Au micro de RTL, le prix Nobel d’économie encourage la France et l’Europe à investir massivement dans la tech. Il alerte plus largement sur le décrochage du Vieux Continent face aux États-Unis et à la Chine.
À l’occasion de la publication de son livre Économie du désordre mondial, écrit avec Karine Van Der Straeten, Jean Tirole s’est exprimé au micro de RTL sur la «perte de compétitivité de l’Europe». Selon l’économiste et Prix Nobel, le Vieux Continent a concentré ses investissements dans la «mid-tech» : «un tiers de la recherche et développement privée européenne concerne l’automobile». À l’inverse, les «Américains ont investi massivement dans la tech», qui représente, selon lui, 85% de leur R&D.
Jean Tirole pointe ainsi le retard pris par la France et l’Europe dans des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle. «On se trouve dans une situation où la tech est manquante», déplore-t-il. Interrogé sur les dérives potentielles de l’IA, le prix Nobel d’économie estime qu’il faut la «réguler», tout en jugeant cette ambition difficile à concrétiser aujourd’hui, faute d’intérêt de la Chine et des États-Unis à mettre en place une telle régulation.
Dans ce contexte, l’Europe doit, selon lui, se donner les moyens de riposter. Dans des secteurs stratégiques comme l’intelligence artificielle ou la santé, «la Chine et les États-Unis pourront nous menacer», par exemple en refusant de vendre un vaccin. «On a besoin d’une monnaie d’échange», alerte l’économiste. Face aux droits de douane américains, l’Europe devrait ainsi être en mesure de prendre des mesures susceptibles de toucher en retour l’appareil productif ou le secteur de la santé aux États-Unis.
Pour Jean Tirole, l’urgence est d’autant plus grande que l’Europe tarde à réagir. «On vit depuis plusieurs années dans le court terme, on déplace des transats pendant que le Titanic est en train de couler», déplore-t-il. Un sursaut européen est donc nécessaire face à une économie mondiale qui a profondément changé. Pour rebondir, la France doit évidemment réduire sa dette, mais pas seulement : elle doit également investir davantage dans l’éducation et la science. Autant de «bombes à retardement» qui, faute d’action, risquent selon lui de fragiliser durablement le pays.
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