Il faut traverser les salles du musée des Beaux-Arts, pousser la porte d’un ancien hôtel particulier, entrer dans une chapelle, changer encore de décor… À Carcassonne, il faut marcher pour voir « Pop-up Collections ».
La déambulation fait en effet partie de l’exposition, avec au programme cinq lieux, une centaine d’œuvres et trois collections publiques réunis autour d’un même fil rouge : « Art et histoires ».
L’Histoire revue par l’art contemporain

Jean Paul LAURENS, Les Emmurés De Carcassonne, 1879
Huile sur toile • 420 × 350 cm • © RMN – Grand Palais – Benoit Touchard
Tout part des Emmurés de Carcassonne. Cette peinture monumentale de Jean-Paul Laurens, réalisée en 1879 et conservée au musée des Beaux-Arts de la ville, représente des « cathares » emprisonnés par l’Inquisition. Au centre de la composition, un franciscain tente d’apaiser les esprits.
« À partir de là, on a regardé dans nos collections quelles étaient les œuvres et les artistes qui s’attachaient à relire l’histoire ou à mettre en évidence des récits pluriels au sein de la grande Histoire, en lien avec l’actualité ou les sujets de société », explique Emmanuelle Hamon, du Frac Occitanie de Toulouse.
Au musée des Beaux-Arts, les œuvres contemporaines s’immiscent dans les collections permanentes. À l’étage, dans les salles d’exposition temporaire, les 25 barils de pétrole peints de Jimmie Durham imposent leur présence, dans un assemblage à la fois brut et poétique.

Jimmie Durham, Sweet, Light, Crude, 2009
Collection Les Abattoirs Musée – Frac Occitanie Toulouse • Cédrick Eymenier © Jimmie Durham
Quelques pas plus loin, les portraits de Walter Barrientos affirment la résistance des identités autochtones d’Amérique du Nord. Au fond, Paysage d’Alfredo Jaar ramène le visiteur à une réalité plus sombre, avec ses images de réfugiés et de victimes anonymes des conflits. D’une œuvre à l’autre, les récits se déplacent, de la colonisation aux migrations, des identités aux rapports de domination.
Changement d’ambiance au Centre d’art, installé dans l’ancien bâtiment de la Banque de France. Dans chaque pièce de l’hôtel particulier, un artiste et son univers – Fiorenza Menini, Nina Childress, Esther Ferrer… – font surgir des récits plus intimes. Le parcours se poursuit à la chapelle des Dominicaines, où Xavier Veilhan détourne la statuaire équestre et martiale avec La Garde républicaine.

Simone Decker, Série Ghosts, 2004
10 sculptures, bande plâtrée thermoplastique en polyester, résine époxy, pigments photoluminescents, dimensions variables • Collection Frac Occitanie Montpellier • Pierre Schwartz © Adagp, Paris, 2026
Non loin, à la Halle aux Grains, Simone Decker fait apparaître sous la charpente douze silhouettes photoluminescentes qui s’animent à la tombée du jour. Au pied de la Cité, la chapelle du Petit Saint-Gimer accueille enfin les projets pédagogiques menés par les enseignants de la ville.
Une œuvre qui fait débat
Cette pluralité des regards a pourtant suscité une polémique à Carcassonne. Désormais dirigée par le RN depuis l’élection de Christophe Barthès en mars 2026, la Ville avait demandé, quelques semaines avant l’ouverture, le retrait d’une œuvre de Mehdi-Georges Lahlou, Salât ou autoportrait dirigé, prêtée par Les Abattoirs et présentée au Centre d’art.
Composée de neuf moulages en plâtre du corps de l’artiste, disposés dans différentes postures de prière musulmane, l’installation met en jeu sa double appartenance culturelle. L’artiste décrit notamment la figure à moitié relevée comme « une sorte de nouvelle Vierge qui résiste à l’envie de se prosterner ». Dans un courrier adressé à la mairie, Lauriane Gricourt pour Les Abattoirs et Éric Mangion pour le Frac Occitanie Montpellier ont refusé de déplacer l’œuvre, pour des raisons curatoriales et logistiques, rappelant « la liberté de diffusion de la création ». La Ville a finalement accepté de maintenir l’installation.
L’épisode donne une résonance particulière au propos de « Pop-up Collections ». Ici, pas de récit unique. L’exposition fait coexister différents points de vue, y compris lorsqu’ils dérangent ou interrogent. Pour Emmanuelle Hamon, « les artistes ne sont pas hors-sol. Ils pensent le monde, et nous aident parfois à mieux le comprendre ». Au risque de bousculer nos certitudes.
« Pop-up Collections. Art et histoires »
Du 5 juin 2026 au 17 octobre 2026
Musée des Beaux-arts
Centre d’art contemporain
Chapelle des Dominicaines
Chapelle du petit Saint-Gimer
Halle aux Grains
Carcassonne • 11000 Carcassonne
www.carcassonne.org
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