la grande saga du petit rosé de Provence devenu un produit de prestige mondialisé


RÉCIT – De vin de vacances méprisé à produit de prestige mondialisé, le rosé de Provence a vécu en vingt ans une métamorphose qui doit autant à la technique qu’à la finance. Une véritable saga, dont le succès à bien des égards été calqué sur celui du champagne.

Dans le carré le plus fermé d’un club de Courchevel, un soir de février, un magnum trône dans son seau à glace tel un trophée. À l’intérieur, on n’y aperçoit ni les bulles, ni les reflets dorés du champagne. Sa robe est d’un rose si pâle qu’elle en paraît presque grise sous les lumières. Il y a vingt ans, la scène aurait été impensable. Le rosé de Provence se buvait uniquement l’été, loin des strass et des paillettes, plutôt sur des tables de campings, souvent avec des glaçons dans le verre. On s’en méfiait autant qu’on l’aimait. Comment ce vin que l’on prenait de haut est-il devenu un objet de désir que les grandes fortunes autant que les géants du luxe se disputent ? Il faut d’abord se souvenir de ce qu’était le rosé de Provence avant la naissance de sa version «moderne». Jean-Jacques Bréban, qui préside aujourd’hui le Centre du Rosé après avoir été à la tête du Conseil interprofessionnel des vins de Provence, en parle sans nostalgie excessive. «Le rosé était considéré plutôt comme le vin de vacances, qu’on buvait au camping, au restaurant, au bord de la piscine, à la limite avec des glaçons pour le rafraîchir.» Il était avant tout consommé par les locaux et les touristes qui venaient pour leurs congés d’été. Le rosé repartait dans les valises, mais une fois les bouteilles terminées, on attendait l’été prochain avant d’en boire à nouveau.

L’ironie, c’est que ce vin longtemps jugé frivole est sans doute le plus ancien de tous…

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