourraient être émaillés d’incidents et de débordements», a expliqué le ministre, dans un télégramme consulté par l’AFP.
«Si la plupart des manifestations sont organisées par les milieux associatifs et syndicaux, des troubles à l’ordre public sont néanmoins susceptibles de se produire en raison de la participation prévisible de membres de la mouvance radicale d’ultragauche à certains rassemblements», poursuit Laurent Nuñez dans le télégramme adressé samedi aux préfets, aux directeurs généraux de la police et de la gendarmerie nationale (DGPN et DGGN), ainsi qu’à la directrice générale de la sécurité intérieure (DGSI). Par ailleurs, «ces mobilisations se tiendront concomitamment avec les journées européennes du patrimoine», donc «des bâtiments publics peuvent être exceptionnellement ouverts au public», ajoute-t-il. «Dans ce contexte, je vous demande de faire preuve, à l’occasion de ces manifestations, d’une particulière vigilance», écrit le ministre.
Voté le 7 juillet dernier par les députés, le texte sur la présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre prévoit que policiers et gendarmes «sont présumés avoir agi» dans le respect de la loi quand ils «font usage de leurs armes». Une pétition contre ce texte a rassemblé 730.000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale, mais a été classée par les députés membres de la commission des Lois en juillet. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat.
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