Ruth Asawa (1926–2013) en bref
Artiste américaine née de parents japonais, Ruth Asawa a fait du fil de fer une matière à part entière, tissant à la main des volumes suspendus et transparents qui brouillent la frontière entre artisanat et sculpture. Longtemps reléguée aux arts appliqués, elle fut aussi une figure de l’art public et de l’éducation à San Francisco.

Ruth Asawa avec une sculpture en fil métallique en boucle sur la terrasse de sa maison de San Francisco, 1980
Photo Bruce Sherman / © 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc. / Courtesy David Zwirner
Elle a dit
« On trace une ligne, une ligne à deux dimensions, puis on pénètre dans l’espace, et l’on obtient une forme en trois dimensions. C’est comme dessiner dans l’espace. »
La vie de Ruth Asawa en quelques dates
De la ferme californienne au camp d’internement
Née en 1926 à Norwalk, en Californie, elle grandit dans une famille d’immigrés japonais. En février 1942, quelques mois après Pearl Harbor, son père est arrêté par le FBI et détenu au Nouveau-Mexique. La plupart des autres membres de la famille sont parqués à l’hippodrome de Santa Anita, où d’anciens animateurs des studios Disney, eux-mêmes internés, lui apprennent à dessiner, avant la déportation au camp de Rohwer, dans l’Arkansas.
La découverte du fil
Le racisme de l’après-guerre la prive de son diplôme d’enseignante à Milwaukee. Elle rejoint en 1946 le Black Mountain College, où elle étudie auprès de Josef Albers, peintre et théoricien de la couleur issu du Bauhaus, et de l’architecte et ingénieur Buckminster Fuller. À Toluca, au Mexique, en 1947, elle voit des artisans tresser des paniers en boucles de fil. De cette technique naîtra sa signature : des formes suspendues obtenues en reliant entre elles des boucles de fil de fer.
Entre San Francisco et la reconnaissance new-yorkaise
En 1949, elle épouse l’architecte Albert Lanier et s’installe à San Francisco. Elle expose dès le milieu des années 1950 à la Peridot Gallery de New York et figure à la Biennale de São Paulo en 1955, même si certains acteurs du milieu rangent encore son art tissé parmi le « craft ».
La « Fountain Lady » et l’art public
Au tournant des années 1960, elle gagne l’espace public. La fontaine Andrea de Ghirardelli Square fait scandale : l’architecte paysagiste Lawrence Halprin la juge trop peu sérieuse. Le public, lui, l’adopte et surnomme l’artiste « Fountain Lady ». Suivront d’autres fontaines, notamment la Fontaine de San Francisco (1973) située à l’hôtel Hyatt d’Union Square.
Un engagement pour l’enseignement de l’art
Convaincue que l’art doit être accessible à tous, elle consacre des décennies à l’éducation : cofondatrice à la fin des années 1960 de l’Alvarado School Arts Workshop, elle siège à la commission des arts de San Francisco et fonde en 1982 une école publique d’art, qui prendra son nom en 2010.
Une consécration tardive
Atteinte d’un lupus, elle s’est davantage dédiée au dessin vers la fin de sa vie. Longtemps ignorée des grands récits de l’art américain, elle acquiert une plus grande notoriété à la suite du don de quinze sculptures au De Young Museum en 2005 et d’une grande exposition personnelle en 2006. Elle meurt à San Francisco le 5 août 2013 : suivront en 2024 une National Medal of Arts posthume et, de 2025 à 2027, de vastes rétrospectives au SFMOMA et au MoMA, ainsi qu’en Europe, au Guggenheim de Bilbao et à la fondation Beyeler.
Ses œuvres clés
Untitled (S.114, Forme suspendue à six lobes, continue, à l’intérieur d’une forme dotée d’un col ouvert et comportant des sphères dans les deuxième, troisième et cinquième lobes), vers 1958

Ruth Asawa, Untitled (S.114, Hanging Six-Lobed Continuous Form within a Form with an Open Collar and Spheres in the Second, Third and Fifth Lobes), vers 1958
Fil de fer, de cuivre et de laiton • 332,7 × 55,9 × 55,9 cm • Coll. SFMoMA, San Francisco • © 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc. / Courtesy David Zwirner
Suspendue au plafond et frôlant le sol, cette forme en sablier à six lobes emboîte, d’un fil continu, des volumes gigognes. Transparente comme une cotte de mailles, elle capte la lumière et projette au sol son dessin d’ombre : la ligne s’y fait espace.
Andrea (PC.002), 1966–1968

Ruth Asawa, Andrea (PC.002), 1966–1968
Bronze • 152,4 × 487,7 × 487,7 cm • Photo Aiko Cuneo / © 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc. / Courtesy David Zwirner
Première commande publique et première œuvre en bronze de l’artiste, la fontaine met en scène une sirène allaitant son enfant sur des tortues de mer. Sa tendresse domestique, jugée scandaleuse, en fit un point de ralliement pour les San-Franciscaines. Le modèle, Andrea Jepson, lui a laissé son nom.
Japanese American Internment Memorial (PC.011), 1990–1994

Ruth Asawa, Nancy Thompson et Paul Lanier, Japanese American Internment Memorial (PC.011), 1990–1994
Bronze • 152,4 × 436,9 × 45,7 cm • Coll. City of San José Public Art Program • Photo Glen Cheriton / © 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc. / Courtesy David Zwirner
Inauguré en 1994 devant le tribunal fédéral de San José, ce long relief retrace l’incarcération injuste de 120 000 personnes d’origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale, dont la propre famille de l’artiste. D’un côté, la communauté d’avant-guerre, de l’autre, les baraquements, les miradors et les barbelés, jusqu’aux excuses officielles de 1988. Une autobiographie collective coulée dans le métal.
Ruth Asawa. Rétrospective
Du 19 mars 2026 au 13 septembre 2026
Museo Guggenheim • 2 Abandoibarra Etorbidea • 48009 Bilbao
www.guggenheim-bilbao.eus
Poster un Commentaire