comment les musées protègent-ils les œuvres face à la chaleur ?


Cet été encore, le thermomètre s’est affolé, se hissant parfois à 40°C dans certaines régions de France. Comme à chaque fois, la canicule ramène son florilège de questions sur nos façons de vivre avec la chaleur. Celles-ci se posent aussi dans l’enceinte feutrée des musées, où les collections parfois centenaires sont vulnérables aux hausses de températures.

Mais selon leur nature et leur densité, elles peuvent être plus ou moins exposées. Ainsi, « le papier et la photographie sont plus fragiles qu’une sculpture » et « l’ivoire est par exemple plus à risque que le marbre », souligne Marie Courselaud, préventrice au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), qui accompagne environ 1 200 musées français dans le cadre du plan national d’action pour la conservation. À court terme, les œuvres peuvent subir un « tuilage » – c’est-à-dire se déformer – tandis que « moisissures et insectes » peuvent survenir à long terme, poursuit Marie Courselaud.

Vitrines et salles climatisées

Face à cela, et avec des moyens et des bâtiments très différents, comment préserve-t-on un patrimoine qui ne supporte ni la canicule ni les écarts de température ? Certaines structures sont déjà équipées et préparées. Au musée d’Orsay et à l’Orangerie, « toutes les salles sont climatisées », résume Nadia Refsi, adjointe à la directrice de la communication.

Collection du musée d’Orsay à Paris

Collection du musée d’Orsay à Paris

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photo : Pool Jarry / TRIPELON / Gamma-Rapho via Getty Images

Même son de cloche au musée Toulouse-Lautrec, à Albi, où aucune « mesure spécifique » n’a été prise durant la canicule. « Le climat est déjà contrôlé en temps habituel et maintenu dans les normes muséales », indique Fanny Girard, directrice de l’établissement et conservatrice du patrimoine. Au musée des Beaux-Arts de Dijon, la conservation préventive appliquée toute l’année permet d’anticiper les fortes chaleurs. En outre, « les œuvres les plus fragiles sont conservées dans des vitrines spécifiques, ce qui permet de faire face à la canicule », explique Charline Granet, chargée de communication.

Couverture de survie et blanc de Meudon

« Une œuvre identifiée comme sensible a été déplacée vers des espaces aux conditions climatiques plus stables. »

Lucie Cazassus

Mais la situation se corse pour les institutions dont les bâtiments ne protègent pas pleinement de la chaleur. C’est le cas du musée du quai Branly-Jacques Chirac, où les larges façades vitrées, conçues par l’architecte Jean Nouvel, sont sensibles aux écarts thermiques. Dans le cadre de l’exposition « Plumes du paradis », les conservateurs ont donc intensifié leur surveillance des températures à l’intérieur des vitrines abritant les œuvres les plus fragiles. « Une œuvre identifiée comme sensible a été déplacée vers des espaces aux conditions climatiques plus stables, en concertation avec les prêteurs », indique Lucie Cazassus, adjointe à la direction de la communication du musée.

Un protocole a été mis en place pour ajuster la température des espaces concernés, « y compris en rééquilibrant la climatisation d’autres secteurs du musée si nécessaire », poursuit-elle. À plus long terme, un groupe de travail a été constitué pour «  réfléchir à des solutions pérennes limitant les apports de chaleur », en particulier « sur les façades les plus exposées du bâtiment ».

En matière de climatisation, toutes les structures ne sont d’ailleurs pas logées à la même enseigne. Au musée d’Art et d’Histoire Paul-Éluard, installé dans un ancien monastère du XVIIe siècle à Saint-Denis, « il ne nous est pas possible pour des raisons de coût d’installer la climatisation actuellement », explique Pauline Fleury, responsable du service des collections. Durant la canicule, les fenêtres sont donc « calfeutrées avec couvertures de survie et blanc de Meudon », les salles sont aérées aux heures fraîches, et les volets, « fermés en continu ». Ainsi, la température se maintient « à 27°C au rez-de-chaussée ».

Des musées démunis face à la chaleur

Cet écart entre grandes institutions et structures moins favorisées, Marie Courselaud le constate au quotidien. En outre, la spécialiste de la conservation préventive observe depuis 2023 « une augmentation des demandes de musées durant les périodes de forte chaleur » auprès du C2RMF. Les professionnels sont nombreux à se sentir démunis, et cela peut s’expliquer par le fait que « seulement 60 à 70 % » des musées disposent de capteurs de température, ce qui prive beaucoup d’établissements de données exploitables pour anticiper les périodes caniculaires.

Le C2RMF a donc développé des fiches de bonnes pratiques afin d’y réagir au mieux. Parmi les mesures qui y sont énoncées, cartographier les variations climatiques d’une salle à l’autre, ou encore déplacer régulièrement les œuvres les plus sensibles lorsqu’elles sont exposées au soleil.

Mais pour l’heure, aucun plan national n’a été mis en place au sein des musées par le ministère de la Culture. Alors que les épisodes caniculaires devraient s’intensifier dans les prochaines décennies, les budgets alloués au secteur se réduisent. Les crédits destinés aux musées de France baissent de 6 % en 2026 selon le projet de loi de finances, soit environ 25 millions d’euros en moins. Les petits musées, souvent financés par les collectivités locales, en pâtissent aussi car les crédits des régions reculent de 6 % cette année. Entre couvertures de survie aux fenêtres et vitrines climatisées, l’écart entre musées pourrait bien se creuser encore.





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