
L’histoire de l’art aime les génies, célèbre leurs fulgurances, leurs révolutions. Elle s’intéresse plus rarement à ceux qui – avant les musées et le marché – ont su voir un chef-d’œuvre dans une peinture décriée. Gustave Fayet (1865–1925) est l’un de ceux-là et, paradoxalement, l’un des moins connus des collectionneurs français, tout simplement parce que sa collection a été dispersée après sa mort.
Alors que Gauguin est à l’époque largement rejeté, Fayet acquiert 200 de ses œuvres ; il est aussi le principal mécène d’Odilon Redon. Une collection de près de 1 000 pièces comprenant également Cezanne, Van Gogh, Degas, Matisse et Picasso. Passé sous les radars, Fayet, qui était aussi artiste, sera célébré cet automne dans une grande exposition à la fondation Louis Vuitton, à Paris, qui réunit pour la première fois nombre de ces chefs-d’œuvre, aujourd’hui propriété de musées du monde entier, ainsi que ses propres créations.
De l’importance des collectionneurs
On oublie souvent combien nos musées ont été et sont toujours nourris par les collectionneurs. Près de 35 % des collections du Louvre proviennent de dons ou de legs ! À titre d’exemple, le baron Edmond de Rothschild a offert 40 000 dessins et le docteur Louis La Caze 583 peintures de Chardin, Fragonard, La Tour… Près de 40 % des collections du musée d’Orsay proviennent de dons de collectionneurs et environ 50 % pour le Centre Pompidou si on inclut les dons d’artistes et les dations. Aux États-Unis, les collectionneurs remplacent quasiment l’État puisque 70 à 90 % des œuvres du Metropolitan Museum, du MoMA ou de l’Art Institute de Chicago proviennent de dons privés.
Outre leurs donations en France, les collectionneurs proposent depuis les années 2000, à travers leurs fondations, des expositions avec des points de vue et des pièces exceptionnelles. Je pense à Antoine de Galbert, qui prête pour des expositions nombre des œuvres de sa collection atypique et en dehors du marché. Et surtout à François Pinault qui, en plus de 40 ans et près de 10 000 œuvres, a constitué l’un des collections privées les plus importantes au monde.
Un mélange inouï de points de vue, de désirs, d’envies et de choix
« Je préfère toujours les œuvres qui dérangent, car ce sont celles qui résistent au temps et c’est là que se trouvent les chefs-d’œuvre. »
François Pinault
Mais ce qui la rend unique, c’est l’œil du milliardaire, qui a repéré très tôt des artistes négligés comme David Hammons. Et surtout son choix de privilégier les pièces les plus radicales : « Je préfère toujours les œuvres qui dérangent, car ce sont celles qui résistent au temps et c’est là que se trouvent les chefs-d’œuvre. » Ses trois lieux (deux à Venise, un à Paris) offrent à voir ses collections à travers des expositions très différentes de celles des institutions. Un regard à part qui nous nourrit autant que l’histoire de l’art ! Et cela fait école : Laurent Dumas, PDG d’Emerige, va ouvrir à l’automne un centre d’art contemporain consacré à la scène française, à partir notamment de sa collection mais pas seulement.
Il ne faut pas oublier les centaines de jeunes collectionneurs, peu fortunés mais qui eux aussi offrent des œuvres aux musées. J’aime les collectionneurs pour leur liberté, l’originalité de leur regard et leur générosité. Ce qui fait la grandeur, le caractère unique de la culture française, c’est ce mélange inouï de points de vue, de désirs, d’envies et de choix, entre nos musées et nos institutions d’une part et, d’autre part, ces collectionneurs extraordinaires et libres.
Gustave Fayet – Collectionneur, créateur
Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027
Fondation Louis Vuitton • 8 avenue du Mahatma Gandhi • 75116 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
Poster un Commentaire