Elle est la plus grande et la plus peuplée des îles grecques. Loin des clichés balnéaires et des foules de visiteurs, la Crète cultive son charme et se découvre à travers ses palais minoens, ses ports vénitiens et ses jardin de sculptures contemporaines…
Chargée de plusieurs millénaires d’histoire, l’île recèle des merveilles. Du musée archéologique d’Héraklion au site archéologique de Lato en passant par la nécropole de Fourní, arpentez la Crète en cinq escales entre monde antique et création. Une destination historique et singulière, à contre-courant du tumulte des îles grecques.
1. Héraklion : la porte des civilisations

Forteresse vénitienne de Koules à Héraklion
© Patryk Kosmider / adobe
La ville aurait reçu son nom en hommage à Héraclès, héros de la Grèce antique. Héraklion surprend. Capitale depuis 1971 seulement, elle assume mal son rang, trop pressée, trop bruyante, encore marquée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. On y entre par le chaos du marché de la rue 1866, entre cageots d’olives, odeurs de café et de safran.
Au musée archéologique, le choc est immédiat. Derrière sa façade moderniste, il rassemble la plus importante collection minoenne [de la première civilisation européenne, vers 2 000 avant J.-C.] au monde. On y découvre les fresques des palais de Knossos et de Malia, le Taureau bondissant, le Prince aux lys, autant de visages d’une civilisation éprise de mouvement. Dans une vitrine, le disque de Phaistos attire toujours les regards. Gravé de pictogrammes, il garde son énigme intacte.
En sortant, la ville reprend ses droits. Une promenade le long des remparts vénitiens [la Crète fut sous occupation vénitienne pendant près de cinq siècles] mène jusqu’à la tombe de Nikos Kazantzákis, auteur d’Alexis Zorba (Zorba le Grec au cinéma). Son épitaphe résume l’île entière : « Je n’espère rien, je ne crains rien, je suis libre ».
Musée archéologique d’Héraklion
2. Knossos et Fourní : de palais en nécropole

À cinq kilomètres au sud d’Héraklion, dans un décor de collines arides, le palais de Knossos (l’un des quatre grands ensembles palatiaux minoens de l’île avec Malia, Phaistos et Zakros) commence par un malentendu. Vieux de quatre millénaires, il doit beaucoup aux restaurations menées au début du XXe siècle par l’archéologue britannique Arthur Evans. Persuadé d’avoir retrouvé le palais légendaire de Minos, celui-ci a entrepris de reconstruire en béton une partie du palais.
Colonnes rouges en ciment, fresques redessinées : le résultat ressemble autant à l’âge du bronze (l’époque de sa construction) qu’à un décor de théâtre. Et pourtant ça fonctionne… Une dizaine de kilomètres plus au sud, la nécropole minoenne de Fourní est l’un des plus importants cimetières de cette époque en mer Égée.
Billet combiné avec le musée archéologique d’Héraklion
714 09 Cnossos
knossos-palace.gr
Nécropole de Fourní
Un sentier permet d’y accéder à pied depuis le village d’Archanes
724 00 Fourni
3. La Canée (Chania) : l’élégance vénitienne

La Canée, avec son vieux port et son célèbre phare
À l’ouest de l’île, le décor change. À La Canée, rien ne disparaît vraiment. Successivement minoenne, romaine, byzantine, ottomane puis grecque, l’ancienne capitale s’est construite par strates, presque indifférente aux ruptures de l’histoire. Les remparts vénitiens en étoile enserrent encore les venelles de la vieille ville, tandis que le port est dominé par le phare égyptien du XVIe siècle.
La mosquée des Janissaires fait face au fort Firkas, ancien verrou militaire de la Sérénissime. Le matin, les pêcheurs démêlent leurs filets sous les façades ocre. Dans le quartier de Halepa, le musée archéologique occupe un bâtiment neuf. On y croise une mosaïque romaine de Dionysos, des tablettes minoennes et la collection léguée par la famille politique Mitsotákis.
Musée archéologique de La Canée
St Chalidon • 731 31 Chania
amch.gr
4. Spinalónga : l’île des mémoires

L’île de Spinalónga, dans le golfe de Mirabello
© Jon Arnold Images / hemis
On poursuit la côte vers le golfe de Mirabello. Les reliefs s’adoucissent, la végétation se fait plus sèche. Il suffit de dix minutes en bateau depuis le village de Pláka, quinze depuis Eloúnda, pour accoster dans un autre monde. Spinalónga est d’abord une forteresse vénitienne, édifiée à partir de 1579 pour verrouiller la baie.
Ultime possession de Venise, cet îlot rocailleux résiste aux Ottomans jusqu’en 1715. En 1904, l’île devient la dernière léproserie d’Europe. Derrière les remparts, une communauté s’était organisée, avec son école, son épicerie, son église, qui perdura jusqu’en 1957. Un chemin suit les fortifications et offre des vues saisissantes sur le golfe.
5. Ágios Nikólaos : entre lac et création contemporaine
À Ágios Nikólaos, tout bascule vers le lac de Voulisméni, bassin d’eaux saumâtres que la légende associe à Athéna. Les cafés dégringolent en gradins jusqu’à l’eau sombre, on y sirote un raki à la lisière du mythe. Sur les hauteurs, le musée archéologique, installé dans un bâtiment moderniste des années 1960, conserve des trésors de la Crète orientale, dont plusieurs proviennent de Lato, cité dorique dont les ruines dominent le golfe de Mirabello, à une dizaine de kilomètres.

L’oeuvre d’Ingrid Fragantoni « Spiral » (1993) dans le jardin des sculptures du Minos Beach Art Hotel
CC G.& A. Mamidakis Foundation
Plus bas, au Minos Beach Hotel, la fondation G & A Mamidakis déploie dans les jardins plus de 55 œuvres contemporaines. Le Minotaure de Frosso Michalea marque l’entrée. Au bord de l’eau, les baigneurs croisent sans toujours les voir les reliefs de Tender Shell Geophilia d’Ileana Arnaoutou et Ismene King, incrustés dans les rochers.
Musée archéologique d’Ágios Nikólaos
74 Konstantinou Paleologou Ia • 165 61 Glifada
www.agiosnikolaoscrete.com
Site archéologique de Lato
à 10 km d’Ágios Nikólaos
8 Emmanouil Pothou • 721 00 Kritsa
www.agiosnikolaoscrete.com
Fondation G & A Mamidakis
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