Bâtiments incendiés, voie ferrée interrompue… Le sud de la Thaïlande en proie à une insurrection menée par des séparatistes musulmans


Plus de 50 attaques coordonnées ont visé ce week-end plusieurs provinces du sud de la Thaïlande, faisant trois blessés et ravivant une insurrection séparatiste qui a fait plus de 7000 morts depuis 2004.

Une série de violences dans le sud de la Thaïlande, pays à majorité bouddhiste, a remis en lumière une insurrection menée par des séparatistes musulmans, qui a fait des milliers de morts au cours des deux dernières décennies. Bâtiments et véhicules incendiés, voie ferrée interrompue…

Plus de 50 attaques nocturnes coordonnées ont endommagé des biens publics et font trois blessés ce week-end dans trois provinces proches de la frontière avec la Malaisie. Voici les points essentiels pour comprendre ces attaques.


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Quelles sont les racines de l’insurrection ?

Les origines du conflit remontent à l’annexion en 1909 de l’ancien sultanat malais-musulman de Patani par la Thaïlande, alors appelée Siam. La Thaïlande y «force les Malais à être quelque chose qu’ils ne sont pas» en imposant une identité thaïe, explique à l’AFP l’analyste Don Pathan. Cela a fini par provoquer une réaction violente des musulmans malais, qui ont pris les armes contre l’Etat. Des militants, dont le principal groupe rebelle Barisan Revolusi Nasional (BRN), opèrent dans les provinces méridionales depuis le début des années 1960, avec pour objectif déclaré la création d’un Etat islamique indépendant.

Le conflit a fait plus de 7.000 morts dans la région depuis 2004, selon l’observatoire Deep South Watch. Ses causes profondes – identité culturelle, représentation politique, développement économique – continuent d’alimenter le soutien de la population locale.

Les attaques du week-end sont-elles inhabituelles ?

«Ce type d’attaques se produit chaque semaine, voire chaque jour, depuis plus de deux décennies», répond Matthew Wheeler, analyste principal de l’International Crisis Group pour l’Asie du Sud-Est. Elles constituent selon lui une démonstration de force des insurgés et de leur capacité à attirer de nouveaux membres et à coordonner leurs opérations malgré la présence importante des forces de sécurité.

L’ancien député thaïlandais et défenseur des droits humains Kannavee Suebsang confirme l’«augmentation de la coordination et de la visibilité des attaques cette année», ainsi que l’élargissement du réseau. Cinq militaires ont été tués en juillet lors d’une attaque contre un poste de contrôle de la province de Narathiwat, dans laquelle six civils ont été blessés.

Pourquoi maintenant ?

«La récente série d’incidents est un signal de frustration de la part des insurgés. Probablement parce que le gouvernement thaïlandais ne s’assied pas à la table des négociations», avance Munira Mustaffa, experte malaisienne en contre-terrorisme. «C’est donc probablement une forme de pression pour pousser le gouvernement à revenir négocier», ajoute-t-elle.


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Pour Thanat Suwannanon, responsable gouvernemental des négociations de paix, les assaillants chercheraient à tester la préparation des forces de sécurité et à prendre l’ascendant avant le prochain cycle de discussions. «Ils se concentrent sur des attaques symboliques, comme incendier des véhicules et des bâtiments administratifs locaux», relève-t-il.

Où en sont les négociations de paix ?

La Thaïlande a engagé pour la première fois des pourparlers de paix avec le BRN en 2013 sous médiation malaisienne, mais ils ont été régulièrement interrompus. Les rebelles demandent une autonomie locale et un mécanisme de partage du pouvoir, ce que Bangkok refuse.

Le gouvernement thaïlandais « utilise l’appareil sécuritaire pour résoudre le problème alors qu’il s’agit d’un problème politique», pointe l’ancien député Kannavee Suebsang. Le négociateur en chef thaïlandais a indiqué que des discussions étaient prévues fin octobre, après le report de celles de septembre à la suite de la mort des cinq soldats en juillet.



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