« J’ai eu un projet de film sur les années que Marcel Duchamp a passées à Buenos Aires à jouer aux échecs »



Vous avez grandi dans une maison où, notamment grâce à votre mère (productrice, scénariste, réalisatrice…), on parlait littérature, art, photographie et cinéma. Quelle est la peinture ou l’exposition qui vous a marqué enfant ?

C’était une exposition de Raoul Ruiz au Jeu de Paume, « L’expulsion des Maures », en 1991. À l’époque, on appelait ça une installation ; aujourd’hui, on dirait une exposition immersive. Mais pour moi ça restera la chambre des rêves de Raoul. Tout y était : un labyrinthe, des miroirs brisés, des lits en lévitation, des corridors infinis, des jeux d’ombres et de lumières… toutes les illusions qui peuplent ses films étaient mises en espace. Magique.

Quel est votre musée préféré ?

Le musée américain d’Histoire naturelle, à New York. À chacun de mes passages dans la ville, j’y passe des heures. J’aime notamment les dioramas et la sensation d’inquiétante étrangeté qui s’en dégage. À ce propos, j’ai récemment appris que la fin du 2001 de Kubrick – cette pièce blanche peuplée d’éléments anachroniques – n’était autre que cela : un diorama du futur dans lequel l’humanité n’était qu’approximativement représentée.

« J’ai eu un projet de film sur les années que Marcel Duchamp a passées à Buenos Aires à jouer aux échecs. »

Vous avez écrit deux livres où vos textes dialoguent avec vos photos dans un « montage » quasi cinématographique. Que représente la photo pour vous en tant que pratique ?

Ça dépend du projet que j’ai en tête et de l’appareil que j’ai sous la main, certains m’inspirant plus que d’autres. J’ai eu un Lumix numérique, tout petit, dont j’adorais l’objectif et avec lequel j’ai fait des portraits de mes proches. Aujourd’hui j’ai un Compact Olympus, argentique donc, que j’aime beaucoup. Comme avec le dessin ou la musique, apprivoiser un médium me passionne. Je ne suis pas photographe mais jouer à l’être me procure beaucoup de plaisir.

Vous avez souvent incarné des personnages en quête d’identité dans des films d’auteur. Quel artiste aimeriez-vous interpréter dans un biopic et avec quel réalisateur ?

Marcel Duchamp. J’ai d’ailleurs eu un projet de film sur les années que Marcel a passées à Buenos Aires à jouer aux échecs. C’était un film imaginé par Hugo Santiago, collaborateur de Borges pour le cinéma, qui malheureusement n’a jamais vu le jour. En revanche, j’ai gardé le script que j’ai customisé jusqu’à en faire une sorte de scrapbook duchampien.

Qu’est-ce que l’art pour vous ?

Souvent de la merde, généralement un business, parfois un support à « l’enculture », exceptionnellement quelque chose qui nous permet de sortir du monde et de nous-mêmes.

Dans la géniale série OVNI(s), vous jouez un ingénieur en quête de manifestations extra-terrestres. Aux Rencontres d’Arles, on peut voir une exposition consacrée aux photos d’ovnis. S’il était prouvé que des extra-terrestres existent, quel art imagineriez-vous qu’ils produisent ?

Pour avoir étudié la question à l’occasion du tournage de la série, si les extra-terrestres arrivaient jusqu’à nous, ce serait grâce à une technologie plus avancée que la nôtre (la preuve c’est que nous, on n’est pas capables d’aller jusqu’à eux). Dans cette hypothèse d’une civilisation extra-terrestre plus avancée et au vu de ce qui se passe chez nous, il est très probable qu’ils ne produiraient plus d’art depuis longtemps.

Avec quel artiste passeriez-vous une journée et pourquoi ?

Avec le jeune Hitler – quand il se voyait peintre – et je lui arracherais la tête.

Possédez-vous une œuvre originale chez vous ?

Aucune. J’avais une affiche de Bob Dylan designée par Milton Glaser (son profil à la chevelure multicolore) ; je l’ai accrochée au Rosebud, mon bar de la rue Delambre.

Vous êtes musicien, compositeur, écrivain, photographe, acteur… Quelle serait pour vous l’œuvre d’art total ?

Peut-être 2001 : l’odyssée de l’espace de Kubrick. Ou bien Le Dictateur de Chaplin. Voire un Disney : Pinocchio.

Quel est le film, le livre, la peinture ou la musique que vous conseilleriez à nos lecteurs ?

Oh ! là… Peut-être Masked and Anonymous de Larry Charles, film méconnu mais qui, pour moi, est un trésor visionnaire et poétique, coécrit par Bob Dylan sous un pseudo très duchampien : Rene Fontaine…





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