Pressée mercredi sur CNews de dire si cette théorie était selon elle raciste, la ministre macroniste a éludé la question à plusieurs reprises, avant de répondre : «Non, je ne pense pas que ce soit une théorie…»
La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, s’est attirée jeudi 10 septembre des critiques jusque dans son propre camp pour avoir invoqué la «liberté d’expression» au sujet de la théorie complotiste d’extrême droite du «grand remplacement», refusant de la qualifier de «raciste». Pressée mercredi sur CNews de dire si cette théorie était selon elle raciste, la ministre macroniste a éludé la question à plusieurs reprises, avant de répondre : «Non, je ne pense pas que ce soit une théorie…», laissant sa phrase en suspens.
Elle a précisé «combattre» cette théorie, selon laquelle une immigration de masse voulue par les élites remplace la population blanche et chrétienne d’Europe. Elle est «fausse factuellement», «même mensongère parce que cherchant à créer un terreau de peur dans notre pays», a-t-elle ajouté. Jeudi, sur franceinfo, elle a estimé que le débat sur ce sujet «fait partie de la liberté d’expression». «Et donc je crois que le ranger sur le caractère raciste voudrait dire qu’on n’a pas le droit d’en débattre. Moi, je préfère combattre», a-t-elle plaidé.
«C’est une théorie complotiste»
«De la même manière que je ne plie pas aux théories fausses et mensongères de l’extrême droite, je ne plie pas non plus aux injonctions de l’extrême gauche qui considèrent que le débat public veut dire la censure du débat public», a-t-elle de nouveau affirmé jeudi après-midi en conférence de presse après le conseil des ministres, en soulignant que cette théorie «ne tombait pas sous le coup de la loi».
«Hein ? Aurore Bergé, tu expliques qu’une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ? Le racisme est un DÉLIT», l’a interpellée sur le réseau X la députée Prisca Thevenot, membre comme elle du parti présidentiel Renaissance. «Le grand remplacement n’est pas un débat : c’est une théorie complotiste, qui a motivé des attentats terroristes», a ajouté cette proche du candidat à la présidentielle Gabriel Attal.
La réaction de l’élue attaliste a suscité une vague de soutiens… à gauche. «C’est rare. Mais, sur ce coup, Prisca Thevenot a totalement raison. Comment Aurore Bergé peut-elle rester ministre des discriminations en disant que le grand remplacement n’est pas une théorie raciste ?», a appuyé le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard, toujours sur X. Le député Aurélien Rousseau, proche du candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann, a aussi partagé cette «indignation». «C’est une coupable complaisance de banaliser la pseudo-théorie du grand remplacement qui est un racisme sans fard», a-t-il estimé.
Un «bien mauvais procès» fait à Aurore Bergé
Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse, qui caresse aussi une candidature à gauche, a prévenu qu’«à force de courir derrière l’extrême droite, ils en banalisent les mots, les obsessions et désormais le racisme». Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a elle déploré après le conseil des ministres un «bien mauvais procès» fait à Aurore Bergé, qui selon elle a «affirmé des principes et des valeurs d’une grande clarté» et «rappelé l’état du droit».
La théorie du grand remplacement a été introduite en 2010 par l’écrivain français Renaud Camus, qui affirmait que les Français «de souche» étaient remplacés par des peuples non-européens avec la complicité «des élites». Cette thèse est réfutée par l’essentiel des scientifiques. Dans son édition de 2022, la CNCDH la qualifie de «fantasme» et estime que «le terme de grand remplacement a donné au vieux discours xénophobe une nouvelle vigueur, en le combinant à des arguments identitaires».
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